Depuis 2000 ans

« Voulons-nous rester fidèles à notre passé, ou être fidèles à notre avenir ? » : un livre pour comprendre la pensée spirituelle de Léon XIV

DR
DR
Publié le 4 mai aux éditions de la Libreria Editrice Vaticana, ce recueil de textes de Robert Francis Prevost ( futur Léon XIV) éclaire la vision d’un futur pape pour qui la fidélité à l’Évangile passe par le service, l’audace et une Église résolument tournée vers le monde

La parution de Libres sous la grâce. À l’école de saint Augustin face aux défis de l’histoire ( Liberi sotto la grazia. Alla scuola di Sant’Agostino di fronte alle sfide della storia) constitue bien plus qu’un simple événement éditorial. En rassemblant des interventions prononcées par Robert Francis Prevost lorsqu’il était Prieur général de l’Ordre de saint Augustin, l’ouvrage offre une plongée rare dans la formation intellectuelle et spirituelle de celui qui est aujourd’hui appelé à jouer un rôle central dans la vie de l’Église.

Deux textes en particulier permettent d’en saisir la cohérence : une homélie prononcée à Milan en 2013 et un discours donné à Manille en 2010. Ils révèlent une conviction profonde, exprimée avec simplicité : « Se convertir à Dieu signifie se mettre au service de tous. » Pour le cardinal Prevost, la conversion chrétienne n’est jamais une démarche individuelle refermée sur elle-même. Elle conduit à une vie donnée, offerte, tournée vers les autres. Dans son intervention aux Philippines, il développe une image qui structure toute sa réflexion : celle du « tornaviaje », la route maritime de retour découverte par Andrés de Urdaneta. Mais ce retour n’est pas seulement géographique. « Le seul voyage véritable et significatif est celui qui nous conduit vers le Christ », affirme-t-il. La vie chrétienne apparaît ainsi comme un chemin de conversion permanente, un retour continuel à l’essentiel.

Ce chemin peut toutefois se fragiliser. Avec lucidité, le prélat Prevost met en garde contre un risque insidieux : celui de la routine. « Nous pouvons ralentir, devenir satisfaits de nous-mêmes, rester immobiles », observe-t-il. L’enthousiasme des débuts peut s’éteindre, laissant place à une pratique sans élan. Une communauté qui se contente de fonctionner finit par perdre sa capacité d’attirer et de témoigner.

Lire aussi

C’est dans ce contexte qu’il pose une question décisive : « Voulons-nous rester fidèles à notre passé, ou être fidèles à notre avenir ? » Derrière cette alternative se joue l’orientation même de l’Église. D’un côté, la tentation de conserver, de protéger ce qui existe. De l’autre, l’appel à la mission, qui suppose d’accepter le risque du changement. « Si cela nous aide à atteindre ceux qui sont loin, acceptons le risque », insiste-t-il. La mission ne se mesure pas seulement à la stabilité des structures, mais à la capacité de susciter des disciples et d’aller vers ceux qui sont éloignés.

Cette exigence trouve son fondement dans l’Évangile. « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres », rappelle-t-il en citant Jesus Christ. Le choix est radical : suivre le Christ « quel qu’en soit le prix » ou s’installer dans le confort d’une foi habituelle. Dans la ligne d’Augustin d’Hippone , le cardinal Prevost souligne que le danger principal n’est pas le rejet de Dieu, mais l’indifférence. Cette forme de tiédeur qui conduit à « tenir Dieu et sa grâce pour acquis » et qui affaiblit progressivement l’élan missionnaire. Relus aujourd’hui, ces textes prennent une résonance particulière. Ils éclairent les défis d’une Église confrontée à des transformations profondes. Loin d’opposer tradition et renouveau, ils invitent à redécouvrir une tradition vivante, capable d’ouvrir des chemins nouveaux.

Recevez chaque jour notre newsletter !