Une enfant de trois ans. Trois ans. Et des faits d’une violence inqualifiable, des actes de viol décrits avec précision, dénoncés par l’enfant elle-même. Face à cela, que voit-on ? Un mois d’attente. Un mois sans audition. Un mois pendant lequel le suspect, lui, est libre. Un mois de silence. Mais plus grave encore que l’horreur des faits, il y a l’effroyable chaîne de responsabilités. Cet homme n’était pas inconnu. Il avait déjà fait l’objet de signalements. Il avait déjà été pointé pour des comportements inquiétants. Et que fait l’administration ? Elle le déplace. Elle le recase. Elle le transfère dans une autre école, au contact d’autres enfants. Comme si l’on déplaçait un problème, comme si l’on balayait la poussière sous le tapis, au mépris total de la sécurité des plus petits.
Voilà le cœur du scandale. Non seulement un crime abominable est suspecté, mais tout un système semble avoir permis qu’il devienne possible. Et pourtant, où sont les grandes voix indignées ? Où sont ces commentateurs qui, à longueur de plateaux, dissèquent avec gourmandise les scandales dans l’Église, dénoncent, condamnent, généralisent, accusent sans relâche ? Où sont-ils aujourd’hui ?
Le silence est assourdissant.
Il faut le dire clairement, ce deux poids deux mesures est devenu insupportable. Quand il s’agit de l’Église, certains n’hésitent pas à parler de “système”, de “culture”, à exiger des comptes immédiats, à réclamer des purges. Mais lorsque des faits d’une gravité comparable surgissent dans d’autres institutions, lorsqu’ils touchent l’école, lorsqu’ils mettent en cause des structures publiques, alors tout devient plus flou, plus prudent, plus lent.
Pourquoi ?
Parce que cela dérange. Parce que cela touche des structures que certains refusent de remettre en cause. Parce que reconnaître l’ampleur du problème impliquerait d’admettre que la protection des enfants a failli, non pas à la marge, mais au cœur même des institutions censées les protéger.Ce que décrit l’avocat de la famille est terrifiant : un “mur du silence” judiciaire, un “mur du silence” administratif. Une opacité. Une langue de bois. Et au milieu de cela, une mère, une famille, une enfant brisée. C’est cela, la réalité.
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Et pendant ce temps, on tergiverse. On organise des réunions publiques. On parle de “recadrage”, de “seconde chance”. Comme si l’on pouvait accorder une seconde chance lorsqu’il s’agit de la sécurité d’enfants de trois ans. Comme si le principe de précaution n’existait plus.Ce drame révèle une faillite morale profonde. Confier “la chair de sa chair”, comme le dit l’avocat, à une institution suppose une confiance absolue. Or cette confiance est ici trahie de la manière la plus ignoble. Il ne s’agit pas seulement d’un homme. Il s’agit d’un système de recrutement défaillant, de contrôles insuffisants, d’une culture du “pas de vagues” qui sacrifie la vérité pour préserver les apparences.
Les responsables de ces structures périscolaires, les autorités administratives, et au-delà les pouvoirs publics, auront-ils le même courage que celui qu’a eu l’Église pour faire un véritable travail de vérité ? Auront-ils la volonté d’ouvrir les dossiers, de regarder en face les défaillances, d’assumer publiquement les fautes, de demander pardon aux victimes et de mettre en place de véritables mesures de purification et de protection ?
Car il faut le rappeler, lorsque les scandales ont éclaté dans l’Église, ils concernaient une minorité, environ 3 % des prêtres, et pourtant, c’est toute l’institution qui a été traînée dans la boue, livrée à la vindicte médiatique, présentée comme intrinsèquement coupable.Aujourd’hui, face à un scandale d’une gravité extrême dans le périscolaire parisien et au-dela , verra-t-on la même exigence de vérité ? La même détermination ? Ou bien assistera-t-on, une fois encore, à des silences, des lenteurs, et des prudences qui, au fond, ne font qu’ajouter à l’injustice ?


