Le prochain consistoire convoqué par le pape Léon XIV les 26, 27 et 29 juin pourrait bien constituer un tournant discret mais significatif dans le traitement de la question liturgique au Vatican. Depuis plusieurs mois, de nombreux observateurs s’attendaient à ce que les cardinaux soient appelés à débattre de la mise en œuvre de Traditionis custodes, le texte publié en 2021 par le pape François pour restreindre l’usage du missel de 1962. Le cardinal Arthur Roche, préfet du dicastère pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, avait d’ailleurs préparé un document destiné à introduire cette réflexion. Pourtant, la question liturgique a disparu de l’ordre du jour officiel.
Les travaux du consistoire porteront sur la situation internationale, sur l’encyclique Magnifica humanitas et sur le processus synodal. La liturgie n’y figure plus. Ce choix est loin d’être anodin.
Car en écartant ce sujet, Léon XIV renonce également à faire examiner par les cardinaux le rapport préparé par Son Eminence Arthur Roche. Un texte qui, selon les informations publiées ces derniers jours, défendait avec vigueur les orientations de Traditionis custodes et contestait en partie l’approche adoptée par Benoît XVI dans Summorum Pontificum. Le cardinal britannique y réaffirmait notamment que les livres liturgiques promulgués après le concile Vatican II constituent l’unique expression de la lex orandi du rite romain. Il rappelait également que les permissions accordées par saint Jean-Paul II concernant l’usage du missel de 1962 n’avaient jamais été destinées à favoriser le développement de la liturgie traditionnelle. Or, ce document restera finalement dans les tiroirs.
Pour de nombreux observateurs romains, cette décision s’inscrit dans une évolution plus large perceptible depuis l’élection de Léon XIV.
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Sans revenir sur les textes en vigueur, le nouveau pape semble privilégier un climat moins conflictuel sur les questions liturgiques. Sa lettre adressée aux évêques de France, dans laquelle il demandait de rechercher des « solutions concrètes » permettant une « inclusion généreuse » des fidèles attachés au Vetus Ordo, avait déjà été interprétée comme un appel à dépasser les logiques d’affrontement qui ont marqué ces dernières années. L’absence de tout débat sur la liturgie lors du prochain consistoire semble aller dans le même sens. Elle évite notamment que le collège cardinalice ne soit invité à se prononcer à partir d’un texte perçu par beaucoup comme l’expression de la ligne la plus restrictive appliquée sous le précédent pontificat.
Cette situation soulève naturellement une autre question : celle de l’avenir du cardinal Arthur Roche lui-même.
À 76 ans, le préfet du dicastère pour le Culte divin a dépassé l’âge habituel auquel les responsables des dicastères présentent leur renonciation. Certes, aucun départ n’a été annoncé et aucune décision officielle n’est connue. Mais plusieurs changements intervenus depuis l’élection de Léon XIV alimentent les spéculations. Le fait que son rapport soit écarté du prochain consistoire constitue un élément difficile à ignorer. Dans les faits, le principal défenseur de Traditionis custodes au sein de la Curie voit son analyse privée de la tribune qui devait lui être offerte devant les cardinaux du monde entier. Faut-il y voir le signe d’un prochain changement à la tête du dicastère pour le Culte divin ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Mais il apparaît de plus en plus clairement que Léon XIV souhaite imprimer son propre style dans la gestion des questions liturgiques. Et ce style semble reposer davantage sur l’apaisement, la prudence pastorale et la recherche d’une coexistence sereine au sein de l’Église que sur l’ouverture de nouveaux fronts de confrontation.
Dans ce contexte, l’avenir du cardinal Arthur Roche pourrait devenir l’un des dossiers les plus révélateurs de l’orientation que le nouveau pontificat entend donner à la politique liturgique du Saint-Siège.


