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« De nouveaux problèmes sont apparus au cours des dernières décennies » : en recevant Sarah Mullally, le pape Léon XIV souligne les nouveaux défis de l’unité

Rencontre entre le Pape Léon XIV et Sarah Mullaly le 27 avril 2027 - capture écran Vatican Media
Rencontre entre le Pape Léon XIV et Sarah Mullaly le 27 avril 2027 - capture écran Vatican Media
Dans un contexte marqué par de profondes divergences doctrinales au sein de la Communion anglicane, notamment autour de la figure très contestée de Sarah Mullally, le pape Léon XIV, tout en restant sobre, a évoqué avec réalisme l’émergence de « nouveaux problèmes » ( intégralité du discours du pape)

La rencontre au Vatican entre le pape Léon XIV et l’archevêque de Canterbury Sarah Mullally s’inscrit dans la continuité d’un dialogue ancien entre l’Église catholique et la Communion anglicane, inauguré notamment par Paul VI et Michael Ramsey en 1966. Mais le contexte actuel donne à cette rencontre une tonalité particulière. Figure hautement controversée, Sarah Mullally incarne des évolutions profondes de l’anglicanisme, qui suscitent de fortes oppositions, y compris en son sein. Première femme à accéder à cette charge, elle cristallise des tensions liées à l’ordination des femmes, mais aussi à des prises de position sur des questions sociétales sensibles. Face à cette situation, le pape Léon XIV a adopté un ton mesuré, mais sans esquiver les difficultés. Une phrase centrale de son discours en témoigne : « De nouveaux problèmes sont apparus au cours des dernières décennies, rendant plus difficile la voie vers la pleine communion. »

Derrière cette formulation sobre, le constat est clair : les obstacles à l’unité ne relèvent plus seulement de différends anciens, mais aussi de fractures récentes, liées à des évolutions doctrinales et pastorales.

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Le pape a d’ailleurs explicitement reconnu que ces tensions traversent aujourd’hui la Communion anglicane elle-même : « Je sais que la Communion anglicane fait face elle aussi à bon nombre de ces questions aujourd’hui. » Une manière, sans confrontation directe, de souligner que les critiques et les divisions ne sont pas seulement externes, mais également internes à l’anglicanisme. Dans ce cadre, la rencontre avec Sarah Mullally ne saurait être interprétée comme une approbation implicite des orientations qu’elle représente. Elle s’inscrit plutôt dans la ligne constante de l’Église catholique : maintenir le dialogue, sans renoncer à la clarté doctrinale.

Le pape a également rappelé l’enjeu fondamental de cette démarche, reprenant une mise en garde déjà formulée par François : « Ce serait un scandale que, à cause de nos divisions, nous ne remplissions pas notre vocation commune de faire connaître le Christ. » Enfin, Léon XIV a insisté sur la nécessité de poursuivre ce chemin exigeant malgré les obstacles : « Nous ne devons pas laisser ces défis persistants nous empêcher de saisir toute occasion de proclamer ensemble le Christ au monde. »

Ainsi, derrière la sobriété du ton, le pape n’a pas ignoré les critiques ni les problèmes. La rencontre apparaît comme un exercice d’équilibre : poursuivre un dialogue nécessaire, tout en rappelant, avec discrétion mais fermeté, la réalité des divergences qui continuent de marquer les relations entre catholiques et anglicans.

DISCOURS DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
À L’OCCASION DE LA
VISITE DE L’ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY

( Traduction TC)

« Votre Grâce,

La paix soit avec vous !

Dans la joie de ce temps pascal, alors que nous continuons de célébrer la résurrection du Seigneur Jésus d’entre les morts, je suis heureux de vous accueillir, vous et votre délégation, au Vatican.

Votre visite évoque la rencontre mémorable entre Paul VI et l’archevêque Michael Ramsey il y a soixante ans, dont vous avez commémoré l’anniversaire avec le cardinal Koch à la cathédrale de Canterbury, au lendemain de votre installation. Depuis lors, les archevêques de Canterbury et les évêques de Rome ont continué de se rencontrer et de prier ensemble, et je me réjouis que nous poursuivions aujourd’hui cette tradition. Je suis également reconnaissant pour le ministère du Centre anglican de Rome, fondé lui aussi il y a soixante ans, et je salue tout particulièrement son directeur, l’évêque Anthony Ball, que vous établirez ce soir comme votre représentant auprès du Saint-Siège.

Au cours de ces jours du temps pascal, les premières paroles prononcées par le Christ ressuscité résonnent dans toute l’Église : « La paix soit avec vous » (Jn 20,19). Cette salutation nous invite non seulement à accueillir le don de paix du Seigneur, mais aussi à devenir des messagers de sa paix. J’ai souvent souligné que la paix du Jésus ressuscité est « désarmée ». En effet, il a toujours répondu à la violence et à l’agression sans recourir aux armes, nous invitant à faire de même. De plus, je crois que les chrétiens doivent ensemble rendre un témoignage prophétique et humble de cette réalité profonde (cf. Message pour la LIXe Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2026).

Alors que notre monde souffrant a grand besoin de la paix du Christ, les divisions entre chrétiens affaiblissent notre capacité à être des porteurs efficaces de cette paix. Si le monde doit accueillir notre prédication, nous devons donc persévérer dans la prière et dans les efforts pour supprimer tous les obstacles qui entravent l’annonce de l’Évangile. Cette attention à la nécessité de l’unité en vue d’une évangélisation plus féconde a marqué tout mon ministère ; elle se reflète d’ailleurs dans la devise que j’ai choisie lorsque je suis devenu évêque : In Illo uno unum, « Dans l’Unique — qui est le Christ — nous sommes un » (Augustin d’Hippone, Enarrationes in Psalmos, 127, 3).

À cet égard, lorsque l’archevêque Michael Ramsey et le saint Paul VI ont annoncé le premier dialogue théologique entre anglicans et catholiques, ils ont parlé de rechercher « le rétablissement de la pleine communion dans la foi et dans la vie sacramentelle » (Déclaration commune, 24 mars 1966). Certes, ce chemin œcuménique a été complexe. Si des progrès importants ont été accomplis sur certaines questions historiquement sources de division, de nouveaux problèmes sont apparus au cours des dernières décennies, rendant plus difficile la voie vers la pleine communion. Je sais que la Communion anglicane fait face elle aussi à bon nombre de ces questions aujourd’hui. Néanmoins, nous ne devons pas laisser ces défis persistants nous empêcher de saisir toute occasion de proclamer ensemble le Christ au monde. Comme l’a dit mon bien-aimé prédécesseur, François, aux primats de la Communion anglicane en 2024, « ce serait un scandale que, à cause de nos divisions, nous ne remplissions pas notre vocation commune de faire connaître le Christ » (Discours aux primats de la Communion anglicane, 2 mai 2024). Pour ma part, j’ajoute que ce serait également un scandale si nous ne continuions pas à œuvrer pour surmonter nos différences, aussi difficiles qu’elles puissent paraître.

Alors que nous poursuivons ensemble ce chemin d’amitié et de dialogue, prions pour que l’Esprit Saint, que le Seigneur a insufflé aux disciples le soir de sa résurrection, guide nos pas tandis que nous recherchons avec prière et humilité l’unité que le Seigneur veut pour tous ses disciples.

Votre Grâce, en vous remerciant pour votre visite aujourd’hui, je prie pour que ce même Esprit Saint demeure toujours avec vous, vous rendant fécond dans le service auquel vous avez été appelé.

Que Dieu vous bénisse, vous et votre famille. »

Source Vatican

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