Le pape Léon XIV entame aujourd’hui une visite de sept jours en Espagne, la première d’un souverain pontife dans le pays depuis celle de Benoît XVI en 2011. Entre polémiques autour des abus sexuels, tensions avec le gouvernement de Pedro Sánchez, question migratoire, controverses mémorielles et célébrations autour d’Antoni Gaudí, ce déplacement concentre plusieurs des grands enjeux auxquels l’Église est confrontée en Europe.
Le contexte du voyage est particulièrement sensible. Si les relations entre le Saint-Siège et la monarchie espagnole demeurent excellentes, celles avec le gouvernement de Pedro Sánchez sont plus complexes. L’exécutif socialiste a porté plusieurs réformes sociétales combattues par l’Église catholique, notamment la légalisation de l’euthanasie, l’extension de l’accès à l’avortement et diverses mesures inspirées par l’idéologie du genre. Cependant à quelques jours du voyage, une controverse a éclaté autour d’un dossier préparé par les services de communication du Vatican et distribué aux journalistes internationaux. Plusieurs médias espagnols lui reprochent de présenter de manière très favorable l’action du gouvernement Sánchez sans évoquer les profondes divergences qui l’opposent à l’Église sur les questions de la vie, de la famille et de l’éducation.

La visite se déroule également sous le regard du cardinal José Cobo Cano, archevêque de Madrid. Proche de la ligne du pape François, il est régulièrement critiqué par une partie des catholiques conservateurs espagnols qui lui reprochent des positions jugées trop conciliantes à l’égard du gouvernement socialiste. Rappelons que le voyage intervient aussi alors que demeurent de vives tensions autour de la Valle de Cuelgamuros, anciennement Vallée des morts. Le projet de réaménagement du site voulu par le gouvernement continue d’inquiéter une partie importante du monde catholique espagnol.
De leur coté, les autorités ont mis en place un important dispositif de sécurité pour accompagner la visite pontificale. Plus de 10 500 policiers, 2 190 membres de la Garde civile et près de 4 000 journalistes accrédités issus de plus de 80 pays sont mobilisés. Cette vigilance a encore été renforcée après la diffusion, par des canaux liés à l’État islamique, d’un message visant directement Léon XIV. Le slogan « Fais que ses jours soient les derniers » a été relayé quelques jours avant l’arrivée du pape, rappelant que le successeur de Pierre demeure l’une des principales cibles symboliques des organisations djihadistes.
Au-delà de ces tensions, Léon XIV entend porter un message d’espérance. Son programme comprend notamment une grande veillée avec des jeunes à Madrid, ainsi que des rencontres avec le monde du sport, de la culture et de l’action caritative.
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Dans une Espagne souvent décrite comme profondément sécularisée, plusieurs responsables ecclésiaux constatent pourtant un réveil spirituel chez les nouvelles générations. Fran Ramírez Mora, responsable de la pastorale des jeunes de la Conférence épiscopale espagnole, évoque ainsi un véritable « réveil de la foi » chez de nombreux jeunes en quête de sens.
L’étape de Barcelone constituera l’un des temps forts du voyage. Le pape célébrera une messe dans la basilique de la Sagrada Família à l’occasion du centenaire de la mort de son architecte Antoni Gaudí. Il bénira également la tour du Christ, haute de 172,5 mètres, point culminant de ce monument emblématique dont la construction a commencé en 1882. Cette étape a toutefois été précédée d’une polémique autour de l’usage du catalan lors des cérémonies pontificales, illustrant une nouvelle fois la sensibilité des questions identitaires en Catalogne.
L’un des dossiers les plus délicats de la visite demeure celui des abus sexuels dans l’Église. Le Vatican a confirmé que Léon XIV rencontrerait plusieurs victimes durant son séjour. Organisée par l’Église espagnole, cette rencontre privée intervient dans un contexte de polémique. Selon un rapport publié en 2023 par le Défenseur du peuple espagnol, plus de 200 000 mineurs auraient pu être victimes d’abus commis par des religieux depuis 1940.
Enfin, la dernière étape conduira le Saint-Père aux îles Canaries, situées aux portes de l’Afrique. Cet archipel est devenu l’un des principaux points d’entrée des migrants vers l’Europe et se trouve en première ligne face à la crise migratoire. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, 1 172 migrants sont morts ou ont disparu en 2025 sur la route atlantique menant aux Canaries. La question des migrations devrait donc occuper une place importante dans les interventions du pape, dans la continuité de l’attention portée par l’Église à la dignité des personnes déplacées.


