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Emmanuel Macron : « Pourquoi est-ce que vous voudriez que je prie pour vous ? »

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" Une prière ne se refuse pas" : Pour beaucoup , Emmanuel Macron aurait donc pu accepter plus simplement ce moment, sans craindre que cela soit perçu comme une entorse au principe de laïcité

Lors de son déplacement en Arménie les 4 et 5 mai derniers, Emmanuel Macron a participé à une rencontre avec des Français expatriés et plusieurs membres de la diaspora arménienne à Erevan. Au cours d’un échange inattendu avec Pascal Portoukalian, Français d’origine arménienne installé dans le pays depuis plusieurs années, le président français a été interrogé sur un sujet rarement abordé dans un cadre officiel : une intention de prière .

Pascal Portoukalian raconte son retour en Arménie avec sa famille après plusieurs années passées en France, avant d’évoquer la place particulière qu’occupent l’Arménie et la France dans l’histoire chrétienne. C’est dans ce contexte qu’il demande au chef de l’État pour quelles intentions les chrétiens pourraient prier pour lui. Emmanuel Macron répond alors avec précaution. Avant même d’évoquer le fond de la question, le président rappelle qu’il parle « en tant que président de la République » et qu’il représente une « République laïque ». Une manière de poser immédiatement une limite institutionnelle à un échange pourtant profondément humain et personnel. Il accepte néanmoins d’évoquer la paix pour la France et pour l’Arménie, puis finit par confier souhaiter avoir « l’énergie », « l’inspiration » et « la sagesse » nécessaires pour mener sa mission dans l’année qui vient. Lorsque Pascal Portoukalian lui propose ensuite de prier immédiatement pour lui, Emmanuel Macron décline poliment, tout en remerciant son interlocuteur pour son intention.

C’est précisément ce moment qui a suscité de nombreuses réactions après la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux. Car pour certains observateurs, cette prudence presque permanente autour de la question religieuse illustre une forme de rigidité propre à la conception française de la laïcité.

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Beaucoup y voient un contraste frappant : celui d’un président qui assume publiquement être catholique, qui a déjà évoqué à plusieurs reprises son baptême et son rapport personnel à la foi, mais qui semble malgré tout obligé, dans l’exercice de sa fonction, de maintenir une distance constante dès qu’une discussion spirituelle surgit dans l’espace public. La scène est d’autant plus symbolique qu’elle se déroule en Arménie, premier État chrétien de l’Histoire, où la foi fait encore naturellement partie du langage public et culturel. Dans ce contexte, la proposition de prière formulée par Pascal Portoukalian apparaissait moins comme un acte militant que comme un geste de bienveillance et de soutien personnel.

 » Une prière ne se refuse pas » : Pour beaucoup , Emmanuel Macron aurait donc pu accepter plus simplement ce moment, sans craindre que cela soit perçu comme une entorse au principe de laïcité. D’autres, au contraire, estiment qu’un président français ne peut se permettre d’effacer la frontière entre convictions privées et représentation de l’État. En quelques minutes seulement, cette séquence aura finalement mis en lumière un débat très français : jusqu’où un responsable politique peut-il exprimer sa foi ou accepter un geste religieux sans que cela soit immédiatement interprété comme une prise de position institutionnelle ?

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