A Malabo le pape Léon XIV a prononcé une homélie qui s’inscrit dans une perspective à la fois biblique et missionnaire. S’appuyant sur le récit des Actes des Apôtres, il a proposé une lecture de la mission chrétienne à partir de l’épisode de l’eunuque éthiopien.
« Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30). Cette question posée par le diacre Philippe devient, dans l’homélie, une clé de lecture. Le pape souligne que l’Écriture ne peut être comprise pleinement sans être accueillie dans la foi et dans l’Église. La réponse de l’eunuque, « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » (v. 31), met en lumière la dimension ecclésiale de l’interprétation de la Parole. Le pape insiste sur ce point : la lecture de la Bible « est un acte toujours personnel et toujours ecclésial, et non un exercice solitaire ou purement technique ». Cette affirmation s’inscrit dans la tradition catholique, qui articule Écriture, Tradition et magistère. Elle rappelle que la foi chrétienne ne se construit pas de manière individuelle, mais dans la communion de l’Église.
Le choix de la figure de l’eunuque éthiopien n’est pas anodin. Léon XIV souligne sa condition : « un homme riche […] mais esclave », « il n’est pas pleinement libre ». À travers lui, c’est toute une anthropologie qui est évoquée. L’homme peut disposer de biens, de savoir et de responsabilités, sans pour autant être libre intérieurement. La rencontre avec le Christ, annoncée par Philippe, opère une transformation : par le baptême, « il n’est plus un étranger, mais il devient fils de Dieu ». Cette dynamique de libération est replacée dans une perspective plus large, celle de l’histoire du salut. Le pape relie l’épisode des Actes à la figure du « serviteur souffrant » d’Isaïe et à son accomplissement dans le Christ. « Le serviteur souffrant […] est Jésus, celui qui, par sa passion, sa mort et sa résurrection, nous rachète du péché et de la mort. » L’Écriture trouve ainsi son unité dans le Christ, qui en est le sens ultime.
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L’homélie développe ensuite une théologie de l’Eucharistie. En évoquant la manne du désert, le pape établit un lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament : « À ce signe ancien succède désormais le sacrement […] l’Eucharistie ». Le Christ se présente comme le « pain de vie », en référence à l’Évangile de Jean : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (Jn 6, 51). Cette insistance rappelle la centralité du sacrement dans la vie chrétienne. Dans ce contexte, la foi apparaît comme un choix : « Il a la vie éternelle, celui qui croit » (Jn 6, 47). Le pape souligne que croire engage toute la personne et ouvre à une espérance qui dépasse les limites humaines. La foi n’est pas seulement adhésion intellectuelle, mais réponse à un don.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’appel missionnaire. Le pape cite saint Ambroise : « Si tu es opprimé […] il est la justice ; […] si tu crains la mort, il est la vie ». Le Christ est présenté comme réponse aux attentes fondamentales de l’homme. L’évangélisation découle de cette expérience : « l’annonce du salut devient geste, devient service, devient pardon ». Enfin, le pape reprend l’enseignement de son prédécesseur en citant Evangelii Gaudium : « La joie de l’Évangile remplit le cœur ». Il met en garde contre « une tristesse individualiste » qui ferme à Dieu et aux autres. Cette tension entre ouverture missionnaire et repli sur soi est présentée comme un enjeu actuel pour la vie chrétienne.
Dans ses paroles de conclusion de sa tournée africaine , le pape élargit la perspective à l’ensemble du continent : « Je quitte l’Afrique avec un trésor inestimable de foi, d’espérance et de charité ». Il souligne la vitalité des communautés chrétiennes africaines et leur rôle à venir dans l’Église universelle.
C’est dans ce cadre qu’il affirme : « Comme aux premiers siècles de l’Église, l’Afrique est appelée à apporter aujourd’hui une contribution décisive à la sainteté et au caractère missionnaire du peuple chrétien. » Cette déclaration situe l’Afrique non seulement comme lieu de croissance du christianisme, mais comme acteur de sa mission. Elle renvoie à l’histoire ancienne de l’Église sur ce continent, tout en ouvrant une perspective pour le présent et l’avenir.
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Stade de Malabo
Jeudi 23 avril 2026
« Chers frères et sœurs,
je tiens tout d’abord à saluer chaleureusement cette église particulière de Malabo et son pasteur, et à exprimer mes sincères condoléances à toute la communauté archidiocésaine, à tous les frères prêtres et aux proches, suite au décès, il y a quelques jours, de leur vicaire général, Monseigneur Fortunato Nuse Esono, dont nous nous souvenons en cette Eucharistie.
Je vous invite à vivre ce moment de douleur dans un esprit de foi et j’ai confiance que, sans se laisser influencer par des commentaires ou des conclusions hâtives, toute la lumière sera faite sur les circonstances de sa mort.
