Plus de seize siècles après la mort de saint Augustin (354-430), sa pensée continue de révéler des trésors insoupçonnés. Une découverte majeure vient en effet d’être annoncée en Pologne : deux sermons jusqu’alors inconnus du célèbre évêque d’Hippone ont été identifiés dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque diocésaine Mgr Jan Bernard Szlaga de Pelplin. L’histoire débute en 2024 lorsque le professeur Christian Tornau, philologue classique à l’Université de Wurtzbourg, reçoit pour mission d’étudier un manuscrit latin daté de 1207 (Codex 114/195), provenant autrefois de l’abbaye cistercienne de Bad Doberan. Ce codex renfermait six sermons attribués à saint Augustin. En les examinant de près, le chercheur découvre que deux d’entre eux n’avaient jamais été recensés dans les catalogues des œuvres augustiniennes.
Conscients qu’au Moyen Âge de nombreux écrits étaient attribués à de grands auteurs afin d’accroître leur autorité, les spécialistes ont abordé cette découverte avec une extrême prudence. Christian Tornau a alors travaillé avec le docteur Clemens Weidmann, l’un des meilleurs connaisseurs des manuscrits augustiniens, afin de soumettre les textes à une analyse approfondie portant sur le vocabulaire, le style, la structure de l’argumentation, la rhétorique et même l’humour caractéristique de saint Augustin.
À l’automne 2025, une vingtaine de latinistes venus de toute l’Europe se sont réunis à Vienne pour examiner les conclusions de ces travaux. À l’issue du séminaire, un consensus s’est dégagé : les deux sermons sont bien des œuvres authentiques de saint Augustin. Le père Stanisław Adamiak, professeur à l’Université Nicolas-Copernic de Toruń et traducteur des lettres de saint Augustin en polonais, estime lui aussi que cette attribution est hautement crédible, soulignant le sérieux scientifique de l’équipe internationale chargée de cette étude.
Les deux sermons commentent un passage particulièrement énigmatique de l’Ancien Testament : l’épisode du roi Saül consultant la nécromancienne d’Endor afin d’évoquer le prophète Samuel (1 Samuel 28). Depuis des siècles, ce texte suscite des interrogations théologiques : Samuel est-il réellement apparu ? S’agit-il d’une illusion ou d’une intervention permise par Dieu ?
Les chercheurs soulignent que la manière dont l’auteur conduit sa réflexion constitue l’un des meilleurs indices de son authenticité. Dans le premier sermon, Augustin expose les différentes interprétations sans imposer immédiatement une conclusion, invitant les fidèles à poursuivre leur réflexion. Quelques jours plus tard, dans un second sermon, il revient sur ce même passage biblique afin d’examiner les arguments et d’approfondir progressivement la compréhension du texte. Cette méthode pédagogique, qui conduit les auditeurs à réfléchir avant de proposer une réponse, est une caractéristique bien connue de la prédication augustinienne.
Les historiens estiment que saint Augustin aurait prononcé près de 8 000 sermons, mais qu’à peine 500 nous sont parvenus. Chaque texte retrouvé constitue donc une contribution précieuse à la connaissance de sa pensée et de son ministère pastoral.
Une édition critique en latin, accompagnée d’un appareil scientifique, paraîtra d’ici la fin de l’année 2026 dans la prestigieuse collection Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (CSEL), référence mondiale pour l’édition des Pères de l’Église. Sans atteindre l’ampleur de la découverte des trente sermons augustiniens mis au jour à Mayence en 1990, cette découverte de Pelplin est déjà considérée comme l’une des plus importantes découvertes patristiques de ces dernières années et nulle doute qu’elle ne manquera pas d’intéresser tout particulièrement le pape Léon XIV qui, issu de l’Ordre de Saint-Augustin, est l’un des héritiers de la riche tradition spirituelle et intellectuelle léguée par l’évêque d’Hippone.
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