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Bénédictions homosexuelles : une lettre du Vatican refait surface et oppose un non catégorique aux évêques allemands

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La mise en circulation de cette lettre ne relève pas d’un simple rappel doctrinal. Elle marque une volonté de stopper une évolution jugée inacceptable ( intégralité de la lettre)

Face aux initiatives persistantes de certains évêques allemands, emmenés par le cardinal Reinhard Marx, visant à instaurer des bénédictions formalisées et institutionnalisées pour les couples homosexuels, Rome a décidé de rappeler fermement les limites. Le pape Léon XIV lui-même avait déjà tranché publiquement la question lors de son retour de voyage apostolique : « Le Saint-Siège a précisé que nous ne sommes pas d’accord avec la bénédiction formalisée des couples homosexuels ou des couples en situation irrégulière. » Une déclaration sans ambiguïté, qui visait directement les dérives observées en Allemagne. C’est dans ce climat de confrontation ouverte qu’une lettre jusqu’ici restée confidentielle refait surface. Datée du 18 novembre 2024 et signée par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, elle constitue une réponse nette, argumentée et sans concession aux projets portés par une partie de l’épiscopat allemand. Adressée à Monseigneur Stephen Ackermann, elle démonte point par point la tentative de donner un cadre officiel à ces bénédictions.

Le cœur du désaccord est limpide. Là où certains évêques allemands prétendent adapter pastoralement la déclaration Fiducia supplicans, Rome voit une déformation de son sens. Ce texte n’autorisait en aucun cas une reconnaissance, même indirecte, d’unions en dehors du mariage. Or, en proposant des bénédictions formalisées pour des couples , y compris homosexuels , accompagnées d’éléments proches d’une célébration, les initiatives allemandes franchissent, aux yeux du Vatican, une ligne rouge. La lettre du cardinal Fernández le dit sans détour : l’Église « ne possède pas le pouvoir » de conférer une bénédiction qui pourrait être interprétée comme une légitimation d’une union contraire à sa doctrine. La nuance souvent invoquée par les promoteurs de ces pratiques , bénir les personnes sans reconnaître leur union , est ici rejetée dès lors que la forme même de la bénédiction crée une ambiguïté. Dès qu’elle devient identifiable comme un acte visant un couple en tant que tel, la bénédiction sort du cadre permis.

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Le texte vise directement les propositions allemandes, dénonçant leur volonté d’introduire une « régulation officielle » et des formes codifiées. Derrière le vocabulaire pastoral, Rome voit une tentative d’institutionnalisation. L’usage de formules préétablies, l’organisation du déroulement, l’introduction d’éléments comme la musique ou le lieu de célébration ne sont pas des détails : ils transforment la bénédiction en un acte quasi liturgique, c’est-à-dire précisément ce qui est interdit.

Plus encore, le cardinal Fernández pointe une incohérence fondamentale : revendiquer la spontanéité tout en mettant en place des cadres formalisés. Ce double discours est interprété comme une manière de contourner la doctrine sans l’assumer frontalement. En réalité, estime Rome, ces pratiques aboutissent à légitimer de facto des unions que l’Église ne reconnaît pas.

Ce refus catégorique s’inscrit dans une ligne déjà affirmée au plus haut niveau. En reprenant la parole dans l’avion, le pape Léon XIV n’a laissé aucune place à l’ambiguïté. Tout en rappelant que l’Église accueille tout le monde, il a clairement distingué cet accueil universel d’une quelconque validation des situations. Bénir des personnes ne signifie pas bénir des unions, et encore moins les reconnaître. La remise en circulation de cette lettre ne relève donc pas d’un simple rappel doctrinal. Elle marque une volonté de stopper une évolution jugée inacceptable. Face à des initiatives locales qui persistent malgré les mises en garde, le Vatican oppose un refus net, sans compromis. Au-delà du cas allemand, c’est l’autorité doctrinale de Rome qui est en jeu, ainsi que la cohérence même de l’enseignement de l’Église sur le mariage et les bénédictions.

Texte intégral de la lettre (traduction française)

« Dicastère pour la Doctrine de la Foi
18 novembre 2024

À Son Excellence Révérendissime
Mgr Stephen Ackermann
Évêque de Trèves

Excellence,

En réponse au document intitulé « Bénédictions pour les couples qui s’aiment », élaboré dans le contexte de l’application de la déclaration Fiducia supplicans, ce Dicastère souhaite offrir certaines clarifications.

Comme cela a déjà été affirmé, l’Église ne possède pas le pouvoir de conférer une bénédiction liturgique lorsque celle-ci, d’une quelconque manière, pourrait offrir une forme de légitimation morale à une union qui prétend être un mariage ou à une pratique sexuelle en dehors de celui-ci.

Les bénédictions évoquées dans Fiducia supplicans ne visent pas à légitimer quoi que ce soit ni à sanctionner une situation donnée. Elles ont pour but d’ouvrir la vie des personnes à Dieu, en implorant son aide afin qu’elles puissent vivre avec plus de fidélité à l’Évangile.

Il convient d’éviter toute forme de rite liturgique ou de bénédiction similaire aux sacramentaux qui pourrait créer une confusion. Il n’est donc pas permis de promouvoir ni de prévoir un rituel pour les bénédictions de couples en situation irrégulière.

Le document proposé présente certaines difficultés, notamment lorsqu’il évoque une « régulation officielle » de ces bénédictions par les pasteurs. De même, l’introduction d’éléments tels que des acclamations, des formules préétablies, des indications concernant le lieu, la musique ou le déroulement de la célébration, finit par constituer, dans la pratique, une sorte de liturgie ou de paraliturgie.

Il existe également une contradiction dans le fait d’affirmer la spontanéité et la liberté de ces bénédictions tout en proposant un formulaire structuré.

Pour ces raisons, ce Dicastère considère qu’il n’est pas opportun de promouvoir de telles pratiques, qui risqueraient de dénaturer le sens authentique des bénédictions tel qu’il est présenté dans Fiducia supplicans.

En vous remerciant pour votre attention, je vous adresse, Excellence, l’expression de mes sentiments respectueux.

Cardinal Víctor Manuel Fernández« 

Original de la lettre

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