Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège et principal collaborateur du pape Léon XIV, a reçu le 19 mai 2026 l’Ordre européen du Mérite lors d’une cérémonie organisée au Parlement européen de Strasbourg, à l’occasion de la session plénière de l’institution. Créée à l’occasion du 75ᵉ anniversaire de la Déclaration Schuman, cette distinction entend récompenser les personnalités ayant contribué de manière significative à l’intégration et à l’unité du continent européen. Parmi les premiers lauréats figurent également l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel, l’ancien président polonais Lech Wałęsa ou encore l’ancien chef d’État portugais Aníbal Cavaco Silva.
Prenant la parole devant les députés européens, le cardinal Parolin a transmis les salutations du pape Léon XIV et a placé son intervention sous le signe de la paix, dans un contexte international marqué par le retour des conflits en Iran et au moyen-Orient et la poursuite de la guerre en Ukraine. Sur ce point, peu de contestations sont possibles. Depuis des années, la diplomatie du Saint-Siège s’efforce de maintenir des canaux de dialogue là où les relations internationales semblent parfois dans l’impasse.
Qu’il s’agisse de l’Ukraine, du Moyen-Orient ou de nombreuses crises oubliées, le Vatican continue d’appeler inlassablement à la négociation et à la réconciliation.
À Strasbourg, le cardinal Parolin a ainsi rappelé que l’Union européenne devait être porteuse de cet « effort créatif » en faveur de l’harmonie entre les peuples, expression empruntée à Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe dont le procès de béatification est toujours en cours. Le secrétaire d’État a souligné que l’harmonie entre les nations demeure une « promesse fondamentale » du projet européen et un engagement constant du Saint-Siège. Il a également réaffirmé la volonté du Vatican de travailler avec les institutions européennes pour être « ensemble artisans de paix ».
Mais un paradoxe demeure
Là où les choses deviennent plus complexes, c’est lorsque l’on s’éloigne de la seule question de la paix. Car le Parlement européen qui a choisi d’honorer le cardinal Parolin est aussi une institution qui, depuis plusieurs années, multiplie les résolutions favorables à l’avortement, soutient activement les revendications liées à l’idéologie du genre et encourage régulièrement des évolutions législatives favorables à l’euthanasie ou au suicide assisté. Or, sur chacun de ces sujets, la doctrine catholique est non seulement différente, mais profondément opposée.
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Le contraste est d’autant plus frappant que le cardinal lui-même a rappelé dans son discours que parmi les valeurs fondatrices de l’Europe figure « avant tout l’affirmation de la dignité humaine, qui est inviolable et doit toujours être protégée à chaque étape de la vie ».
Cette phrase, prononcée devant les députés européens, revêt une portée particulière. Car l’expression « à chaque étape de la vie » renvoie précisément à l’un des grands points de désaccord entre l’Église catholique et de nombreuses majorités politiques européennes. Le cardinal Parolin a également voulu inscrire son intervention dans l’héritage de Robert Schuman. Ce rappel n’est pas anodin. Schuman, comme Konrad Adenauer ou Alcide De Gasperi, concevait la construction européenne comme l’expression politique d’une civilisation profondément enracinée dans le christianisme. L’Europe qu’ils avaient imaginée reposait sur une vision de la personne humaine, de la famille et du bien commun largement inspirée de la doctrine sociale de l’Église. Or beaucoup de catholiques peinent aujourd’hui à reconnaître cet héritage dans les orientations actuelles de Bruxelles.
L’écart entre les pères fondateurs et certaines politiques européennes contemporaines apparaît parfois considérable.
C’est peut-être là que réside l’aspect le plus surprenant de cette cérémonie. En écoutant les discours officiels, on a parfois l’impression que les divergences profondes entre le Parlement européen et l’Église catholique disparaissent momentanément dès lors qu’il est question de paix, de dialogue ou de coopération internationale. Comme si, sur ces sujets consensuels, chacun pouvait se retrouver sans difficulté.
La distinction accordée au cardinal Parolin donne ainsi le sentiment d’un hommage sincère à l’artisan de paix et au diplomate, tandis que l’on préfère détourner le regard des divergences profondes qui opposent l’institution européenne à l’Église sur des questions anthropologiques essentielles.
La cérémonie du 19 mai 2026 restera sans doute comme une image révélatrice de l’époque. D’un côté, un Parlement européen qui continue de promouvoir des orientations sociétales incompatibles avec plusieurs principes fondamentaux de la morale catholique. De l’autre, le représentant le plus influent du Saint-Siège après le pape, honoré pour son action en faveur de la paix et du dialogue entre les peuples. La récompense décernée au cardinal Parolin est probablement méritée. Son engagement diplomatique et son action au service de la paix sont largement reconnus bien au-delà des cercles catholiques. Mais ce geste met également en lumière une contradiction que personne ne peut ignorer : l’Europe institutionnelle continue de rechercher la voix du Vatican lorsqu’il s’agit de paix, de médiation ou de dignité humaine, tout en s’éloignant toujours davantage de l’enseignement de l’Église sur certaines des questions morales les plus fondamentales de notre temps. Un paradoxe qui mérite, à tout le moins, d’être médité.


