C’est le très conservateur site d’information américain LifeSiteNews qui a remis cette affaire sur le devant de la scène en publiant une photographie remontant à 1995 : on y voit celui qui est aujourd’hui le pape Léon XIV, alors le père Robert Francis Prevost, agenouillé lors d’un rituel de la Pachamama, dans le cadre d’un symposium augustinien organisé à São Paulo. L’image en question ne provient pas d’une source anonyme ou incertaine, mais des actes officiels de cette rencontre théologique, publiés en 1996 sous le titre Ecoteología: Una Perspectiva desde San Agustín. La légende accompagnant la photographie évoque explicitement une « célébration du rite de la Pachamama (mère terre) », décrite comme une pratique agricole propre aux cultures andines du Pérou et de la Bolivie.
Le dossier a été mis en lumière par le père Charles Murr, qui travaille actuellement à la rédaction d’un ouvrage consacré au nouveau Souverain pontife. Selon lui, plusieurs prêtres augustins ont reconnu sans hésitation Robert Prevost sur cette image, une identification qui aurait été renforcée par la comparaison avec d’autres photographies de la même époque.
D’autres éléments confirment en effet la présence du futur pape à ce symposium, notamment une photographie de groupe des participants ainsi que des images d’une célébration eucharistique organisée sur place. Sur ce point, les faits semblent relativement établis, même si la portée exacte de la scène représentée continue de susciter des interrogations.
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Car c’est bien là que réside le cœur de la polémique. La présence d’un religieux catholique à genoux dans un contexte présenté comme un rite non chrétien peut légitimement troubler, surtout au regard du premier commandement. Mais faut-il pour autant conclure à un acte d’adhésion religieuse ? Certains appellent à la prudence, rappelant le contexte des années 1990 en Amérique latine, marqué par des tentatives d’inculturation et de dialogue avec les cultures locales. La photographie, aussi frappante soit-elle, ne permet pas à elle seule de connaître l’intention intérieure de celui qui y apparaît. S’agissait-il d’une participation active, d’un geste de circonstance, ou d’une présence dans un cadre académique dont les codes peuvent aujourd’hui prêter à confusion ? La question demeure ouverte.

On se souvient en effet de la polémique majeure survenue en 2019, lorsque des statues liées à la Pachamama avaient été introduites dans des cérémonies à Rome, y compris à proximité de la basilique Saint-Pierre, dans le contexte du synode sur l’Amazonie sous le pontificat du pape François. Cet épisode avait profondément marqué de nombreux fidèles et nourri un débat encore vif aujourd’hui sur les limites du dialogue avec certaines expressions religieuses.
À ce jour, le Vatican n’a pas officiellement réagi à ces révélations. Ce silence, qui peut s’expliquer par la nécessité de vérifier les faits, laisse néanmoins place à un certain malaise parmi les fidèles, d’autant que la question de la Pachamama a déjà suscité de vives tensions ces dernières années.
Sans céder à des conclusions hâtives, cette affaire invite à une réflexion plus large sur les limites du dialogue entre la foi chrétienne et certaines expressions religieuses ou culturelles. Elle rappelle aussi combien des gestes posés dans un contexte donné peuvent, des années plus tard, être relus à la lumière d’une sensibilité ecclésiale différente. Une clarification de la part du Saint-Siège pourrait sans doute permettre d’apaiser les esprits et de replacer ces images dans leur juste contexte. En attendant, le débat reste ouvert, oscillant entre inquiétude, prudence et attente de vérité.


