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Une semaine décisive pour l’Église d’Allemagne avec la mise sous tutelle des évêques en question

De gauche à droite : Monseigneur Stephan Ackermann, évêque de Trèves, Udo Markus Bentz, archevêque de Paderborn, Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen et Heiner Wilmer, évêque de Hildesheim - DR
De gauche à droite : Monseigneur Stephan Ackermann, évêque de Trèves, Udo Markus Bentz, archevêque de Paderborn, Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen et Heiner Wilmer, évêque de Hildesheim - DR
Au-delà du choix d’un nom, c’est la possibilité d’un encadrement institutionnel des évêques réticents aux réformes synodales qui suscite interrogations et inquiétudes

Cette semaine à Würzburg s’ouvre une semaine déterminante pour l’Église catholique en Allemagne. L’assemblée plénière de printemps de la Conférence épiscopale allemande doit élire un nouveau président pour succéder à Georg Bätzing, qui a annoncé qu’il ne briguerait pas un second mandat après six années à la tête de l’épiscopat. Mais derrière ce renouvellement institutionnel se profile un affrontement plus profond, celui de l’avenir du Chemin synodal et de la conception même de l’autorité dans l’Église.

Plusieurs noms circulent parmi les favoris. Udo Markus Bentz, archevêque de Paderborn, apparaît comme un profil susceptible de rassembler. Stephan Ackermann, évêque de Trèves, est engagé de longue date dans les processus de réforme. Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen, figure parmi les voix les plus déterminées du camp synodal. Le nom de Heiner Wilmer, évêque de Hildesheim, est également évoqué comme une option possible. Le choix qui sera posé aura une portée qui dépasse la seule présidence, tant la Conférence est aujourd’hui traversée par des lignes de fracture.

Le contexte est marqué par les débats autour des résolutions du Chemin synodal portant sur la bénédiction des unions homosexuelles, la discipline du célibat sacerdotal, l’accès des femmes au diaconat et au sacerdoce, ainsi que sur la place des laïcs dans le gouvernement de l’Église. Plusieurs évêques ont exprimé des réserves, tandis que d’autres souhaitent une mise en œuvre rapide des orientations adoptées.

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Le point le plus sensible concerne le projet de création d’une « Conférence synodale » nationale dotée de compétences décisionnelles. Selon le statut soumis à discussion, cet organe réunirait des évêques et des représentants du Comité central des catholiques allemands, avec une présence importante de membres non évêques. L’objectif affiché est d’instaurer une coresponsabilité structurée et permanente entre pasteurs et fidèles.Cependant, le dispositif envisagé prévoit également des mécanismes par lesquels les évêques devraient rendre compte de leur position s’ils refusaient d’appliquer certaines décisions adoptées au niveau national. Concrètement, un évêque qui n’entendrait pas introduire dans son diocèse les innovations voulues par la majorité pourrait être tenu de se justifier devant l’instance synodale. Plusieurs observateurs estiment qu’un tel système s’apparenterait à une mise sous tutelle indirecte, l’autorité épiscopale se trouvant encadrée par une structure à fonctionnement proche d’une assemblée délibérative.

Cette évolution soulève des questions doctrinales et ecclésiologiques. Le concile Vatican II, notamment dans la constitution Lumen Gentium, rappelle que les évêques, en communion avec le Successeur de Pierre, exercent un pouvoir propre dans leurs diocèses. Les critiques du projet redoutent un déplacement de l’équilibre vers un modèle plus parlementaire que hiérarchique, tandis que ses partisans y voient une réponse aux attentes de participation et de transparence exprimées par de nombreux fidèles.Les relations avec Rome constituent un autre élément de tension. Plusieurs initiatives issues du Chemin synodal ont suscité des réserves de la part du Saint-Siège. Dans ce contexte, le futur président de la Conférence épiscopale devra non seulement tenter de surmonter les divisions internes, mais aussi maintenir un dialogue avec les autorités romaines sur des sujets sensibles.

L’élection qui doit intervenir à Würzburg ne sera donc pas un simple changement de gouvernance. Elle pourrait déterminer le rythme et l’orientation des réformes en Allemagne, ainsi que la manière dont sera préservée ou redéfinie l’autorité des évêques face à une structure synodale appelée à jouer un rôle accru. Pour l’Église d’Allemagne, cette semaine apparaît ainsi comme un moment charnière, où se joue l’équilibre entre innovation institutionnelle et fidélité à la conception catholique du gouvernement ecclésial.

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