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Critique contre le dispositif “Renaître” : quand les mêmes voix veulent imposer leur diktat à l’Église

Statue de Saint Paul au Vatican - DR
Statue de Saint Paul au Vatican - DR
Entre volonté d "Indépendance” et stratégie d’influence

L’entretien accordé par Marie Derain de Vaucresson à La Vie ne se contente pas d’exprimer une inquiétude. Il révèle une mécanique désormais bien rodée, celle d’une “indépendance” revendiquée, répétée, martelée, mais qui, dans les faits, interroge de plus en plus sur ses véritables intentions. Derrière les mots, c’est une vision de l’Église qui se dessine, une vision sous pression, encadrée, orientée de l’extérieur. C’est un discours que l’on retrouve partout, sur les réseaux sociaux comme dans certains médias, toujours porté par les mêmes cercles, les mêmes intervenant(e)s, les mêmes « experts » autoproclamés. Toujours les mêmes mots, toujours les mêmes accusations, toujours la même certitude de détenir la vérité.

« Je suis témoin de quelque chose qui me préoccupe ». « La clé de voûte, c’est l’indépendance ». Les victimes « doivent pouvoir s’adresser à un tiers, extérieur, et non à l’institution ». Le nouveau dispositif « ébranle les fondements et les convictions qui m’animent ».

Ces phrases, reprises en boucle, finissent par construire un récit. Un récit dans lequel le drame des abus commis dans le passé par certains prêtres au sein de l’Église, une réalité grave mais qui concerne une minorité ( – de 3% ) , est utilisé pour justifier une reprise en main quasi totale de l’institution, une sorte d’épuration prétendument éclairée, mais guidée bien souvent par une idéologie plus que par la seule recherche de la vérité. Sur ce point, les évêques ne doivent pas céder. Ni aux tonalités larmoyantes de certains discours, ni aux injonctions parfois proches de l’insulte d’autres.

Car beaucoup se plaisent à instrumentaliser l’émotion légitime suscitée par la révélation de drames bien réels. Et pour certains, c’est devenu aujourd’hui un véritable fonds de commerce, qui n’a plus grand-chose à voir avec une authentique recherche de la vérité.

Qui peut être contre l’indépendance ? Personne. Mais encore faut-il regarder ce qu’elle recouvre réellement. Car dans les faits, cette « indépendance » n’est pas un simple garde-fou. Elle devient un levier. Un moyen d’imposer de l’extérieur une certaine manière de voir, de juger et d’organiser l’Église. On ne parle plus seulement d’accompagner. On parle de structurer, d’orienter, de définir les règles, et de les accompagner dans la durée. Autrement dit, de contrôler. Cette logique ne date pas d’aujourd’hui. Elle s’inscrit dans le prolongement direct du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église ( CIASE) . Or, il est désormais de notoriété publique que les chiffres avancés à l’époque ont reposé sur des méthodes d’extrapolation contestées, qui ont largement amplifié le phénomène. Cette manière de procéder a contribué à installer dans l’opinion une image déformée de la réalité ecclésiale.

Aujourd’hui, les faits sont là. Le nombre de situations ayant donné lieu à des démarches concrètes de réparation reste très éloigné des projections initiales. À ce jour, on ne compte pas même 10 000 cas d’indemnisations avérées. On est donc très loin des chiffres spectaculaires qui avaient marqué les esprits au moment du rapport. Cela ne diminue en rien la gravité des crimes commis. Mais cela impose une exigence de vérité, refuser les exagérations, refuser les constructions statistiques qui alimentent un récit plus qu’elles ne décrivent une réalité.

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Dans ce contexte, l’exigence d’« indépendance » prend un autre sens. Elle n’est plus seulement une garantie pour les victimes. Elle devient un instrument pour maintenir une pression constante sur l’Église, pour orienter ses choix, pour encadrer son fonctionnement.

Et toujours avec les mêmes relais. Les mêmes voix médiatiques, les mêmes réseaux militants, les mêmes figures sur les réseaux sociaux. Nous ne les nommerons pas. Ils sont toujours prompts, à la moindre contradiction, à dégainer l’argument de leur « liberté d’expression » pour se poser en victimes. Mais ils se reconnaîtront. Ce sont souvent les mêmes qui qualifient certains médias de « poubelles ». Pourtant, l’ordure n’est pas toujours là où ils le prétendent, et la mauvaise odeur du mensonge finit toujours par entourer ceux qui le répandent.

Il faut ici revenir à une évidence. Quelle institution accepterait qu’un dispositif extérieur définisse durablement ses propres mécanismes internes ? Quelle organisation accepterait qu’au nom d’une indépendance supposée, on lui impose de fonctionner sous regard et sous contrôle permanents ? Aucune. Pourquoi l’Église devrait-elle être la seule à s’y soumettre ?

C’est précisément ce que vient corriger le dispositif « Renaître » porté par la Conférence des évêques de France. Contrairement à ce qui est affirmé, il ne s’agit pas d’un recul. Il s’agit d’un rééquilibrage. Remettre l’Église au cœur du processus de réparation. Non pas pour se protéger, mais pour assumer. Car une institution qui délègue entièrement sa responsabilité finit par ne plus répondre de rien et tout lui échappe.Comme si l’Église devait renoncer à ce qu’elle est vraiment.

Le combat pour les victimes est juste. Il est nécessaire. Il doit être poursuivi avec rigueur et humilité. Mais il ne peut devenir le prétexte d’une entreprise idéologique. Il ne peut servir à imposer une vision biaisée, ni à installer une tutelle déguisée.Le dispositif « Renaître » dérange parce qu’il change la logique. Il met fin à une forme de dépendance à des structures extérieures. Il redonne à l’Église la charge de répondre elle-même. Il refuse la confiscation de sa responsabilité. Et c’est précisément pour cela qu’il est attaqué.

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