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Liban : les chrétiens victimes, qui est l’agresseur, qui est l’agressé ?

église à Beyrouth - DR
église à Beyrouth - DR
« La sécurité d’un peuple ne peut s’obtenir en entretenant la haine de l’autre », affirme le cardinal Jean-Marc Aveline. Mais la haine est de quelle coté ?

Les images venues de Beyrouth, de Tyr ou de la Békaa sont terribles. Nul ne peut rester insensible face aux morts, aux blessés, aux populations déplacées. Le communiqué du cardinal Jean-Marc Aveline exprime cette compassion, et il faut s’y associer sans réserve. Mais une analyse juste ne peut s’arrêter à l’émotion. Elle doit aller jusqu’aux causes. Car ce conflit n’est pas né d’une initiative israélienne isolée. Il s’inscrit dans une réalité structurelle : la présence au Liban du Hezbollah, organisation armée soutenue par l’Iran, qui échappe à l’autorité de l’État libanais. Or il faut le rappeler clairement : le Liban s’était engagé à désarmer le Hezbollah. Cet engagement n’a jamais été tenu. Cette donnée est décisive. Le Hezbollah n’est pas un acteur marginal, mais une force militaire autonome implantée au cœur du territoire libanais, notamment dans le sud du pays et dans certains quartiers de Beyrouth. C’est depuis ces zones que sont menées des actions contre Israël. Et c’est précisément là que l’armée israélienne concentre ses frappes.

Dire cela ne revient pas à nier les conséquences humaines des bombardements. Mais cela permet d’en comprendre la logique. Contrairement à une lecture simplifiée, les « frappes massives israéliennes » ne visent pas en tant que telles les populations chrétiennes ou civiles. Elles visent des infrastructures et des positions du Hezbollah.

Il faut également ajouter un élément trop rarement évoqué : les combattants et infrastructures du Hezbollah s’insèrent volontairement dans des zones habitées, y compris à proximité de populations civiles, parfois au cœur même de quartiers mixtes où vivent des chrétiens. Cette imbrication délibérée complique toute opération militaire et expose directement les populations. Elle participe d’une stratégie bien connue, qui consiste à se fondre dans le tissu civil pour limiter les capacités de riposte adverse et en exploiter ensuite les conséquences médiatiques. C’est ce que rappelait, de manière lucide, l’analyse de la journaliste Myriam Shermer : la question n’est pas de savoir quel « gain politique » Israël chercherait, mais de comprendre qu’il agit dans une logique de sécurité. Le Hezbollah, bras armé de l’Iran dans la région, constitue une menace permanente. Et cette menace ne pèse pas seulement sur Israël, mais aussi sur le Liban lui-même. Israël n’est pas en guerre avec l’ensemble de ses voisins. Il est en paix avec l’Égypte et la Jordanie, et des accords existent avec d’autres pays de la région. Cela montre qu’une coexistence pacifique est possible. Le conflit n’est donc pas une fatalité inhérente à l’existence d’Israël.

Dès lors, la question se pose avec clarté : pourquoi le Liban reste-t-il dans cette situation ? Parce que l’État libanais n’exerce plus pleinement sa souveraineté, et qu’une milice armée agit en son nom sans en assumer les conséquences.

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Dans ce contexte, les chrétiens du Liban apparaissent comme les premières victimes. Historiquement porteurs d’un modèle de coexistence, ils sont aujourd’hui pris en étau entre une milice idéologisée et les ripostes qu’elle provoque. Leur présence, ancienne de plusieurs siècles, est fragilisée non par une volonté israélienne de les viser, mais par l’effondrement d’un équilibre intérieur libanais et par l’usage qui est fait de leurs territoires. C’est ici que le propos du cardinal Aveline appelle une mise en perspective. Affirmer que la sécurité ne peut reposer sur la haine est juste. Mais encore faut-il identifier où se trouve cette haine. Est-elle dans la réponse militaire d’un État qui protège ses frontières, ou dans une organisation qui nie le droit même de cet État à exister et qui en fait un objectif de destruction ?

Car il ne s’agit pas d’un affrontement symétrique. Il s’agit d’une situation où un acteur non étatique, armé et soutenu par une puissance étrangère, entraîne tout un pays dans la guerre. Et face à lui, un État qui répond à des attaques répétées et à une menace constante. Il faut également rappeler que des régions entières d’Israël vivent sous la menace de tirs et d’attaques. Là aussi, des civils sont visés, des familles déplacées, des populations sous pression permanente. Cette réalité ne peut être ignorée sans fausser profondément l’analyse.

Le Liban est aujourd’hui victime, mais aussi otage, comme le reconnaît le communiqué lui-même. Otage d’une organisation qui prétend le défendre tout en le mettant en danger. Et ce sont, une fois encore, les plus vulnérables, parmi lesquels les chrétiens, qui en paient le prix. Au fond, la question posée est celle de la vérité. Peut-on défendre la paix sans nommer clairement les responsabilités ? Peut-on invoquer la justice sans distinguer l’agresseur de l’agressé ?

Dans ce contexte, l’appel du pape Léon XIV, relayé par le cardinal Aveline, à une prière pour la paix le samedi 11 avril, prend tout son sens. Prier pour la paix, oui. Mais une paix fondée sur la vérité, sur la justice, et sur la reconnaissance des causes réelles du conflit. Car la prière chrétienne n’est pas un refuge dans l’illusion : elle est une exigence de lucidité, tournée vers une paix véritable et durable.

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