La venue du pape Léon XIV en France intervient à un moment singulier pour l’Église et pour le pays. Pour Mgr Dominique Rey, elle prend place dans une société profondément sécularisée, mais où apparaissent également les signes d’une nouvelle recherche spirituelle, particulièrement parmi les jeunes générations. « La venue du Saint-Père en France s’inscrit dans un contexte sociétal marqué par une profonde sécularisation, l’exculturation du christianisme et la désaffiliation de beaucoup de nos contemporains vis-à-vis de l’Église », explique à Tribune Chrétienne l’évêque émérite de Fréjus-Toulon.
Il observe cependant parallèlement un regain d’intérêt pour la foi chez de nouvelles générations confrontées à une société « en perte de repères, de sacralité, d’intériorité et de vraie fraternité ».Dans ce contexte, Léon XIV vient selon lui exercer pleinement la mission du successeur de Pierre : « confirmer notre foi », mais aussi « soutenir ce nouvel élan spirituel, pour qu’il s’enracine dans la vie de l’Église ».
Le thème choisi pour le voyage pontifical, « Pour que le monde ait la vie », revêt une signification toute particulière au regard de l’actualité française. Mgr Rey établit directement le lien avec le débat sur la fin de vie. Pour l’ancien évêque de Fréjus-Toulon, la légalisation de l’euthanasie et de l’aide à mourir constituerait « une rupture anthropologique majeure » et « un dévoiement de la vocation médicale », dont la mission est de « soigner et de protéger la vie, et non pas de donner la mort ».
C’est précisément dans ce contexte que l’absence d’une visite du Pape auprès des personnes en fin de vie suscite un regret.
Monseigneur Rey l’exprime sans polémique, en rappelant d’abord les contraintes considérables qui pèseront sur l’agenda pontifical.« Le programme très chargé du Saint-Père en France, entre les cérémonies liturgiques, les visites officielles, les déplacements successifs à Paris, Lourdes et Metz, les audiences accordées aux évêques, religieux… ne lui offre pas la possibilité de rencontrer personnellement, comme d’aucuns le souhaitaient et le regrettent, les structures d’accueil de personnes en fin de vie ou des unités de soins palliatifs. » Parmi ceux qui nourrissaient ce souhait, Mgr Dominique Rey reconnaît se compter lui-même.
Il cite deux lieux qui auraient pu donner à une telle rencontre une force particulière : la Maison médicale Jeanne Garnier, institution de référence dans l’accompagnement et les soins palliatifs, et la Fondation Jérôme Lejeune, engagée auprès des personnes fragiles et dans la défense de la vie.
Dans le contexte politique actuel, un tel geste aurait nécessairement possédé une portée symbolique considérable. L’absence de cette étape ne signifie cependant pas que le sujet sera absent du voyage. Mgr Rey attend précisément de Léon XIV qu’il rappelle le fondement chrétien de la dignité humaine. « La dignité de toute personne humaine ne dépend ni de son autonomie, ni de son utilité sociale, ni de son état de santé, mais du fait qu’elle est une créature de Dieu », souligne-t-il.
Cette conception chrétienne de l’homme rejoint l’affirmation majeure du concile Vatican II : « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et spes, 22). « C’est le Christ qui révèle l’homme à lui-même », rappelle Mgr Rey. L’évêque émérite replace enfin la question de la fin de vie dans une transformation beaucoup plus profonde des sociétés occidentales. Il évoque « un monde de plus en plus soumis à l’utopie transhumaniste, au mercantilisme dévorant et au paradigme technocratique qui corrompt le sens de l’humain ». C’est dans ce contexte que la parole pontificale peut, selon lui, acquérir toute sa force : « La parole du Pape est attendue pour éveiller ou réveiller les consciences et conforter l’engagement de l’Église et des communautés chrétiennes pour le respect de la vie. »
Et si le programme officiel ne prévoit finalement ni Jeanne Garnier ni une autre unité de soins palliatifs, Mgr Rey rappelle que les voyages pontificaux ne se résument jamais à leur agenda. Des contacts formels ou informels, des paroles inattendues et « la force symbolique des gestes et des rencontres parfois impromptues » peuvent aussi marquer les consciences. L’évêque émérite de Fréjus-Toulon ,comme beaucoup de catholiques, espère à présent que Léon XIV profitera de sa présence en France pour rappeler, au moment où le pays s’interroge sur la fin de vie, que la fragilité, la maladie ou la dépendance ne diminuent jamais la dignité sacrée d’une personne humaine.


