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Ordre de Malte : une rencontre au Vatican sur fond d’incertitudes et de recomposition

S.E. Fra ’John T. Dunlap a été élu 81e grand maître par le Conseil Complet de l’État, le 3 mai 2023 - crédit Ordre de Malte France
S.E. Fra ’John T. Dunlap a été élu 81e grand maître par le Conseil Complet de l’État, le 3 mai 2023 - crédit Ordre de Malte France
Reçu hier, jeudi 9 avril, au Vatican par le pape Léon XIV, le cardinal Gianfranco Ghirlanda, patron de l’Ordre souverain de Malte, était accompagné du grand maître Fra’ John Timothy Dunlap. Une audience qui intervient dans un contexte particulier, marqué par des interrogations croissantes

Le pape Léon XIV a reçu, jeudi 9 avril, le cardinal Gianfranco Ghirlanda, patron de l’Ordre souverain de Malte, ainsi que le grand maître Fra’ John Timothy Dunlap. Une rencontre qui, en apparence, s’inscrit dans la continuité des relations habituelles entre le Saint-Siège et l’Ordre, mais qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel. Car derrière la sobriété de cette audience, se dessine une phase de transition délicate.

Pour comprendre les enjeux actuels, il convient de rappeler ce qu’est véritablement l’Ordre de Malte. Héritier des premiers Hospitaliers, nés au XIᵉ siècle à Jérusalem, il constitue l’une des plus anciennes institutions de l’Église. Sa mission n’a jamais varié : défendre la foi et servir les pauvres. Aujourd’hui encore, à travers ses différentes branches, dont l’Ordre de Malte France, cette vocation se traduit concrètement par une présence active auprès des plus fragiles. Œuvre hospitalière et caritative, reconnue d’utilité publique, elle agit dans les domaines de la solidarité, de la santé et du secours, mobilisant des milliers de bénévoles en France et dans le monde.

Cette fidélité à son charisme originel, résumé dans la devise Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum – défense de la foi et service des pauvres – constitue le cœur de son identité. Une identité qui ne saurait être réduite à une simple organisation humanitaire, car elle repose sur une vision profondément chrétienne de la personne, accueillie dans toutes ses dimensions, y compris spirituelle.

C’est précisément cette dimension qui rend les évolutions actuelles particulièrement sensibles.

Depuis plusieurs années, l’Ordre de Malte est engagé dans un processus de réforme profond. Initié sous le pontificat précédent, ce chantier vise à redéfinir les structures et l’organisation interne de cette institution unique, à la fois religieuse et souveraine. Mais cette transformation soulève aussi des interrogations de fond, notamment sur la préservation de son identité catholique.Le cardinal Gianfranco Ghirlanda, nommé en 2023 pour accompagner cette restructuration, incarne cette volonté de réforme. Son profil de juriste a été jugé adapté pour conduire une réorganisation institutionnelle d’ampleur. Toutefois, cette approche, centrée sur les structures, suscite chez certains une inquiétude plus large : celle de voir la dimension spirituelle reléguée au second plan.

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C’est dans ce contexte que circulent désormais des informations évoquant un possible remplacement du cardinal Ghirlanda. Le nom du cardinal Arthur Roche revient avec insistance. Actuel préfet du dicastère pour le culte divin, il est également membre de l’Ordre de Malte depuis plusieurs années et entretient des liens étroits avec sa direction actuelle.Sa proximité avec le grand maître Fra’ John Dunlap, ainsi que les distinctions qu’il a reçues au sein de l’Ordre, renforcent l’hypothèse d’un éventuel changement. Une telle évolution s’inscrirait dans une logique curiale bien connue, où certains postes servent de relais ou de repositionnement après des responsabilités importantes. Mais au-delà des personnes, c’est bien l’orientation de l’Ordre qui est en jeu.

Le rôle de patron ne se limite pas à une fonction honorifique. Il est le garant du lien entre l’Ordre et le Saint-Siège, veillant à la fidélité de cette institution à son identité ecclésiale. Toute évolution à ce niveau engage donc une responsabilité particulière.Or, la question qui se pose aujourd’hui est celle du sens même des réformes engagées. S’agit-il d’un ajustement nécessaire pour assurer la pérennité de l’Ordre, ou bien d’une transformation plus profonde, susceptible d’en altérer la nature ?L’Ordre de Malte ne peut être compris comme une simple organisation internationale. Il est l’héritier d’une tradition multiséculaire, marquée par la défense de la foi et le service des plus pauvres. Sa mission dépasse les logiques administratives ou diplomatiques.Sa présence dans le monde, son action humanitaire, son statut singulier en font un acteur majeur du paysage catholique. Toute réforme ne peut donc être authentique que si elle demeure enracinée dans cette vocation.

L’audience accordée par le pape Léon XIV apparaît, dans ce contexte, comme un moment d’évaluation. Sans annonce officielle, elle laisse néanmoins entrevoir que des décisions pourraient intervenir dans un avenir proche.Dans une Église traversée par de nombreuses tensions, la fidélité des institutions à leur mission originelle reste un enjeu central.Et pour l’Ordre de Malte, plus que jamais, la question demeure posée : comment réformer sans renier ?

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