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« Des familles dispersées, des églises détruites » : le drame oublié des chrétiens du Soudan

Cathédrale Saint-Matthieu de Khartoum - DR
Cathédrale Saint-Matthieu de Khartoum - DR
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre civile qui a déjà déplacé plus de 12 millions de personnes. Tandis que femmes et enfants subissent la famine, les violences et l’exil, les communautés chrétiennes voient leurs églises détruites et leurs fidèles contraints à la fuite dans un silence presque total de la communauté internationale

Le 15 avril 2023, le Soudan basculait dans la guerre civile. Plus de trois ans plus tard, le conflit opposant l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (RSF), une puissante organisation paramilitaire issue des milices du Darfour, continue de ravager le pays dans une relative indifférence internationale. Selon les organisations humanitaires, plus de 12 millions de personnes ont été déplacées depuis le début des combats, faisant du Soudan l’une des plus importantes crises de déplacement de population au monde. Des millions d’autres sont confrontées à l’insécurité alimentaire, tandis que plusieurs régions du Darfour et du Kordofan sont menacées par la famine.

Les femmes et les enfants figurent parmi les premières victimes de cette tragédie. Les agences des Nations unies rapportent une multiplication des violences sexuelles, des déplacements forcés et de la malnutrition infantile. Des milliers d’enfants ont été tués, blessés ou privés d’éducation depuis le début de la guerre. Dans de nombreuses zones, les structures médicales ont cessé de fonctionner et l’accès à l’aide humanitaire demeure extrêmement limité. Au milieu de ce drame se trouve également une population souvent absente des grands récits médiatiques : les chrétiens soudanais.

Souvent présenté comme un pays entièrement musulman, le Soudan abrite pourtant une présence chrétienne ancienne. Avant le conflit, le pays comptait environ deux millions de chrétiens, soit moins de 5 % de la population. Catholiques, anglicans, orthodoxes et évangéliques sont principalement présents à Khartoum, dans les monts Nouba ainsi que dans certaines régions du Darfour. Ces communautés avaient nourri un certain espoir après la chute du président Omar el-Béchir en 2019. Après plusieurs décennies marquées par l’islamisation du pays et des restrictions visant les chrétiens, les réformes engagées par les autorités de transition semblaient ouvrir une période nouvelle. La guerre civile a brutalement interrompu ces perspectives.

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Selon plusieurs organisations chrétiennes internationales, plus de 160 églises auraient été endommagées ou détruites depuis avril 2023. Des paroisses ont fermé, des écoles chrétiennes ont cessé leurs activités et des milliers de fidèles ont dû fuir vers le Tchad, le Soudan du Sud ou l’Égypte.

À Khartoum, la mission catholique Dar Mariam est devenue l’un des symboles de cette résistance silencieuse. Pendant de longs mois, des religieuses y ont accueilli des femmes et des enfants réfugiés au cœur même des combats. Malgré les bombardements, les pénuries de nourriture et l’insécurité permanente, elles ont poursuivi leur mission auprès des plus vulnérables. L’Église catholique demeure aujourd’hui l’un des rares acteurs encore présents dans certaines zones particulièrement touchées. À El-Obeid, Monseigneur Yunan Tombe Trille continue de porter la voix des populations éprouvées par la guerre et d’appeler à la paix. Comme dans d’autres diocèses du pays, prêtres, religieux et laïcs poursuivent leur mission auprès des déplacés, assurant une aide humanitaire, éducative et spirituelle souvent au péril de leur propre sécurité.

Au cours des dernières semaines, plusieurs organisations chrétiennes ont de nouveau alerté sur le sort des communautés chrétiennes soudanaises, soulignant que l’attention internationale reste largement insuffisante face à l’ampleur de la catastrophe. Alors que d’autres conflits occupent les unes des journaux, le Soudan semble sombrer dans l’oubli. Pourtant, derrière les statistiques se trouvent des millions de visages : ceux de mères contraintes de fuir avec leurs enfants, de familles séparées par les combats, de villages détruits et de communautés chrétiennes qui luttent simplement pour survivre et préserver leur foi au milieu de l’une des guerres les plus dévastatrices de notre époque.

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