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Espagne : le gouvernement est-il devenu ouvertement anticlérical ?

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En menaçant de retirer une reconnaissance nationale à la Semaine sainte, l’exécutif entend imposer ses normes idéologiques à des institutions religieuses séculaires

En Espagne, un nouveau cap semble avoir été franchi. Sous couvert de « politiques d’égalité », le gouvernement s’attaque désormais frontalement à des traditions catholiques enracinées depuis des siècles. La Semaine sainte de Sagunto dans la région de Valence, se retrouve au cœur de cette confrontation : l’exécutif a en effet engagé une procédure visant à retirer à cet événement sa reconnaissance d’Intérêt Touristique National, distinction obtenue en 2004. Une décision lourde de conséquences, prise après le refus d’une confrérie historique de modifier ses statuts.

À la mi-mars 2026, la confrérie de la Très Précieuse Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ a en effet rejeté, par 267 voix contre 114, une proposition visant à ouvrir son organe dirigeant aux femmes. Le vote, interne et souverain, s’inscrit dans la continuité d’une tradition pluriséculaire.

Mais pour le gouvernement, ce choix est inacceptable. En invoquant la loi sur l’Égalité de 2007 et les règles encadrant les fêtes d’intérêt touristique, il estime qu’une telle organisation ne peut continuer à bénéficier d’une reconnaissance publique. L’Institut des Femmes va plus loin encore, affirmant que l’exclusion des femmes ne relève pas d’une tradition, mais constitue une atteinte aux droits fondamentaux. Cette position soulève une question centrale : jusqu’où l’État peut-il intervenir dans la vie interne d’associations religieuses ? Car les confréries ne sont pas des organismes publics. Elles relèvent du domaine privé, avec leurs propres statuts, leur histoire et leur identité spirituelle.

En conditionnant le maintien d’un titre officiel à une modification interne, le pouvoir politique exerce une pression directe. Il ne s’agit plus d’un simple désaccord de principe, mais d’un rapport de force.

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D’autant que ce cas n’est pas isolé. Ces derniers mois, des situations similaires ont été observées en Murcie et en Castille-La Manche. Et en 2025, une décision du Tribunal constitutionnel, favorable à une femme exclue d’une confrérie à Tenerife, a contribué à établir une jurisprudence ouvrant la voie à ce type d’interventions. Progressivement, c’est tout un cadre qui se met en place, dans lequel les traditions religieuses sont sommées de se conformer à des critères définis par le pouvoir politique. Dans ce contexte, le silence de l’archevêché de Valence surprend. Aucune prise de position claire n’a encore été exprimée, alors même que des institutions catholiques sont directement visées. Du côté politique, en revanche, le message est sans ambiguïté : il faut avancer vers l’inclusion , y compris dans le domaine religieux... Le président de la Generalitat valencienne a appelé au dialogue, tout en fixant une direction précise, celle de l’égalité telle que définie par les autorités.

Les conséquences d’un éventuel retrait de la reconnaissance touristique seraient importantes. Au-delà du symbole, c’est l’équilibre économique et social local qui serait touché. La pression exercée sur la confrérie n’en est que plus forte. Il faut le dire clairement : menacer de retirer une distinction publique pour contraindre une association religieuse à modifier ses statuts n’est pas un acte neutre. C’est un moyen de conditionner de l’extérieur sa liberté interne. Ce qui se joue aujourd’hui à Sagunto dépasse le cadre d’une seule procession. C’est la capacité des catholiques à conserver leurs traditions, leur organisation propre et leur identité qui est en question.

Dans une Espagne marquée par une longue histoire chrétienne, cette évolution interroge profondément. Jusqu’où ira cette volonté d’imposer une relecture idéologique des pratiques religieuses ? Et à quel moment faudra-t-il reconnaître qu’une ligne est en train d’être franchie ?

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