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[ Exclusif-affaire FMND ] « L’évêque de Viviers est en train de détruire la vie qu’ont choisie nos enfants »

@tribunechretienne
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C’est un véritable cri des familles. Après les décisions de Mgr Hervé Giraud, évêque de Viviers, des parents de religieux de la Famille Missionnaire de Notre-Dame dénoncent publiquement une situation qu’ils jugent dramatique pour leurs enfants.

Alors que la Famille Missionnaire de Notre-Dame traverse une période de fortes tensions, la parole des familles de religieux entend aujourd’hui se faire entendre. Fondée en 1946 à Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche, et reconnue comme institut de vie consacrée, la communauté est depuis plusieurs années la cible d’accusations diverses et variées mêlant enquêtes et débats sur la nature même de la vie religieuse. Le 24 mars 2026, le tribunal judiciaire de Privas a rendu un jugement condamnant le Père Bernard, supérieur historique, ainsi que la communauté, pour « abus de faiblesse ». Une décision immédiatement contestée, la communauté ayant interjeté appel dans les délais légaux.

La Famille Missionnaire de Notre-Dame dénonce un climat marqué par une forte pression médiatique et par des analyses réductrices, notamment lorsqu’elles interprètent la vie consacrée à travers le seul prisme de l’« emprise »

C’est dans ce contexte particulièrement sensible, entre procédure judiciaire en cours, interrogations ecclésiales et mobilisation croissante des familles, que les parents de membres de la Famille Missionnaire de Notre-Dame ont accepté de répondre à nos questions dans cet entretien exclusif :

– Vous êtes des parents de membres de la FMND. Comment se passent les relations avec vos enfants et avec la communauté ?

Nos enfants ont choisi de répondre à un appel de Dieu. Chacun a un chemin unique. Nous sommes de très nombreux parents à être vraiment touchés par l’accueil qui nous est toujours fait dans la communauté. Nous en avons témoigné nombreux sur le blog www.parentsdomini.fr. Nous voyons nos enfants s’épanouir dans cette communauté. Nous avons des temps personnels avec nos enfants. Et nos enfants voient également régulièrement leurs frères et sœurs, neveux et nièces et viennent dans leurs familles lors d’événements particuliers. Par ailleurs, nous rencontrons quand nous le souhaitons les supérieurs qui ont le souci de cet épanouissement de chacun, et nous leur en sommes reconnaissants. Lorsqu’il y a une difficulté, un problème, un accroc de santé, nous pouvons en parler en transparence. Il est important de signaler que nous n’avons jamais été interrogés à l’occasion de ce procès, ni par le tribunal, ni par leur évêque.

– Comment comprenez-vous le communiqué de l’évêque de Viviers ?

Ce communiqué est incompréhensible ! Il est tout d’abord d’une grande violence dans sa forme, sans aucune humanité ni aucune considération ni pour nos enfants ni pour nous, leurs familles. Il prétend viser à retrouver la sérénité, mais ne fait que mettre de l’huile sur le feu. La sérénité existe dans la FMND, nous en sommes tout de même les premiers témoins. Ici, c’est l’évêque qui la fait perdre. Il empêche des jeunes de donner leur vie à Dieu, alors même que leurs familles sont d’accord. Il casse des jeunes qui se préparent depuis neuf années à leur engagement perpétuel. Il empêche des jeunes de répondre positivement à l’appel de Dieu. C’est une atteinte grave à la liberté et une forme d’abus de pouvoir et d’infantilisation d’adultes qui ont cheminé avec maturité dans ce choix de vie et de réponse libre à l’appel de Dieu.

– N’y a-t-il pas une volonté de protéger d’éventuels abus ?

C’est un prétexte. En réalité, après le jugement du 24 mars par le tribunal de Privas, il ne reste presque plus rien des accusations. On a entendu pendant des années, y compris de l’évêque de Viviers qui l’a dit dans la presse, que la communauté recrutait trop jeune, or le tribunal a écarté cela. Et tant d’autres choses ont été écartées. L’un des points qui restent reprochés au supérieur et à la communauté, c’est… la relation aux familles. C’est un comble, après les centaines de témoignages que nous avons apportés !

Par ailleurs, il est scandaleux que la présomption d’innocence soit respectée par la République mais pas par l’évêque. Lorsqu’en 2019 le cardinal Barbarin a été condamné à six mois de prison avec sursis (comme le Père Bernard), il a remis sa démission au pape François. Le pape François l’a refusée, en raison de la présomption d’innocence, tant que la décision n’était pas définitive. Et heureusement, car plusieurs mois après, le cardinal Barbarin était totalement blanchi. L’évêque de Viviers devrait avoir le même respect de ces procédures et de la présomption d’innocence.

