À l’occasion du dixième Austrian World Summit, organisé le 16 juin à Vienne, le pape Léon XIV a adressé un message vidéo aux participants, les invitant à inscrire leur réflexion sur l’environnement dans une vision plus large de la personne humaine et du bien commun. Dès les premières lignes de son intervention, le Saint-Père a rappelé que la question écologique possède une dimension profondément morale. Citant son encyclique Magnifica Humanitas, publiée en mai dernier, il a affirmé que « la crise environnementale n’est pas une question isolée, mais plutôt l’aspect écologique de la crise socio-économique contemporaine ».
Structurant son message autour des vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, Léon XIV a d’abord insisté sur la responsabilité particulière des croyants envers la création. Pour ceux qui reconnaissent le monde comme un don de Dieu, le soin de l’environnement ne relève pas d’une option facultative, mais d’une exigence découlant directement de la foi. Le pape a également souligné que les différentes traditions religieuses partagent une même conviction fondamentale : la vie est sacrée et mérite d’être protégée. Cette dimension spirituelle, selon lui, peut contribuer à renforcer l’engagement en faveur de la sauvegarde de la création.
Léon XIV a ensuite replacé la question écologique dans le cadre plus vaste de la doctrine sociale de l’Église. Il a rappelé l’importance du bien commun, de la destination universelle des biens, de la subsidiarité, de la solidarité et de la justice sociale. Ces principes, a-t-il expliqué, doivent être envisagés ensemble afin de répondre aux déséquilibres qui fragilisent les sociétés contemporaines. Le souverain pontife a notamment attiré l’attention sur les populations les plus vulnérables. Selon lui, les plus pauvres sont souvent les premières victimes de la dégradation environnementale et doivent demeurer au centre des décisions politiques et économiques.
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Abordant ensuite le thème de l’espérance, Léon XIV a reconnu les inquiétudes suscitées par les crises actuelles. Il a évoqué les tensions liées au changement climatique, à l’exploitation excessive des ressources naturelles et aux menaces pesant sur la paix. Face à ces défis mondiaux, il a plaidé pour une coopération internationale renforcée et un multilatéralisme capable de dépasser les intérêts particuliers. Le pape a également mis en garde contre les peurs qui paralysent souvent l’action collective : peur du changement, peur de perdre des avantages acquis ou peur de l’incertitude. À ses yeux, l’espérance demeure la réponse chrétienne à ces blocages.
Dans l’un des passages les plus marquants de son intervention, Léon XIV a déclaré qu’il était « réellement possible » de construire des sociétés « où le bien commun prend le pas sur le profit et où les modèles économiques sont enracinés dans la solidarité et la dignité humaine ». Enfin, évoquant la charité, le Saint-Père a repris l’expression d’« amour civique et politique » chère au pape François dans Laudato si’. Il a appelé à développer une véritable « culture du soin » capable de transformer les comportements individuels mais aussi les structures sociales et économiques. Concluant son message, Léon XIV a exprimé le souhait que les travaux du sommet contribuent à un dialogue fécond au service de la protection de la création, qu’il a qualifiée de « merveilleux don de Dieu ». Pour le pape, la sauvegarde de l’environnement demeure inséparable de la défense de la dignité humaine et de la recherche du bien commun.
Message vidéo du Saint-Père à l’occasion du dixième « Austrian World Summit » – 16 juin 2026
Traduction TC
« Je suis heureux de saluer tous ceux qui participent au dixième Austrian World Summit. La durabilité, l’écologie intégrale et le soin de la création sont des préoccupations depuis de nombreuses décennies. L’Église a toujours été consciente que la question écologique possède une dimension morale. En effet, la crise environnementale « n’est pas une question isolée, mais plutôt l’aspect écologique de la crise socio-économique contemporaine » (Magnifica Humanitas, 43).
Dans vos efforts pour répondre à la crise actuelle, je voudrais vous encourager à garder à l’esprit ce contexte plus large et vous proposer trois thèmes, fondés sur les vertus chrétiennes de foi, d’espérance et de charité, qui, je l’espère, pourront soutenir les travaux de votre sommet.
Commençons par la foi. Pour certains, la foi peut sembler avoir peu à apporter aux questions du changement climatique et de la protection de l’environnement. Pourtant, la dimension religieuse est essentielle pour aborder ces questions de manière adéquate. Ceux qui croient que notre monde a été créé par Dieu et qu’il est intrinsèquement bon sont appelés à assumer une responsabilité encore plus grande dans le soin de la création, puisque telle est l’exigence même de leur foi.
« Vivre notre vocation de gardiens de l’œuvre de Dieu est essentiel à une vie vertueuse ; ce n’est pas un aspect facultatif ou secondaire de notre expérience chrétienne » (Pape François, Laudato si’, 217).
