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Procès en diffamation : Qui en veut au cardinal Marc Ouellet ?

Cardinal Marc Ouellet - DR
Cardinal Marc Ouellet - DR
Méfions-nous donc des voix qui accusent, amalgament et condamnent à tout va. Méfions-nous de ceux qui attribuent aux autres des intentions qu’ils n’oseraient peut-être pas examiner en eux-mêmes

Le lundi 2 mars à Montréal, le cardinal Marc Ouellet a comparu devant le tribunal à l’ouverture du procès en diffamation qu’il a intenté contre Pamela Groleau. Le prélat canadien affirme vouloir laver son honneur après des accusations d’inconduite sexuelle qu’il conteste fermement, mais aussi défendre la réputation de l’institution qu’il a servie toute sa vie, l’Église catholique.

Premier témoin appelé à la barre, l’ancien archevêque de Québec a évoqué le choc ressenti lorsqu’il a appris l’existence de ces allégations à l’été 2022. « J’étais consterné. Ça m’a atteint dans mon travail, dans mon intégrité personnelle et mon autorité morale », a-t-il déclaré devant le tribunal.

Radio Canada précise que l’affaire remonte à août 2022. À cette époque, Pamela Groleau avait ajouté son témoignage à une action collective déposée par des personnes affirmant avoir été victimes d’abus commis par des membres du clergé. Connue alors sous le pseudonyme de « Mme F », elle affirmait avoir rencontré à plusieurs reprises Marc Ouellet entre 2008 et 2010, lorsqu’il était archevêque de Québec. Elle évoque divers gestes qu’elle considère comme inappropriés : massage, embrassades, commentaires déplacés ou encore une main glissant du bas du dos jusqu’aux fesses. Selon elle, ces gestes constitueraient des « agressions sexuelles.« 

Le cardinal rejette catégoriquement ces accusations. Il estime en outre que son nom a été mêlé, dans l’espace médiatique, à des crimes beaucoup plus graves.

« Quand j’ai vu que l’on commençait à amalgamer mon cas […] avec des abus d’enfants par des évêques… On me mettait ensemble avec des cas graves de pédophilie. Je me suis dit : “Je ne peux pas supporter ça. Il faut absolument que je défende ma réputation, par respect pour l’institution que je sers.” »

Comme l’a notamment rapporté Radio-Canada, les allégations ont rapidement fait le tour du monde. Au moment où elles sont apparues, Marc Ouellet occupait l’une des fonctions les plus influentes au Vatican, après avoir dirigé le dicastère chargé de la nomination des évêques. Devant la cour, il a également évoqué le climat de suspicion qui s’est installé autour de lui après la diffusion de ces accusations.

« Je me disais toujours : “Qu’est-ce que pensent mes confrères dans ce qui circule désormais dans les médias du monde entier?” »

Le cardinal a rappelé qu’une enquête canonique avait été demandée par le pape François. Cette enquête n’avait pas retenu les accusations portées contre lui. Malgré cela, les allégations ont continué d’être largement relayées dans les médias. Face aux accusations selon lesquelles sa poursuite serait une tentative d’intimidation judiciaire, le cardinal a assuré que son objectif était tout autre:

« Je ne veux pas empêcher d’aucune manière la justice de s’exercer. Au contraire, nous avons appris à dire aux gens : “Si vous avez quelque plainte que ce soit, allez à la justice.” Je n’ai aucune intention d’avoir des bénéfices matériels de ce procès, mais le rétablissement de mon honneur et de mon intégrité. »

Il a également indiqué que toute compensation financière obtenue à l’issue de la procédure serait versée à des organismes venant en aide aux victimes d’abus sexuels subis par les Autochtones au Canada. Au cours de son témoignage, le cardinal Ouellet a toutefois reconnu un geste qu’il qualifie lui-même de « malencontreux », survenu en 2014 avec une autre femme, identifiée pour le moment comme « Mme T. ».

Il a raconté avoir voulu offrir discrètement un billet de 50 dollars à cette jeune femme lors d’une rencontre. Ne trouvant pas de poche dans son vêtement, il aurait finalement glissé l’argent dans son gilet puis précisant après dans corsage : « Je me suis rendu compte pratiquement sur le fait que c’était un geste malencontreux, que ça pouvait être mal interprété. J’ai fait une erreur. Une maladresse. Mais ça n’avait aucune connotation sexuelle. »

Le cardinal affirme avoir présenté ses excuses lorsque la jeune femme lui a exprimé son malaise par courriel.

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 11 mars. Pour Son Eminence Ouellet, l’enjeu dépasse toutefois sa seule personne. Dans un contexte où l’Église catholique demeure profondément marquée par les scandales d’abus, il affirme vouloir défendre sa réputation et, plus largement, l’honneur de l’institution ecclésiale qu’il a servie pendant des décennies. Pour lui, cette procédure judiciaire vise avant tout à ce que toute la lumière soit faite et à « rétablir [son] honneur ».

Au-delà de cette affaire qui réjouit une fois de plus de nombreux ennemis de l’Eglise, rappelons une évidence trop souvent oubliée dans les débats publics. Un homme, un prêtre, un évêque ou un cardinal, quel qu’il soit, demeure un homme. Il porte en lui ses limites, ses faiblesses, parfois ses erreurs. L’Église n’est pas une assemblée d’êtres parfaits, mais une communauté d’hommes appelés à servir malgré leur humanité fragile.

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On peut donc s’étonner de voir parfois se mettre en place de véritables cabales médiatiques autour de certains prélats. La moindre parole, le moindre geste, la moindre erreur deviennent matière à scandale. On traque le faux pas, on amplifie l’imperfection, et l’on transforme une maladresse en argument pour discréditer non seulement un homme, mais aussi, derrière lui, toute l’institution qu’il représente.

Ce phénomène n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, une suspicion généralisée semble peser sur l’institution catholique. Toute accusation devient immédiatement crédible, toute défense suspecte, toute nuance jugée déplacée. Dans ce climat, la tentation de l’amalgame est permanente : on rapproche des situations incomparables, on mélange des fautes graves et des comportements contestés, et l’on finit par placer tous les prêtres et tous les évêques sous un même soupçon.

Il ne s’agit évidemment pas de nier les drames réels qui ont marqué l’Église ni les crimes qui ont été commis. Ceux-ci doivent être reconnus, jugés et condamnés avec toute la fermeté nécessaire. Mais la recherche de la justice ne doit jamais se transformer en chasse permanente à l’homme.

Il est légitime de se demander si, parfois, certains ne cherchent pas moins à établir la vérité qu’à nourrir une hostilité plus large envers l’Église elle-même et, à travers elle, envers les catholiques. Car derrière l’attaque d’un prélat, c’est souvent l’ensemble d’une institution bimillénaire qui se trouve mise en accusation.

Méfions-nous donc des voix qui accusent, amalgament et condamnent à tout va. Méfions-nous de ceux qui attribuent aux autres des intentions qu’ils n’oseraient peut-être pas examiner en eux-mêmes. La justice exige rigueur, prudence et vérité. Elle ne peut se satisfaire ni de l’emballement médiatique ni du tribunal permanent de l’opinion.Dans cette affaire comme dans d’autres, seule la lumière des faits permettra de juger avec équité. Et c’est précisément cette lumière que le cardinal Marc Ouellet affirme aujourd’hui rechercher devant les tribunaux.

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