Il y a encore peu, le nom du cardinal Anders Arborelius figurait parmi ceux que de nombreux observateurs considéraient comme des « papabili », ces cardinaux susceptibles de succéder au pape François. Premier cardinal de l’histoire de la Suède, converti du luthéranisme au catholicisme, carme, homme de prière et de dialogue, il incarnait pour beaucoup un profil capable de rassembler différentes sensibilités de l’Église. Aujourd’hui, son nom est pourtant associé à une tout autre actualité.
Le cardinal Arborelius, évêque de Stockholm depuis 1998, se retrouve au centre d’une importante polémique après la publication d’un rapport réalisé durant deux années par un collectif de fidèles sous le pseudonyme « Thomas More ». Ce document demande officiellement au Saint-Siège d’ordonner une visite apostolique afin d’examiner le fonctionnement du diocèse avant la nomination du futur successeur du cardinal, aujourd’hui âgé de 76 ans. Les auteurs dénoncent un mode de gouvernance qu’ils jugent opaque. Ils évoquent des décisions arbitraires, un manque de transparence dans certaines procédures canoniques, un climat de peur au sein d’une partie du clergé ainsi que des représailles contre des prêtres considérés comme critiques. Selon eux, un petit groupe de responsables diocésains exercerait une influence déterminante sur les principales décisions de gouvernement.
L’affaire repose principalement sur le cas du Père Tobias Unnerstål, ancien curé de la paroisse du Christ-Roi de Göteborg. Après quinze années d’un ministère marqué par une forte croissance de la paroisse, des conversions et un développement de la liturgie traditionnelle, le prêtre a fait l’objet, en 2021, d’une plainte pour abus psychologiques, émotionnels et spirituels. Selon le rapport, les garanties élémentaires prévues par le droit canonique n’auraient pas été respectées. Le prêtre affirme n’avoir jamais eu accès à l’intégralité des accusations formulées contre lui ni aux pièces du dossier. Il fut néanmoins progressivement écarté de son ministère avant d’être suspendu.
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L’affaire a ensuite connu plusieurs rebondissements. En juin 2025, la justice suédoise a donné raison au prêtre dans le contentieux civil qui l’opposait au diocèse. Puis, le 5 mai 2026, le Dicastère pour le Clergé a estimé que la suspension canonique prononcée en 2024 n’avait pas été décidée selon la procédure prévue par le droit de l’Église et l’a déclarée invalide, tout en maintenant certaines restrictions à son ministère.
Les auteurs du rapport reprochent également au diocèse d’avoir traité avec davantage de bienveillance un autre prêtre pourtant visé, selon eux, par plusieurs plaintes anciennes, ce qui alimenterait le sentiment d’une justice appliquée de manière inégale.Le diocèse de Stockholm conteste catégoriquement ces accusations. Son vicaire épiscopal chargé des affaires juridiques qualifie l’enquête d’« anonyme », inspirée par « beaucoup de colère » et « dépourvue de sérieux », tout en assurant que les procédures suivies ont été conformes au droit de l’Église.
À ce jour, le Vatican n’a annoncé aucune visite apostolique. Mais cette affaire fragilise incontestablement l’image d’un cardinal qui apparaissait encore récemment comme l’une des grandes figures de l’Église en Europe et, pour beaucoup, comme un candidat crédible à la succession du pape François.


