Aux États-Unis, l’euthanasie active demeure interdite dans l’ensemble des cinquante États. En revanche, le suicide assisté, que la législation américaine désigne sous le nom de Medical Aid in Dying, est désormais autorisé dans treize États ainsi qu’à Washington D.C. Le principe est différent de celui de l’euthanasie : le médecin ne provoque jamais lui-même la mort du patient, mais prescrit une substance létale que celui-ci doit s’administrer lui-même. C’est dans ce contexte que l’État de New York s’apprête à rejoindre les États ayant légalisé cette pratique.
Promulguée en février 2026 par la gouverneure démocrate Kathy Hochul, la loi new-yorkaise entrera en vigueur le 5 août prochain. Elle autorise les adultes atteints d’une maladie incurable, dont l’espérance de vie est estimée à moins de six mois, à obtenir une prescription de substances létales.Mais ce n’est pas tant le principe même de cette légalisation qui est aujourd’hui contesté devant les tribunaux que ses conséquences pour les établissements religieux.
Le 17 juillet, les Petites Sœurs des Pauvres, les Carmélites pour les personnes âgées et les malades, les Dominicaines de Hawthorne, les Sœurs missionnaires de Saint-Benoît ainsi que le diocèse de Rockville Centre ont déposé un recours devant la justice fédérale, avec l’appui du Becket Fund for Religious Liberty, organisme spécialisé dans la défense de la liberté religieuse.
Les requérants estiment que la nouvelle législation pourrait les contraindre, directement ou indirectement, à participer au processus de suicide assisté. Selon eux, certaines dispositions les obligeraient à informer les patients de cette possibilité, à les orienter vers des établissements qui la pratiquent ou encore à autoriser certains membres de leur personnel à collaborer au processus, sous peine de sanctions administratives ou financières.
Pour ces congrégations, une telle coopération est inconcevable. Leur mission consiste précisément à accompagner les personnes âgées, les malades et les mourants jusqu’à leur mort naturelle, dans le respect de leur dignité, sans jamais poser ou faciliter un acte destiné à provoquer délibérément la mort. Elles rappellent que cet engagement s’inscrit dans une tradition de service vieille de plus de 170 ans à New York, héritée notamment de l’œuvre de sainte Élisabeth Ann Seton, pionnière des institutions catholiques de santé aux États-Unis.
Les plaignants soutiennent que cette obligation porte atteinte au Premier Amendement de la Constitution américaine, qui protège le libre exercice de la religion ainsi que la liberté d’expression. Ils demandent donc au juge fédéral d’empêcher l’application de ces dispositions à leur égard.
Monseigneur John Barres, évêque de Rockville Centre, s’est personnellement associé à cette démarche. Dans un communiqué publié après le dépôt de la plainte, il déclare : « Nous ne nous soumettrons jamais à la culture de mort de New York. » Il qualifie le suicide assisté de « grave échec moral » et rappelle que « le Christ, le Divin Médecin, nous appelle à accompagner les malades et les mourants avec compassion, non à les abandonner à la mort ».
Au-delà du cas de New York, cette procédure pourrait avoir une portée nationale. Depuis plusieurs années, les juridictions américaines sont régulièrement amenées à arbitrer des conflits entre les autorités publiques et des institutions religieuses sur la question de la liberté de conscience.
Pour les congrégations engagées dans cette bataille judiciaire, l’enjeu dépasse largement le seul débat sur l’aide à mourir : il s’agit de savoir si un État peut contraindre des œuvres catholiques à coopérer, même indirectement, à une pratique incompatible avec leur foi et leur mission. Leur recours pourrait ainsi devenir une décision de référence pour l’ensemble des établissements confessionnels américains confrontés à des législations similaires. En France, où plusieurs recours ont été déposés contre la loi sur l’aide à mourir, le débat est loin d’être clos. L’affaire new-yorkaise montre que la légalisation n’éteint pas les controverses : elle ouvre au contraire la voie à de nouveaux conflits juridiques, éthiques et de conscience, dont ce n’est sans doute que le début.


