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Prés de Beauvais , le Carmel de Jonquières contraint de fermer : le silence d’une vocation qui s’éteint

credit carmel-de-jonquieres
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Une décision douloureuse, qui marque la fin d’une présence spirituelle discrète mais féconde

C’est une annonce qui résonne comme un signe des temps pour l’Église en France. Par la voix de Jacques Benoit-Gonnin, le diocèse de Beauvais, Noyon et Senlis a officialisé la fermeture prochaine du Carmel de Jonquières, où étaient installées depuis 1992 les Carmélites de Compiègne. Dans un message adressé aux fidèles, l’évêque évoque avec sobriété les raisons de cette décision : « L’âge avançant, le nombre diminuant, les vocations se faisant attendre ». Une formule simple, presque retenue, mais qui dit en réalité la profondeur de la crise que traversent aujourd’hui de nombreuses communautés contemplatives.

Le texte poursuit : « des renforts extérieurs impossibles à trouver ». Cette précision, loin d’être anodine, souligne une réalité souvent passée sous silence : l’isolement croissant de certains monastères, qui ne peuvent plus compter sur l’arrivée de nouvelles religieuses pour assurer la continuité de la vie communautaire. La fermeture ne sera pas immédiate, mais progressive. « Les nombreuses démarches civiles et canoniques nécessaires vont être engagées », précise encore le communiqué. Une transition qui se veut respectueuse des personnes comme du lieu, mais qui n’en demeure pas moins marquée par une forme d’inéluctable.

Au-delà de la décision elle-même, c’est surtout l’hommage rendu aux religieuses qui retient l’attention. L’évêque rappelle qu’elles ont vécu à Jonquières « leur consécration religieuse par amour pour le Christ et dans la prière pour l’Église, les prêtres et la vie du diocèse ». Ces mots viennent rappeler, avec justesse, la nature profonde de la vocation carmélitaine : une vie cachée, offerte, tournée vers Dieu et vers les autres dans l’intercession. Une fécondité invisible, mais réelle.

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Le texte évoque également leur union spirituelle avec les Carmélites de Compiègne, guillotinées pendant la Révolution française. Une filiation qui inscrit leur présence dans une histoire de fidélité et de courage, jusque dans l’épreuve. L’annonce intervient peu après un moment de grâce pour la communauté : la canonisation des Carmélites de Compiègne, célébrée le 8 mai 2025. L’évêque souligne ce contraste : « nous partageons leur action de grâce, mais aussi leur peine de devoir quitter ce lieu ». Le texte insiste enfin sur l’héritage laissé par les sœurs : « leur témoignage silencieux, leur prière fidèle […] ont porté comme fruits ».

Si le communiqué se veut avant tout pastoral, il soulève une question plus large : celle de l’avenir de la vie religieuse en France. La diminution des vocations, évoquée sans détour, interroge profondément.

Car au-delà de la fermeture d’un lieu, c’est une certaine présence de l’Église qui s’efface du territoire. Une présence discrète, certes, mais enracinée dans la prière continue, dans l’offrande quotidienne, dans une fidélité humble. Car si le Carmel de Jonquières ferme ses portes, l’héritage spirituel qu’il a porté, lui, demeure. Et il appartient désormais aux fidèles de le faire vivre, dans la prière, dans la fidélité, et peut-être aussi dans un renouveau des vocations que beaucoup appellent de leurs vœux.

Fermeture du du Carmel de Jonquières

« Chers Frères et Sœurs,

L’âge avançant, le nombre diminuant, les vocations se faisant attendre, des renforts extérieurs impossibles à trouver, nos Sœurs Carmélites de Compiègne, installées à Jonquières depuis 1992, ont décidé la fermeture de leur Communauté.

Les nombreuses démarches civiles et canoniques nécessaires vont être engagées. Leur départ se fera progressivement dans les mois qui viennent. 

Après avoir partagé leur joie pour la canonisation des Stes Carmélites de Compiègne, le 8 mai 2025, nous les entourons, à nouveau, et partageons leur action de grâce, mais aussi leur peine de devoir quitter ce lieu où elles ont vécu fidèlement, avec d’autres sœurs que nous avons pu également connaître, leur consécration religieuse par amour pour le Christ et dans la prière pour l’Église, les prêtres et la vie du diocèse … et pour la paix, dans le sillage de leurs sœurs ainées du XVIII° siècle.

Celles et ceux qui les ont rejointes à Jonquières, dans le lieu calme et beau qui les a accueillies depuis plus de 30 ans ; celles et ceux qui les ont visitées ou qui ont cheminé avec elles, savent ce que leur témoignage silencieux, leur prière fidèle, leur cœur ouvert aux intentions qui leur étaient confiées, ont porté comme fruits. Leur présence et leur témoignage continuera à en inspirer beaucoup.

Nous prenons dans notre prière l’avenir de chacune des Sœurs concernées par la fermeture du Carmel, ainsi que celui de ces lieux où elles ont vécu leur vie et porté le mémorial des Saintes Carmélites.

En communion avec la Prieure et la Communauté des Sœurs Carmélites de Compiègne,

+ Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis »


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