La récente visite du pape Léon XIV à Lampedusa a remis en lumière une dimension essentielle de la doctrine sociale de l’Église sur les migrants. Tout en réaffirmant l’appel évangélique à accueillir les personnes contraintes de fuir la guerre, les persécutions ou la misère, le Saint-Père a également insisté sur la nécessité de travailler au développement des pays d’origine, « afin que personne ne soit contraint d’émigrer ». Une précision qui prolonge l’enseignement qu’il avait formulé quelques semaines plus tôt en Espagne, lorsqu’il rappelait qu’au droit de chercher refuge répond aussi le « droit de ne pas devoir migrer ».
Cet équilibre doctrinal serait-il aujourd’hui remis en cause par certains responsables de l’Église italienne ? C’est la question soulevée par le journaliste italien Luca Volontè, dans un éditorial publié par La Nuova Bussola. Selon lui, plusieurs responsables de la Conférence épiscopale italienne (CEI), emmenée par le cardinal Matteo Zuppi, privilégieraient le devoir d’accueil absolu au détriment d’un autre principe fondamental de la doctrine sociale de l’Église : permettre aux peuples de vivre dignement dans leur propre pays.
Le journaliste reproche à plusieurs responsables de l’épiscopat italien de ne mettre en avant que le devoir d’accueil, sans rappeler cette autre dimension du magistère. Il cite notamment Monseigneur Giuseppe Baturi, secrétaire général de la CEI, auquel il reproche d’avoir invoqué la Constitution apostolique Exsul Familia de Pie XII en insistant sur le droit d’émigrer, sans replacer ce texte dans l’ensemble de la doctrine sociale de l’Église. Il critique également Monseigneur Corrado Lorefice, archevêque de Palerme et président de la Fondation Migrantes, qu’il accuse de défendre une conception de l’accueil qu’il juge sans limites.
Il vise enfin Andrea Riccardi, fondateur de la très influente Communauté de Sant’Egidio, qui a interprété les récentes déclarations de Léon XIV comme une invitation à favoriser davantage l’immigration afin de répondre au déclin démographique de l’Italie.
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Pour l’éditorialiste, une telle lecture ne reflète pas pleinement l’enseignement du Saint-Père. Il rappelle que le Compendium de la doctrine sociale de l’Église, les enseignements de saint Jean-Paul II, de Benoît XVI, du pape François et désormais ceux de Léon XIV convergent vers une même idée : accueillir ceux qui fuient la guerre ou la misère est un devoir de charité, mais tout doit être mis en œuvre pour permettre aux populations de vivre, de travailler et d’élever leurs familles dans leur propre pays.
Au-delà de la polémique italienne, ce débat pose une question de fond. L’accueil des personnes contraintes de fuir est un devoir évangélique incontestable. Mais cet impératif ne saurait dispenser les responsables politiques, les institutions internationales et les acteurs ecclésiaux d’œuvrer avec la même détermination pour que les peuples puissent vivre dignement dans leur pays. Promouvoir un accueil toujours plus large, sans s’attaquer réellement aux causes profondes des migrations est une forme d’incohérence. Les difficultés d’intégration, les tensions sociales, culturelles et religieuses que connaissent aujourd’hui plusieurs pays européens montrent que cette réflexion ne peut être éludée.
Plus que jamais, la doctrine sociale de l’Église invite à tenir ensemble ces deux exigences : accueillir celui qui frappe à la porte, mais travailler avec la même énergie pour que demain il ne soit plus contraint de migrer. C’est précisément cet équilibre que Léon XIV a choisi de remettre au cœur du débat.