En outre, les croyants de nombreuses traditions considèrent la création comme un don divin. De même, plusieurs religions enseignent que la vie est sacrée et qu’elle doit donc être respectée. Nous pouvons ainsi affirmer que la foi religieuse renforce le désir commun de protéger la vie et de prendre soin de la nature.
Cette perspective souligne les fondements éthiques profonds auxquels j’ai récemment attiré l’attention dans mon encyclique Magnifica Humanitas, à savoir l’égale dignité de tous les êtres humains et la valeur des droits fondamentaux. Ceux-ci ne peuvent être garantis de manière adéquate que par la mise en œuvre correcte des principes du bien commun, de la destination universelle des biens, de la subsidiarité, de la solidarité et de la justice sociale (cf. Magnifica Humanitas, 51-81).
Ces principes doivent « être considérés ensemble afin de faire apparaître clairement leur complémentarité et leurs liens réciproques » (ibid., 46).
Ces questions personnelles et sociales essentielles sont intimement liées à la crise climatique qui, comme je l’ai dit, constitue l’une des manifestations, et l’une des plus graves, de la crise socio-économique plus large. Tant qu’elles ne seront pas affrontées, aucune solution technique destinée à protéger l’environnement ne pourra atteindre pleinement son objectif.
Dans cette perspective, nous devons porter une attention particulière aux plus pauvres et à ceux qui sont les plus vulnérables à la dégradation de l’environnement. Je vous encourage à les garder au premier plan de vos réflexions lorsque vous évaluez, planifiez et mettez en œuvre d’éventuels projets.
J’en viens ainsi au deuxième thème : l’espérance.
Face à l’ampleur mondiale des défis actuels, il est évident que beaucoup de personnes sont préoccupées. Une prise de conscience croissante montre que la paix est menacée par le manque de respect envers la création, par le pillage des ressources naturelles et par la dégradation progressive de la qualité de vie due au changement climatique.
Ces défis exigent une coopération internationale ainsi qu’un multilatéralisme cohérent et tourné vers l’avenir afin de trouver des solutions efficaces.
Cependant, au cours des délibérations et des négociations, diverses peurs surgissent fréquemment : la peur de changer de cap, la peur de perdre du pouvoir et la peur des conséquences incertaines. Ce n’est qu’en surmontant ces peurs que nous pourrons travailler ensemble à la recherche de solutions justes.
C’est ici, me semble-t-il, que les responsables religieux et les communautés croyantes peuvent apporter une contribution particulière. La Bible est remplie d’exemples montrant comment les peurs humaines peuvent être vaincues par l’espérance, laquelle est en définitive un don de Dieu lui-même.
Dans cette perspective, malgré les sceptiques et les cyniques, l’espérance peut devenir une force motrice puissante.
À cet égard, il est non seulement souhaitable mais réellement possible que les avancées réalisées lors de la COP30 soient suivies d’une transition juste vers des sociétés où le bien commun prime sur le profit, et où les modèles économiques soient enracinés dans la solidarité et la dignité humaine.
Cela exige toutefois que les pays les plus riches remplissent leurs obligations en soutenant financièrement les pays plus pauvres. Nous avons également besoin d’un nouveau cadre financier international centré sur la personne humaine afin de permettre à tous les pays, en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables aux catastrophes climatiques, d’atteindre leur plein potentiel dans le respect de la dignité de leurs citoyens (cf. Message à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques – COP30, 7 novembre 2025).
Enfin, j’en viens au thème de la charité.
Je voudrais souligner l’importance de promouvoir une véritable culture du soin de notre environnement, qui inclut ce que le pape François appelait « l’amour civique et politique » (cf. Laudato si’, 228-232).
Un tel amour est la clé d’un développement authentique, car « pour rendre la société plus humaine, plus digne de la personne humaine, il faut redonner toute sa valeur à l’amour dans la vie sociale, politique, économique et culturelle, en faisant de lui la norme constante et suprême de toute activité.
Dans cette perspective, à côté de l’importance des petits gestes quotidiens, l’amour social nous pousse à élaborer de grandes stratégies capables de freiner la dégradation de l’environnement et de promouvoir une “culture du soin” qui imprègne toute la société » (Laudato si’, 231).
J’espère que vos réflexions contribueront à promouvoir cette culture du soin et, ainsi, à faire progresser la civilisation de l’amour.
Chers amis, avec ces réflexions centrées sur la foi, l’espérance et la charité, je prie pour que votre sommet soit fécond dans la promotion du dialogue si nécessaire à la recherche de solutions efficaces pour protéger le merveilleux don de la création.
J’invoque volontiers sur vous tous les dons de sagesse et de paix de Dieu. »
Source Vatican


