Il y a quelque chose de profondément inquiétant dans cette obsession contemporaine qui consiste à vouloir parler de sexualité aux enfants toujours plus tôt. Hier au collège, puis à l’école primaire. Aujourd’hui, certains responsables politiques veulent franchir une nouvelle étape : la maternelle. Des enfants de trois, quatre ou cinq ans seraient ainsi appelés à recevoir des cours d’« éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle », selon la proposition formulée par Marine Tondelier ( source BFMTV) . La méthode est désormais bien rodée. On part d’un drame réel, les violences sexuelles commises contre les enfants, un fléau que personne ne songe à minimiser, puis on présente comme une évidence une mesure qui n’a pourtant rien d’évident : introduire toujours davantage d’enseignement autour de la sexualité dans la vie des plus jeunes.
Or la première question devrait être la plus simple : quel rapport concret existe-t-il entre les agressions sexuelles commises par des prédateurs et des cours d’éducation sexuelle dispensés à des enfants de maternelle ?
Les criminels sexuels ne sont pas arrêtés par des programmes pédagogiques. Ils sont arrêtés par la police, condamnés par la justice et empêchés de nuire par une véritable politique de protection de l’enfance. Faire croire que la solution se trouverait dans une sexualisation toujours plus précoce des contenus scolaires relève davantage de l’idéologie que du bon sens. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Depuis plusieurs années, les Français assistent à une transformation progressive des programmes d’éducation affective et sexuelle. Derrière des formules consensuelles apparaissent régulièrement des notions inspirées des théories du genre, une remise en cause de la complémentarité homme-femme et une vision de la sexualité détachée de toute référence à la famille, à la transmission ou à la loi naturelle.
Les promoteurs de ces programmes affirment souvent qu’il ne s’agit que d’information ou de prévention. Pourtant, chacun constate qu’ils véhiculent également une certaine conception de l’être humain. Une conception qui n’est ni neutre ni universellement partagée.
Lire aussi
L’Église catholique, elle, rappelle une vérité fondamentale : les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Saint Jean-Paul II parlait d’un droit « primordial et inaliénable ». Ce n’est pas à l’État de se substituer à eux dans les domaines les plus intimes de l’éducation. Plus encore, la vision chrétienne de l’enfant repose sur le respect de son innocence. L’enfance n’est pas une période qu’il faudrait remplir le plus tôt possible de discours sur la sexualité. Elle est un temps de croissance, de découverte progressive du monde, de confiance et d’émerveillement À force de vouloir tout expliquer toujours plus tôt, notre société semble avoir oublié une évidence : un enfant n’est pas un adulte miniature.
La proposition de Marine Tondelier révèle finalement une tendance plus profonde. Face à chaque difficulté sociale, certains imaginent que l’école doit tout prendre en charge : l’alimentation, la morale, la psychologie, les relations familiales, et désormais la sexualité dès les premières années de la vie. Cette fuite en avant interroge. Car derrière le discours de protection apparaît une volonté croissante de façonner les consciences dès le plus jeune âge. Protéger les enfants, oui. Leur apprendre à se méfier des prédateurs, évidemment. Mais faire entrer l’éducation sexuelle à la maternelle constitue une rupture anthropologique dont les conséquences méritent un véritable débat national. Une société qui ne sait plus préserver l’innocence de ses enfants est une société qui finit par perdre le sens même de l’enfance.


