Les États-Unis franchissent un cap dans leur dénonciation des persécutions contre les chrétiens au Nigeria. Le 15 juillet, la Chambre des représentants a adopté un amendement au projet de loi de finances du Département d’État pour l’exercice 2027, prévoyant de suspendre 100 % de l’aide américaine au Nigeria tant que le gouvernement d’Abuja ne démontrera pas qu’il agit efficacement pour protéger les chrétiens victimes de violences.
L’amendement a été présenté par le représentant républicain de Floride Greg Steube. Dans sa version initiale, il proposait de suspendre 50 % de l’aide américaine. Les élus ont finalement choisi de porter cette suspension potentielle à 100 %, signe de la gravité avec laquelle ils entendent désormais traiter la situation.Concrètement, l’aide ne serait débloquée que si le secrétaire d’État américain certifie que le gouvernement nigérian poursuit les auteurs des attaques, protège effectivement les populations chrétiennes et met en œuvre des mesures crédibles contre les violences à caractère religieux.
« Les contribuables américains ne devraient jamais financer des gouvernements qui ferment les yeux pendant que des chrétiens sont enlevés, torturés et assassinés », a déclaré Greg Steube pour défendre son amendement.
Depuis plusieurs années, le Nigeria est devenu l’un des pays les plus meurtriers au monde pour les chrétiens. Les attaques attribuées à Boko Haram, à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) ainsi qu’à des groupes armés peuls ont fait des milliers de victimes. Villages incendiés, enlèvements de prêtres, massacres de fidèles pendant les célébrations religieuses et déplacements forcés de populations rythment régulièrement l’actualité du pays.
Si les autorités nigérianes présentent souvent ces violences comme des conflits liés à l’accès aux terres ou au banditisme, de nombreuses organisations de défense de la liberté religieuse estiment que les communautés chrétiennes sont, dans plusieurs régions, spécifiquement ciblées en raison de leur foi.
Cette initiative du Congrès américain est saluée par plusieurs associations engagées dans la défense de la liberté religieuse, qui dénoncent depuis longtemps ce qu’elles considèrent comme une réponse insuffisante du gouvernement nigérian face aux massacres.Pour autant, la mesure n’est pas encore entrée en vigueur. L’amendement doit encore être examiné par le Sénat des États-Unis avant qu’un texte commun puisse être adopté puis signé par le président américain. Son avenir législatif reste donc incertain.
Même si son adoption définitive n’est pas acquise, ce vote constitue un signal politique fort. Pour la première fois, une chambre du Congrès américain envisage de conditionner l’intégralité de son aide à un grand partenaire africain au respect de la liberté religieuse et à la protection des chrétiens. Une évolution qui témoigne d’une prise de conscience croissante face à une tragédie longtemps dénoncée par les Églises et les organisations humanitaires, mais rarement suivie de mesures aussi fermes.


