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[ Editorial ] « Une photo, mille fantasmes » : quand le féminisme contemporain revisite l’Église

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Une lecture qui en dit davantage sur certaines obsessions contemporaines que sur la réalité historique, sociologique et théologique de l’Église

Par Philippe Marie

La chronique publiée récemment dans La Croix à propos d’une photographie du pape Léon XIV est révélatrice d’une tendance devenue fréquente dans certains milieux catholiques occidentaux : interpréter toute réalité ecclésiale à travers les catégories du féminisme contemporain et de la déconstruction des rapports d’autorité.

La surprise est d’autant plus grande que cette analyse émane d’Alain Rémond, ancien séminariste devenu l’une des plumes les plus connues du catholicisme médiatique français. Alain Rémond connaît l’histoire, les usages et les symboles du monde ecclésial. C’est précisément pourquoi sa lecture de cette photographie interroge. Le point de départ est pourtant d’une banalité désarmante. Lors d’une audience accordée par le pape Léon XIV à des religieux et religieuses le 18 septembre 2025, les hommes sont assis d’un côté de la salle et les femmes de l’autre. Le chroniqueur y voit aussitôt un signe d’archaïsme et invite ironiquement l’Église à tenter l’expérience du mélange. Mais avant de dénoncer, encore faudrait-il comprendre.

Car cette disposition s’inscrit dans une tradition bimillénaire. Pendant des siècles, la vie religieuse masculine et féminine s’est développée selon des structures distinctes. Les monastères étaient séparés, les noviciats également, tout comme les chapitres, les retraites et de nombreuses assemblées. Cette organisation découle de la nature même de la vie consacrée et demeure présente aujourd’hui encore. Cette distinction trouve son origine dans le récit de la Création : « Dieu créa l’homme à son image ; homme et femme il les créa » (Gn 1,27).

L’égalité de dignité entre les sexes n’implique pas leur effacement. La complémentarité entre l’homme et la femme appartient à l’ordre naturel voulu par Dieu.

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Mais la remarque la plus révélatrice de la chronique est sans doute celle-ci : « cherchez de quel côté se trouve le pouvoir ».Tout est là. Car il ne s’agit plus alors d’observer une photographie, mais de la soumettre à une grille de lecture idéologique où toute distinction doit nécessairement révéler une domination et où toute hiérarchie doit être dénoncée comme suspecte. Or l’Église n’est pas née au XXIe siècle, ni même de la volonté des hommes. Elle est le Corps mystique du Christ, née de Dieu Lui-même, fondée par Jésus-Christ. Les apôtres choisis étaient des hommes. Les évêques furent des hommes. Les prêtres furent des hommes. Cette réalité à la fois théologique et historique est incontestable. Mais elle dérange une partie de la pensée contemporaine, qui peine à admettre qu’une institution puisse recevoir sa structure d’un ordre qui la dépasse.

C’est là toute l’arrogance de l’homme moderne : croire que tout héritage doit être soumis à son jugement, que toute tradition doit être remodelée selon les sensibilités du moment et que rien ne saurait échapper à sa volonté de redéfinition permanente.

Lorsque le chroniqueur invite le lecteur à « chercher de quel côté se trouve le pouvoir », il importe de rappeler que la civilisation chrétienne s’est développée dans un cadre patriarcal assumé. Le père y occupait une place centrale non seulement comme détenteur d’une autorité, mais aussi comme porteur de responsabilités et de devoirs. Réduire le patriarcat à un simple système de domination masculine revient souvent à appliquer aux sociétés anciennes des catégories idéologiques contemporaines qui peinent à rendre compte de leur complexité.

Cette lecture oublie également que l’Église a donné naissance à certaines des plus grandes figures féminines de l’histoire chrétienne, de sainte Catherine de Sienne à sainte Thérèse de Lisieux, dont l’influence spirituelle a dépassé celle de nombreux prélats. Au fond, la photographie commentée ne démontre rien de ce qu’elle prétend révéler. Elle montre simplement des religieux et des religieuses réunis autour du pape. En revanche, la réaction qu’elle suscite est révélatrice d’autre chose : cette tendance moderne à croire que toute différence est une injustice, que toute hiérarchie est une oppression et que toute tradition doit être jugée à l’aune des sensibilités idéologiques du présent. Oui, une image peut valoir mille mots. Encore faut-il ne pas lui faire dire ce qu’elle ne montre pas.

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