Les Écritures que nous venons d’entendre nous interpellent, demandant à chacun de nous si et comment nous savons lire les pages bibliques que nous partageons aujourd’hui. Il s’agit d’une invitation aussi sérieuse que providentielle, car elle nous prépare à lire ensemble le livre de l’histoire, c’est-à-dire les pages de notre vie, que Dieu continue d’inspirer par sa sagesse.
En accompagnant un voyageur qui, de Jérusalem, retourne précisément en Afrique, le diacre Philippe lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30). Ce pèlerin, un eunuque de la reine d’Éthiopie, lui répond aussitôt avec une humble sagesse : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » (v. 31). Sa question devient ainsi non seulement un appel à la vérité, mais aussi l’expression d’une curiosité. Regardons attentivement celui qui parle : c’est un homme riche, comme sa terre, mais esclave. Tous les trésors qu’il administre ne lui appartiennent pas : ce qui lui appartient, ce sont les efforts qui profitent à d’autres. Cet homme possède intelligence et culture, et il le démontre tant dans le travail que dans la prière, mais il n’est pas pleinement libre. Cet état est douloureusement imprimé sur son corps : il s’agit en effet d’un eunuque. Il ne peut pas engendrer la vie : ses énergies sont toutes au service d’un pouvoir qui le contrôle et le domine.
Au moment même où il retourne dans sa patrie, l’Afrique, devenue pour lui un lieu d’esclavage, l’annonce de l’Évangile le libère. La parole de Dieu, qu’il tient entre ses mains, porte un fruit surprenant dans sa vie : lorsqu’il rencontre Philippe, témoin du Christ crucifié et ressuscité, l’eunuque devient non seulement un lecteur de la Bible, c’est-à-dire un spectateur, mais aussi le protagoniste d’un récit qui l’implique, car il le concerne directement. Le texte sacré lui parle et suscite en lui une quête de vérité. C’est ainsi que cet Africain entre dans l’Écriture, accueillante à tout lecteur désireux de comprendre la parole de Dieu. Il entre dans l’histoire du salut, accueillante à chaque homme et chaque femme, particulièrement les opprimés, les marginalisés et aux plus démunis. Au texte écrit correspond désormais le geste vécu : en recevant le baptême, il n’est plus un étranger, mais il devient fils de Dieu, notre frère dans la foi. Esclave et sans descendance, cet homme renaît à une vie nouvelle et libre au nom du Seigneur Jésus : c’est de sa rédemption que nous parlons encore aujourd’hui, au moment même où nous lisons les Écritures !
Tout comme lui, nous sommes nous aussi devenus chrétiens par le baptême, héritant de la même lumière, c’est-à-dire de la même foi, pour lire la Parole de Dieu. Pour réfléchir sur les prophéties, pour prier les psaumes, pour étudier la Loi et proclamer l’Évangile par notre vie. En effet, tous les textes bibliques révèlent leur véritable sens dans la foi, car c’est dans la foi qu’ils ont été écrits et transmis jusqu’à nous : c’est pourquoi leur lecture est un acte toujours personnel et toujours ecclésial, et non un exercice solitaire ou purement technique.
Ensemble, nous lisons l’Écriture comme un bien commun de l’Église, ayant pour guide le Saint-Esprit qui a inspiré sa rédaction et par la Tradition apostolique qui l’a préservée et diffusée sur toute la terre. Comme le demande l’eunuque, nous pouvons nous aussi comprendre la parole de Dieu grâce à un guide qui nous accompagne sur le chemin de la foi, à l’instar du diacre Philippe, qui « prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus » (v. 35). Le voyageur africain lisait une prophétie qui s’est accomplie pour lui à l’époque comme elle s’accomplit pour nous aujourd’hui : le serviteur souffrant dont parle le prophète Isaïe (cf. Is 53, 7-8) est Jésus, celui qui, par sa passion, sa mort et sa résurrection, nous rachète du péché et de la mort. Il est le Verbe fait homme, en qui s’accomplit toute parole de Dieu : il en révèle l’intention originelle, le sens plein et la fin ultime.
