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Voyage du pape en Espagne : polémique autour d’une présentation « favorable » du premier ministre espagnol pro-avortement et pro-euthanasie

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez - capture écran
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez - capture écran
Le portrait consacré au président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, apparaît particulièrement élogieux, au point que certains observateurs parlent d'une véritable réhabilitation de son image auprès de la presse internationale

À quelques jours du voyage apostolique de Léon XIV en Espagne, prévu du 6 au 12 juin, une controverse inattendue agite les milieux catholiques espagnols. Plusieurs médias espagnols, dont le quotidien El Debate, se sont étonnés du contenu d’un dossier préparé par le Dicastère pour la Communication du Saint-Siège et distribué aux journalistes chargés de couvrir le déplacement pontifical.

Comme lors de chaque voyage pontifical, le Vatican remet aux correspondants accrédités un document de travail destiné à leur fournir des éléments historiques, religieux et institutionnels sur le pays visité. Ces dossiers jouent un rôle important, car ils constituent souvent la première source d’information consultée par les journalistes internationaux qui accompagneront le pape. La question est d’autant plus sensible que ce dossier n’était pas destiné à quelques observateurs locaux. Il a été remis aux journalistes internationaux appelés à suivre le voyage de Léon XIV et sera lu par des correspondants venus de nombreux pays. Pour certains médias espagnols, la manière dont Pedro Sánchez y est présenté contribue ainsi à façonner, avant même l’arrivée du pape, l’image que de nombreux journalistes étrangers se feront du dirigeant espagnol.

Or, selon les informations publiées par la presse espagnole, le document consacré à l’Espagne présente Pedro Sánchez comme l’artisan du renforcement des droits sociaux et de la croissance économique. Il souligne notamment sa politique migratoire et plusieurs mesures sociales mises en œuvre par son gouvernement. Une présentation qui suscite l’incompréhension de nombreux fidèles.

Car Pedro Sánchez n’est pas un responsable politique neutre du point de vue de l’Église catholique. Son gouvernement a adopté en 2021 la loi légalisant l’euthanasie en Espagne, malgré l’opposition résolue de l’épiscopat. Il a également renforcé l’accès à l’avortement, supprimé l’obligation du consentement parental pour certaines mineures souhaitant avorter et soutenu plusieurs réformes favorables aux revendications LGBT, notamment à travers la loi dite « trans », qui permet un changement de sexe à l’état civil sur simple déclaration.

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Pour de nombreux catholiques espagnols, ces réformes touchent directement à des principes fondamentaux de l’enseignement de l’Église. Depuis des décennies, le Magistère rappelle son opposition à l’avortement et à l’euthanasie, qu’il considère comme de graves atteintes à la vie humaine. Quant aux questions liées à l’identité sexuelle et à la famille, elles ont donné lieu à de nombreuses prises de position des évêques espagnols. C’est pourquoi le contenu du dossier vatican surprend. Selon ses détracteurs, le document met en avant les réussites revendiquées par le gouvernement sans rappeler les profondes divergences qui opposent depuis plusieurs années l’exécutif espagnol à l’Église catholique. Plus encore, il ne ferait aucune mention des lois sur l’avortement ou l’euthanasie qui ont pourtant marqué le débat public espagnol.

Cette omission apparaît d’autant plus étonnante que le Vatican a publié en 2024 la déclaration Dignitas infinita, dans laquelle l’avortement et l’euthanasie figurent explicitement parmi les graves violations de la dignité humaine. Cette question est aujourd’hui au cœur des critiques formulées en Espagne. En effet, comment ne pas s’interroger lorsqu’un document diffusé par les services du Vatican présente favorablement l’action politique d’un dirigeant qui a porté certaines des réformes les plus ouvertement combattues par l’Église ?

Pour de nombreux observateurs, ce n’est pas tant la présentation positive de Pedro Sánchez qui surprend que l’absence de toute référence aux sujets qui constituent précisément les principaux points de désaccord entre son gouvernement et le Magistère. Le contraste est d’autant plus saisissant que ces questions de bioéthique figurent parmi les combats les plus constants de l’Église en Espagne comme dans le reste du monde.

La polémique est également alimentée par les relations souvent tendues entretenues ces dernières années entre le gouvernement socialiste et une partie importante de l’Église espagnole. Plusieurs responsables ecclésiastiques ont dénoncé à de nombreuses reprises certaines orientations sociétales de l’exécutif, en particulier sur les questions de la vie, de la famille et de l’éducation. De son coté, le Saint-Siège souligne que ces dossiers ne constituent pas des documents magistériels et qu’ils sont destinés à fournir un contexte général aux journalistes. Le texte lui-même précise qu’il ne possède pas de caractère officiel.

L’explication ne suffit cependant pas à dissiper les interrogations. Lorsqu’un document distribué sous l’autorité du Vatican présente favorablement un dirigeant politique dont plusieurs réformes ont été ouvertement combattues par l’Église, la question de la cohérence est inévitablement posée.

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