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[Témoignage] « Je refuserai d’appliquer cette loi et de pratiquer un acte de fin de vie au sens du suicide assisté » : le refus d’un médecin de trahir sa mission

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Pour le docteur Pascal Belissa, de confession juive, comme pour de nombreux chrétiens, ce texte constitue une profonde rupture avec le caractère sacré de la vie humaine, un principe au cœur de l'héritage spirituel commun du judaïsme et du christianisme
Docteur Pascal Belissa

Depuis mercredi 15 juillet au soir, date de l’adoption définitive par l’Assemblée nationale de la loi sur l’aide à mourir, Tribune Chrétienne reçoit de nombreux témoignages de médecins, d’infirmiers, d’aides-soignants et d’autres professionnels de santé qui annoncent déjà qu’ils refuseront d’appliquer cette législation. Parmi eux figure le docteur Pascal Belissa. Médecin généraliste depuis plus de trente ans et Français de confession juive, il livre une parole forte, rappelant que la défense de la vie dépasse largement les appartenances confessionnelles et demeure un héritage commun au judaïsme et au christianisme.

« Je suis profondément scandalisé par la loi sur la fin de vie. » Les premiers mots du docteur Pascal Belissa donnent immédiatement le ton. Il ne cache ni son inquiétude ni son indignation. Derrière cette réaction, ce n’est pas seulement un praticien expérimenté qui s’exprime, mais un homme qui voit dans cette réforme un bouleversement profond de la mission du médecin. Pour lui, la vocation médicale ne souffre aucune ambiguïté. « Le médecin que je suis est là pour la vie et pour lutter, ou du moins accompagner, mes adorables patients vers une fin inéluctable. » Toute sa carrière s’est construite autour de cette conviction : « soigner, soulager, écouter et accompagner, mais jamais provoquer délibérément la mort. »

Le praticien précise que la véritable réponse à la souffrance ne réside pas dans un geste létal. « Il faut non pas donner la mort, mais favoriser les soins palliatifs dans leur qualité et faire en sorte que chaque malade y ait accès. » Il précise que c’est sur ce terrain que devraient porter les efforts de la nation, « afin qu’aucun patient ne soit privé d’un accompagnement digne jusqu’à son dernier souffle. »

Le docteur Belissa dénonce également ce qu’il considère comme une logique économique mortifère : « Il est plus facile de financer une injection létale que d’investir dans les soins palliatifs. » Une réflexion qui révèle un choix de société particulièrement préoccupant : celui de considérer la mort provoquée comme une réponse plus simple et moins coûteuse que l’accompagnement des personnes en fin de vie. Une telle logique « ne pourrait conduire qu’à un affaiblissement du devoir de solidarité envers les plus fragiles. » Au-delà du débat médical, le docteur Belissa voit dans cette loi une remise en cause beaucoup plus profonde. « C’est une grave atteinte anthropologique à notre système de société. » En modifiant le rôle du médecin, « c’est toute la relation de confiance entre le soignant et le patient qui risque d’être irrémédiablement fragilisée. »

Sa position personnelle est claire et sans appel. « Je refuserai de pratiquer un acte de fin de vie au sens du suicide assisté. » Une décision qu’il entend formaliser officiellement : « Je vais le mentionner au Conseil de l’Ordre des médecins. »

Le médecin exprime également une vive inquiétude pour l’avenir. « Je suis aussi contre ce principe de loi, car les plus fragiles ne seront plus à l’abri d’un médecin psychopathe, prêt à tout… Malheureusement, il y en a. » Une formule volontairement forte qui traduit sa crainte de voir s’ouvrir une brèche dont personne ne pourra garantir qu’elle ne donnera jamais lieu à des dérives. « Tout cela pour dire ma profonde indignation et ma tristesse », conclut-il.

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Le témoignage du docteur Pascal Belissa dépasse cependant le seul cadre d’une opinion personnelle. Il rappelle que le respect inconditionnel de la vie humaine constitue l’un des fondements des grandes traditions monothéistes. Dans le judaïsme, auquel il appartient, la vie est un don sacré de Dieu. Le verset du Deutéronome – « Je mets devant toi la vie et la mort… Choisis donc la vie » (Dt 30, 19) – demeure l’un des piliers de cette vision.De son coté, le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, s’est d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises contre la légalisation de l’aide à mourir. Il rappelle que « choisir la vie » est un impératif fondamental de la tradition juive et appelle à développer les soins palliatifs plutôt qu’à faire de la mort une réponse à la souffrance. Pour lui, le devoir d’une société civilisée n’est jamais d’organiser la mort, mais d’accompagner la vie jusqu’à son terme naturel.

Cette conviction rejoint pleinement l’enseignement chrétien. De l’Ancien Testament au Nouveau Testament, la vie est sacrée, parce qu’elle vient de Dieu et demeure sous sa garde. L’homme en est le dépositaire, jamais le propriétaire.

Rappelons enfin que les principaux responsables des cultes présents en France – catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes – ont parlé d’une même voix pour dénoncer une profonde « rupture anthropologique » que représente la légalisation de l’aide à mourir.

Le témoignage du docteur Pascal Belissa rejoint celui de nombreux soignants qui, depuis l’adoption de la loi, annoncent déjà qu’ils feront jouer leur clause de conscience et refuseront de participer à des actes destinés à provoquer délibérément la mort. Il fait également écho à l’appel lancé par les évêques de France, qui ont exhorté les établissements de santé catholiques et les professionnels qui y exercent à demeurer des « témoins fidèles » du respect de toute vie humaine, en s’abstenant de tout acte qu’ils considèrent comme moralement illicite.

Au-delà du cas personnel du docteur Belissa, c’est donc une véritable résistance éthique qui semble s’organiser.

Fidèle à sa mission de soigner, de soulager et d’accompagner, une partie du monde médical entend rappeler qu’une loi civile ne saurait, à elle seule, modifier la conscience ni transformer en devoir ce que beaucoup continuent de considérer comme une transgression de l’interdit fondamental de donner volontairement la mort.

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