La mort d’un prêtre catholique dans le sud du Liban rappelle brutalement combien les communautés chrétiennes de la région demeurent exposées aux violences du conflit qui s’étend au Moyen-Orient. Lundi 9 mars 2026, le père Pierre Al-Raï, curé de la localité de Qlayaa, a succombé à ses blessures après un bombardement attribué à l’armée israélienne.Le drame s’est produit dans cette petite localité située près de la frontière israélienne, habitée majoritairement par des chrétiens. Jusqu’à présent, Qlayaa était restée relativement à l’écart des bombardements qui touchent régulièrement le sud du Liban depuis l’extension récente du conflit régional.
Selon l’Agence nationale d’information libanaise, une maison située à la périphérie du village a été visée par des tirs d’artillerie provenant d’un char israélien de type Merkava. Le premier tir a blessé le propriétaire de la maison et son épouse. Peu après, alors que plusieurs habitants du village, parmi lesquels le prêtre et des secouristes de la Croix-Rouge, s’étaient rendus sur place, la maison a été frappée une seconde fois.

Cette seconde frappe a blessé le père Pierre Al-Raï ainsi que trois autres habitants du village. Transporté à l’hôpital avec les autres victimes, le prêtre est finalement décédé des suites de ses blessures, selon une source médicale citée par l’Agence France-Presse. Les circonstances exactes du bombardement et les raisons du ciblage de la maison restent pour l’heure inconnues.Quelques jours auparavant, le père Al-Raï s’était exprimé publiquement lors d’un rassemblement organisé vendredi dans la ville voisine de Marjayoun. Les habitants y avaient affirmé leur volonté de rester dans leurs villages malgré les appels à évacuer adressés par l’armée israélienne aux populations situées au sud du fleuve Litani.
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Dans une courte intervention, le prêtre avait déclaré : « Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons pacifiquement, et nous ne portons que les armes de la paix, du bien, de l’amour et de la prière ». Il avait également appelé à considérer la région de Marjayoun comme une « zone rouge » qui ne pourrait accueillir des déplacés venus de localités voisines favorables au Hezbollah, ajoutant : « Nous sommes contraints de rester sous la menace, parce que ce sont nos maisons et nous ne les quitterons pas ».
La mort du prêtre intervient alors que les tensions militaires s’intensifient au Liban. Dans la nuit de dimanche à lundi, des affrontements violents ont également été signalés dans l’est du pays, près de la frontière syrienne. Selon l’agence nationale libanaise, des forces israéliennes auraient mené une opération héliportée dans la région montagneuse de la chaîne orientale, près de la localité de Nabi Chit.Le Hezbollah a affirmé avoir repéré le mouvement d’environ quinze hélicoptères militaires israéliens venant de la direction syrienne et avoir engagé le combat contre les forces infiltrées. Le mouvement chiite soutenu par l’Iran a indiqué que ses combattants continuaient de s’opposer à l’avancée des troupes israéliennes dans la zone.
Ces affrontements s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement tendu. Depuis le début du mois de mars, le Liban est devenu un nouveau théâtre de la guerre qui secoue le Moyen-Orient. Le Hezbollah a ouvert un front contre Israël après l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au début d’une offensive conjointe menée par les États-Unis et Israël contre Téhéran.Dans ce climat de guerre élargie, les villages chrétiens du sud du Liban tentent pour l’instant de rester à l’écart des combats. Mais la mort du père Pierre Al-Raï rappelle que même ces communautés, souvent éloignées des lignes de front politiques et militaires, ne sont pas épargnées par la violence du conflit.


