Depuis 2000 ans

Arnaquer des prêtres pendant six ans… et être relaxé : la surprenante décision du tribunal de Paris

Depositphotos
Depositphotos
Le jugement rendu ce 10 juillet par le tribunal correctionnel de Paris risque de susciter de nombreuses réactions. Si les magistrats reconnaissent les mensonges répétés d'un homme ayant obtenu plus de 235 000 euros auprès d'une trentaine de prêtres, ils estiment que ces faits ne remplissent pas les conditions juridiques de l'escroquerie

Pendant plus de six ans, Évariste N., 69 ans, a vécu grâce à la générosité de prêtres catholiques. En leur adressant des centaines de lettres, il sollicitait leur charité en se présentant comme un homme accablé par les épreuves. Expulsion imminente, accident vasculaire cérébral, décès de son fils, tentative de suicide de sa fille ou encore difficultés financières : les récits variaient, mais avaient un même objectif, obtenir de l’argent. Ses lettres se terminaient parfois par cette simple question : « Avez-vous un cœur ? » Touchés par ces appels, une trentaine de prêtres, pour la plupart âgés et retraités, lui ont envoyé des chèques ou des espèces. Entre juin 2019 et décembre 2025, les versements ont atteint 235 330 euros. L’affaire n’a été découverte qu’après un signalement du diocèse de Paris.

Poursuivi devant la 13ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris pour escroquerie, Évariste N. était soupçonné d’avoir exploité la confiance et la générosité de ses victimes en instrumentalisant leur sens de la charité chrétienne. Le tribunal a pourtant prononcé sa relaxe. Dans son jugement rendu ce vendredi 10 juillet, il relève que « le prévenu n’a jamais accompagné ses courriers d’aucune fausse facture, d’aucun faux commandement d’huissier, d’aucun faux certificat d’hospitalisation, ni jamais fait intervenir un tiers à l’appui de ces mensonges ».

Les magistrats rappellent surtout que, selon une jurisprudence constante, « le ciblage des victimes ni la répétition de simples mensonges » ne suffisent pas à caractériser les « manœuvres frauduleuses » exigées par le droit pénal pour retenir le délit d’escroquerie.

En d’autres termes, aussi condamnables soient-ils moralement, les mensonges répétés ne constituent pas, à eux seuls, une escroquerie au sens de la loi.La juridiction a également refusé de requalifier les faits en abus de faiblesse. Cette infraction suppose notamment que chaque victime ait subi un « grave préjudice ». Or, si le montant global dépasse 235 000 euros, les sommes versées individuellement par chaque prêtre ont été jugées insuffisantes pour retenir cette qualification. L’épouse du prévenu, poursuivie pour recel, a elle aussi été relaxée.

Au cours de l’enquête, il est pourtant apparu que les histoires racontées aux prêtres étaient entièrement inventées. Ancien vendeur d’articles de sport, sans emploi salarié depuis près de vingt ans, Évariste N. menait une vie sans rapport avec les situations dramatiques décrites dans ses courriers. Lors de son procès, en juin dernier, il avait d’ailleurs reconnu devant les juges : « J’aime bien prendre un verre. »Le tribunal relève également que cette méthode lui a permis de disposer d’un revenu moyen d’environ 2 800 euros par mois pendant les six années couvertes par les poursuites.

Cette décision illustre le décalage qui peut parfois exister entre l’appréciation morale d’un comportement et sa qualification pénale. Si les faits ont profondément choqué les victimes et le monde ecclésial, le tribunal a estimé que les éléments constitutifs de l’escroquerie, tels que les définit la jurisprudence, n’étaient pas réunis.

Lire aussi

Recevez chaque jour notre newsletter !