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-Quelles sont, à votre avis, les raisons de cet acharnement ?

Pour nous, il est malheureusement assez clair que le discours de la FMND gêne. Aujourd’hui, la communauté a le souci de transmettre la foi selon le Catéchisme de l’Église Catholique, de garder la fidélité à l’enseignement du Magistère, et de vivre totalement le concile Vatican II dans la fidélité à la Tradition de l’Église. C’est ce que Benoît XVI appelait l’herméneutique de la continuité. La FMND a également à cœur de transmettre fidèlement aux familles l’enseignement moral de l’Église, et l’encyclique Humanae vitae de Paul VI. Cette ligne gêne manifestement, en France, jusque dans notre Église… Nous espérons que le fait que la communauté ait de jeunes vocations ne suscite pas de jalousies. Mais comment comprendre une pareille décision. Il est possible aussi qu’après avoir validé oralement le projet de construction d’une église pour la communauté qui a reçu tous les accords de l’État, ainsi que de structures d’accueil, l’évêque précédent ait pris ombrage du succès des pèlerinages et évènements proposés par la Famille Missionnaire de Notre Dame.

– Qu’envisagez-vous devant cette situation ?

Tout ! Actuellement, nous sommes très inquiets pour nos enfants, car la situation est la suivante : un évêque est en train de les détruire dans leur vie religieuse, c’est-à-dire dans toute leur vie. Ils en souffrent beaucoup, et nous ne pouvons pas l’accepter. Nous ne pouvons plus laisser faire ces agissements qui sont de l’ordre de l’abus de pouvoir. Nous allons nous organiser et saisir toutes les instances concernées, tant au niveau ecclésial qu’au niveau civil, ainsi que des associations de victimes. Cela ne peut plus durer.

– Si l’évêque suspend les entrées dans la FMND, est-ce pour vérifier le discernement ?

Nous sommes là encore les premiers témoins que le discernement n’est pas pris à la légère. D’ailleurs, les Vœux perpétuels ne sont prononcés dans la FMND que neuf années après l’entrée, ce qui laisse un temps très long pour ce discernement. Naturellement, tout le monde peut faire des erreurs. Lorsque Mgr Giraud était évêque de Sens, il a ordonné un seul prêtre en neuf ans, le Père Matthieu Jasseron, et il l’a ordonné contre l’avis des formateurs du séminaire… Ce prêtre a quitté le sacerdoce dans des conditions tragiques. Va-t-on interdire les ordinations dans ce diocèse jusqu’à nouvel ordre ? C’est absurde.

– Qu’attendez-vous désormais ?

Nous attendons d’être entendus par les autorités de l’Église, qui sont tellement tétanisées par les accusations qu’elles en viennent à prendre des mesures totalement disproportionnées, et extrêmement injustes. Nous voulons être reçus par l’évêque de Viviers, par le nonce, et nous allons aussi entamer des démarches sur les plans civil et juridique pour mettre fin à ces abus d’autorité qui sont extrêmement nocifs et font eux aussi des victimes d’un autre type. C’est une porte ouverte à toutes les accusations injustes voire fausses contre des prêtres ou des consacrés, qui malgré la présomption d’innocence, pourraient être accusés par des membres de la hiérarchie de l’Église. Nous nous battrons pour eux.

Loïc et Béatrice Bertrand, Thierry et Marie-Jeanne Fourage, Gilles et Danielle Daulphin, Gérard et Marie Renard, Philippe et Dominique Frangeul, Bruno et Manuela Christin, Jean-Pierre et Denise Jung, Jean-Marie et Marie-Josée Leroy, Arnaud et Marie-Claude Dutheil, Patricia Peduzzi, Jan et Karolina Kaczmarek, Guy et Marie-Jo Leydier, Martial et Nadia Banvillet, Vincent et Sylvie Cappe, Philippe et Cécile Bongard, Hubert et Cécile Crétinon, Yannick et Brigitte de Châtillon, Renée Neeff, Gilles et Marie Brulé, Denise Pitaval, Henri et Ghislaine de Taffin, Rémi et Anne-Marie Garreau, Philippe et Emmanuelle Claveirole, Olivier et Laurence Grincourt, Benoît et Catherine Arnauld, Michel et Fabienne Allard

Propos recueillis par Philippe Marie

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