En effet, comme le Christ le dit, “seul celui qui vient de Dieu a vu le Père” (cf. Jn 6, 46). Dans le Fils, le Père lui-même manifeste sa gloire : Dieu se fait voir, entendre, toucher. À travers les gestes de Jésus, le Rédempteur, il donne toute sa plénitude à ce qu’il fait depuis toujours : donner la vie. Il crée le monde, il le sauve, il l’aime à jamais. À ceux qui l’écoutent, Jésus rappelle un signe de cette providence constante : « Au désert, vos pères ont mangé la manne » (v. 49). Il fait ainsi référence à l’expérience de l’exode : un chemin de libération de l’esclavage, qui est pourtant devenu une errance épuisante, longue de quarante ans, parce que le peuple n’a pas cru à la promesse du Seigneur, allant jusqu’à regretter l’Égypte (cf. Ex 16, 3). Sous le joug du pharaon, en effet, le peuple mangeait les fruits de la terre ; Dieu, en revanche, le conduit dans le désert, où le pain ne peut venir que de sa providence. La manne est donc une épreuve, une bénédiction et une promesse, que Jésus vient accomplir. À ce signe ancien succède désormais le sacrement de la nouvelle et éternelle Alliance : l’Eucharistie, pain consacré par celui qui est descendu du ciel pour devenir notre nourriture. Si ceux qui ont mangé la manne « sont morts » (Jn 6, 49), celui qui mange ce pain vit éternellement (cf. v. 51) car le Christ est vivant ! Il est le Ressuscité, et il continue à donner sa vie pour tous.
Par l’exode définitif qu’est la Pâque de Jésus, chaque peuple est libéré de l’esclavage du mal. Alors que nous célébrons cet événement de salut, le Seigneur nous appelle à un choix décisif : « Il a la vie éternelle, celui qui croit » (v. 47). En Jésus, une possibilité surprenante nous est donnée : Dieu se donne lui-même pour nous. Ai-je confiance que son amour est plus fort que ma mort ? En décidant de croire en lui, chacun de nous choisit entre un désespoir certain et une espérance que Dieu rend possible. Alors, notre soif de vie et de justice trouve son apaisement dans la parole de Jésus : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (v. 51).
Merci, Seigneur ! Nous te louons et te bénissons, car tu as voulu devenir pour nous l’Eucharistie, le pain de vie éternelle, afin que nous puissions vivre pour toujours. En ce moment même, chers amis, alors que nous célébrons ce sacrement de salut, nous pouvons nous exclamer avec joie : « Le Christ est tout pour nous ! » En Lui, nous trouvons la plénitude de la vie et du sens : « Si tu es opprimé par l’iniquité, Il est la justice ; si tu as besoin d’aide, Il est la force ; si tu crains la mort, Il est la vie ; si tu désires le Ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière ; (Saint Ambroise, De Virginitate, 16, 99). En la compagnie du Seigneur, nos problèmes ne disparaissent pas, mais ils sont éclairés : comme chaque croix trouve sa rédemption en Jésus, de même, dans l’Évangile, l’histoire de notre vie trouve un sens. C’est pourquoi aujourd’hui, chacun de nous peut dire : « Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour » (Ps 65, 20). Il nous aime le premier, toujours : sa parole est pour nous l’Évangile, et nous n’avons rien de mieux à annoncer au monde. Cette évangélisation nous engage tous, à partir du baptême, qui est sacrement de fraternité, bain de pardon et source d’espérance. À travers notre témoignage, l’annonce du salut devient geste, devient service, devient pardon : en un mot, devient Église !
Comme l’enseignait le Pape François, « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus » (Exhort. apost. Evangelii Gaudium, n. 1). En même temps, lorsque nous partageons cette joie, nous percevons encore mieux le risque d’une « tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour » (ibid., n. 2). Face à de telles fermetures, c’est précisément l’amour du Seigneur qui soutient notre engagement, surtout au service de la justice et de la solidarité.
C’est pourquoi je vous encourage tous, Église qui vit en Guinée équatoriale, à poursuivre dans la joie la mission des premiers disciples de Jésus. En lisant ensemble l’Évangile, soyez ses annonciateurs passionnés, comme l’était le diacre Philippe. En célébrant ensemble l’Eucharistie, témoignez par votre vie de la foi qui sauve, afin que la parole de Dieu devienne du bon pain pour tous.
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Chers frères et sœurs,
Le moment est venu de dire au revoir, à vous, à la Guinée équatoriale et à l’Afrique, à l’issue du voyage apostolique que Dieu m’a permis d’accomplir durant ces dix jours.
Je remercie Mgr l’archevêque, Mgr Juan, les prêtres et vous tous, peuple de Dieu en chemin sur cette terre. Le Christ est la lumière de la Guinée équatoriale et vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde
Je tiens à exprimer ma gratitude aux autorités civiles du pays ainsi qu’à tous ceux qui, à divers titres, ont contribué au succès de ma visite.
Je quitte l’Afrique avec un trésor inestimable de foi, d’espérance et de charité : c’est un grand trésor, fait d’histoires, de visages, de témoignages joyeux et douloureux qui enrichissent grandement ma vie et mon ministère de successeur de Pierre.
Comme aux premiers siècles de l’Église, l’Afrique est appelée à apporter aujourd’hui une contribution décisive à la sainteté et au caractère missionnaire du peuple chrétien. Que l’intercession de la Vierge Marie vous l’obtienne, elle à qui je confie de tout cœur chacun d’entre vous, vos familles, vos communautés, votre nation et tous les peuples africains. »
Source Vatican


