Tribune d’un prêtre diocésain en réponse à la Sœur Nathalie Becquart
Affirmer, comme le fait Sœur Nathalie Becquart dans les colonnes de La Croix , que « ce qui vient de l’Esprit Saint ne peut être arrêté » est une phrase qui sonne pieusement. Mais précisément, c’est là que se situe la question centrale. Encore faut-il s’assurer que ce mouvement vient réellement de l’Esprit Saint, et non de l’air du temps. Car l’histoire de l’Église nous enseigne une vérité constante : l’Esprit Saint ne se manifeste pas dans la confusion doctrinale, ni dans la revendication permanente, ni dans la pression idéologique. Il se manifeste dans la vérité, dans la continuité et dans l’obéissance à la Révélation.
Or ce qui frappe aujourd’hui, dans cette agitation autour du diaconat féminin et de la « participation décisionnelle », c’est précisément l’inverse : un activisme incessant, des débats sans fin, des pressions médiatiques, des commissions, des synodes, des tribunes. Si cette évolution était réellement portée par l’Esprit Saint, aurait-elle besoin d’autant de campagnes, d’argumentaires sociologiques et de revendications militantes ? Lorsque l’Esprit Saint agit dans l’Église, il n’impose pas par la force d’une pression politique mais par la force intrinsèque de la vérité révélée. Ainsi en fut-il des grands dogmes de l’Église, ainsi en fut-il des conciles œcuméniques. La vérité se manifeste, elle ne se construit pas au gré des revendications du moment.
Il faut rappeler ici un point doctrinal fondamental, que beaucoup semblent aujourd’hui vouloir relativiser. Dans la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis (1994), saint Jean-Paul II a déclaré de manière définitive : « L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale aux femmes. »
Cette affirmation ne repose ni sur un « sexisme » culturel ni sur un accident historique. Elle découle directement de la volonté du Christ lui-même. Jésus a choisi douze apôtres, tous hommes, alors même qu’il a confié à des femmes des missions spirituelles immenses. La Vierge Marie, la plus grande des créatures, n’a jamais été prêtre. Marie-Madeleine, première témoin de la Résurrection, n’a pas été ordonnée. Ce fait n’est pas un hasard sociologique ; il appartient à la structure sacramentelle de l’Église. Le prêtre agit in persona Christi, en la personne du Christ. Or le Christ s’est incarné comme Époux de l’Église. Depuis les Pères de l’Église jusqu’au magistère contemporain, cette dimension sponsale est au cœur de la théologie du sacerdoce.
Saint Jean-Paul II l’expliquait clairement dans Mulieris Dignitatem : l’égale dignité des hommes et des femmes ne signifie pas l’identité des missions. La logique chrétienne n’est pas celle de la revendication du pouvoir, mais celle du service selon la vocation propre de chacun. C’est là que l’argumentation actuelle devient profondément problématique.
On nous explique que ne pas confier des fonctions décisionnelles ou sacramentelles aux femmes « appauvrirait le discernement ecclésial ». Mais depuis deux mille ans, l’Église aurait-elle donc été incapable de discerner ? Les saints, les docteurs de l’Église, les conciles, les missionnaires, les martyrs auraient-ils travaillé dans un système intrinsèquement défaillant ?
Cette idée, implicitement, revient à juger l’histoire entière de l’Église à l’aune des catégories idéologiques contemporaines. Et c’est là que l’on voit apparaître une confusion majeure : la substitution progressive du langage de la foi par celui de la sociologie. On ne parle plus de vocation, de sacrement, de mystère, mais de « processus décisionnels », de « leadership partagé », de « réformes structurelles ». Ce vocabulaire n’est pas celui de la tradition catholique ; il est celui des organisations institutionnelles modernes.
Or l’Église n’est pas une ONG. Elle n’est pas une démocratie participative. Elle est, selon la formule de saint Paul, le Corps du Christ.
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La véritable question n’est donc pas celle du « pouvoir des femmes » dans l’Église, mais celle de la fidélité à la nature sacramentelle de l’Église. Et sur ce point, la tradition est constante. Les diaconesses de l’Antiquité, souvent invoquées aujourd’hui, ne recevaient pas une ordination sacramentelle comparable au diaconat masculin. Les travaux historiques sérieux, y compris ceux de la Commission théologique internationale en 2002, l’ont clairement établi.Vouloir utiliser cet argument pour ouvrir la voie à une ordination féminine progressive relève donc d’une lecture profondément anachronique de l’histoire.
Il faut enfin dire une chose avec clarté : le véritable danger n’est pas l’absence de femmes dans les structures de gouvernance. Le véritable danger est la cléricalisation du rôle des femmes. Comme si la dignité chrétienne ne pouvait s’exprimer que par l’accès au pouvoir ecclésiastique.L’Église a pourtant produit certaines des plus grandes figures spirituelles de l’histoire : sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Église et conseillère des papes ; sainte Thérèse d’Avila, réformatrice majeure du Carmel ; sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions. Aucune d’elles n’était ordonnée. Et pourtant leur influence sur la vie de l’Église dépasse celle de bien des prélats.
Le christianisme n’est pas la conquête d’un pouvoir, mais la sainteté. Alors oui, « on ne peut pas arrêter l’Esprit Saint ». Mais précisément : l’Esprit Saint ne contredit jamais ce qu’il a lui-même inspiré pendant deux millénaires.
Lorsque des mouvements prétendent transformer la structure sacramentelle de l’Église au nom de l’égalité contemporaine, il est légitime de poser la question : s’agit-il réellement de l’Esprit Saint… ou simplement de l’esprit du temps ?


