L’Église face aux personnes LGBT : entre fidélité doctrinale et hérésie revendiquée, où veut aller le pape Léon XIV ?
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« Aucun programme pastoral authentique ne pourra inclure des organisations dans lesquelles des personnes homosexuelles s’associent entre elles, sans qu’il soit clairement établi que l’activité homosexuelle est immorale. »
Le document publié dans le cadre du Synode marque une évolution importante du langage employé par Rome sur la question de l’homosexualité. Le texte évoque explicitement « la solitude, les préjugés et la douleur » vécus par certaines personnes LGBTQIA+ au sein de l’Église et affirme clairement que les pratiques de « thérapie de conversion » ou de « guérison gay »« ne sont pas acceptables ». Le document ouvre également la voie à une réflexion sur « davantage de moyens d’être accueillante » envers les personnes homosexuelles et sur une meilleure inclusion dans la vie ecclésiale. Pour les milieux progressistes, ces formulations constituent une avancée historique. Pour une partie importante des catholiques , elles nourrissent au contraire la crainte d’un glissement doctrinal progressif.
Cette inquiétude s’est fortement exprimée ces derniers jours en Italie, où plusieurs médias catholiques conservateurs dénoncent ce qu’ils qualifient d’« omoeresia », une « hérésie homosexuelle » gagnant progressivement l’Église italienne. Un article de la Bussola évoque la multiplication des « veillées contre l’homotransphobie » organisées dans des diocèses catholiques italiens. Selon cette enquête, douze évêques italiens participeront cette année à ce type de rassemblements, soit plus du double de l’année précédente, tandis qu’au moins vingt-trois diocèses seraient impliqués dans leur organisation ou leur soutien. Certaines de ces veillées sont également soutenues par des mouvements catholiques connus comme l’Action catholique, les scouts de l’Agesci ou encore le mouvement des Focolari.
Tout ressemble à une logique d’adaptation progressive de l’Église à l’agenda LGBT contemporain. Certains groupes de « chrétiens LGBT » cherchent à renverser l’enseignement traditionnel de l’Église à travers un changement progressif du vocabulaire pastoral et une relecture des Écritures. Pourtant, officiellement, la doctrine catholique demeure inchangée. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme toujours au paragraphe 2357 :
« S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que “les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés”. Ils sont contraires à la loi naturelle (…) Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas. » Le texte précise également :« Cette inclination, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. » Dans le même temps, l’Église demande que les personnes homosexuelles soient accueillies « avec respect, compassion et délicatesse ».
Cette distinction entre la personne et les actes demeure centrale dans la pensée catholique. L’Église affirme la dignité absolue de chaque être humain, mais considère toujours les actes homosexuels comme moralement contraires à la loi naturelle.Dans le Lévitique, il est écrit : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. » Lévitique 18,22 Et saint Paul écrit dans l’épître aux Romains : « Les hommes, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres. » Romains 1,27
Plusieurs auteurs rappellent également les mises en garde du Pape Benoit XVI lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Dans sa lettre de 1986 sur la pastorale des personnes homosexuelles, Joseph Ratzinger écrivait :
« Aucun programme pastoral authentique ne pourra inclure des organisations dans lesquelles des personnes homosexuelles s’associent entre elles, sans qu’il soit clairement établi que l’activité homosexuelle est immorale. »
Le futur Benoît XVI ajoutait aussi que « seule la vérité peut ultimement être pastorale ». La rencontre récente entre le Pape Léon XIV et le cardinal Reinhard Marx a encore renforcé les interrogations d’une partie du monde catholique. Le prélat allemand soutient depuis plusieurs années des bénédictions régulières de couples homosexuels dans certaines paroisses allemandes, une position clairement incompatible avec l’enseignement traditionnel de l’Église. Le Vatican semble aujourd’hui chercher une ligne d’équilibre extrêmement fragile : maintenir intégralement la doctrine catholique tout en développant un langage pastoral plus accueillant et moins conflictuel envers les personnes homosexuelles.
Mais pour beaucoup de fidèles, une question devient désormais centrale : à force de modifier le ton pastoral, l’Église risque-t-elle de modifier progressivement la perception même du péché ? C’est probablement autour de cette tension que se jouera une grande partie des fractures du catholicisme dans les années à venir.