À l’entrée du Vieux-Port de Marseille, un nouveau regard se pose sur la mer. Installée au sommet de la tour du Roi René, une réplique de la Bonne Mère s’élève désormais face à l’horizon, comme un écho discret à la silhouette bien connue qui domine la ville depuis la basilique Notre-Dame de la Garde. Moins imposante que son modèle originel, cette statue n’en demeure pas moins chargée de sens. Tournée, elle aussi, vers les flots, elle semble prolonger ce geste ancien de protection et de veille qui, depuis des générations, accompagne les Marseillais. Dans une ville profondément marquée par son identité maritime, cette présence renouvelée évoque une maternité spirituelle qui rassure et rassemble.
Cette installation s’inscrit dans le cadre de l’exposition « Bonnes Mères », présentée au Mucem. Loin de se limiter à une approche patrimoniale, le parcours propose une réflexion ample sur la maternité à travers les âges, en Méditerranée. Des figures antiques aux expressions contemporaines, il met en lumière la richesse et la complexité d’un thème universel, à la fois intime et profondément social. Dans une première approche, le visiteur est confronté aux représentations idéalisées de la mère : figures nourricières, protectrices, parfois élevées au rang de symboles sacrés. Ces images, enracinées dans les traditions, résonnent particulièrement dans le contexte chrétien, où la Vierge Marie demeure une référence majeure de douceur et de don de soi.
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Mais l’exposition ne s’arrête pas à cette vision lumineuse. Elle explore également des réalités plus silencieuses, parfois douloureuses : deuil périnatal, interruptions de grossesse, expériences singulières souvent absentes des récits publics. Sans polémique, le propos invite à considérer la maternité dans toute sa profondeur humaine, avec ses fragilités et ses zones d’ombre. Enfin, un troisième temps est consacré à la transmission, à ces liens invisibles qui unissent la mère et l’enfant. Gestes, paroles, héritages culturels : autant de traces qui façonnent les générations et inscrivent la maternité dans une continuité vivante.
La présence de cette seconde Bonne Mère, à l’entrée du port, prend alors une dimension particulière. Elle ne se contente pas d’être un objet artistique ou un symbole local ; elle devient un signe. Signe d’une mémoire collective, bien sûr, mais aussi d’une interrogation contemporaine sur ce que signifie être mère aujourd’hui.
Dans la tradition chrétienne, la maternité dépasse la seule réalité biologique pour devenir une vocation de relation, d’accueil et de don. À sa manière, cette statue tournée vers la mer rappelle cette dimension universelle : celle d’une présence qui veille, qui accompagne et qui espère. Ainsi, entre ciel et mer, Marseille se découvre désormais sous le regard de deux Bonnes Mères. L’une, ancienne et majestueuse, enracinée dans la foi populaire ; l’autre, plus récente, ouverte au dialogue avec notre temps. Deux figures, en miroir, qui invitent à contempler la maternité non comme un modèle figé, mais comme un mystère toujours à redécouvrir.


