Depuis plusieurs semaines, les fidèles de l’église Saint-Eustache, à Paris, découvrent au cœur de la nef une imposante sculpture de sept mètres de haut. Intitulée Le Souffle, cette œuvre de l’artiste contemporaine Lydie Arickx, réalisée en aluminium découpé au laser, entend évoquer à la fois le corail des profondeurs, l’Arbre de Vie et le cœur humain, tout en sensibilisant à la fragilité des écosystèmes marins. L’installation est présentée jusqu’au 29 septembre.
Lydie Arickx est une artiste du monde de l’art contemporain. Son travail, souvent monumental, s’inspire des formes organiques, du vivant et des grands enjeux environnementaux. Son œuvre trouve naturellement sa place dans les musées, les centres d’art ou les espaces culturels. Mais une église est-elle un lieu comme les autres ? Car c’est bien là que se situe le cœur du débat. Une église consacrée n’est ni une galerie d’art, ni un musée, ni une salle d’exposition. Elle est avant tout la maison de Dieu, le lieu où est célébré le Saint Sacrifice de la messe, où les fidèles viennent adorer le Christ réellement présent dans le Saint-Sacrement et recevoir les sacrements. Son architecture, son mobilier et sa décoration ne sont pas le fruit du hasard : tout y possède une signification théologique et liturgique.
Depuis près de vingt siècles, le christianisme a façonné l’un des patrimoines artistiques les plus extraordinaires de l’histoire de l’humanité. Les cathédrales, les basiliques, les fresques, les retables, les vitraux, les statues, les icônes ou encore les crucifix ne sont pas de simples objets esthétiques : ils sont une catéchèse en images, une invitation à la prière et une manifestation visible des vérités de la foi.
Pourquoi faudrait-il aujourd’hui compléter ce langage universel par des créations dont le message principal relève avant tout d’une démarche artistique ou environnementale et n’a rien de sacré ?
L’invocation de l’Arbre de Vie ne suffit pas à faire d’une œuvre un objet d’art sacré. Dans le cas présent, le regard est d’abord attiré par une structure monumentale dont la compréhension suppose un discours explicatif. À l’inverse, le crucifix, l’autel ou le tabernacle parlent d’eux-mêmes au croyant : ils conduisent immédiatement au Christ. Il ne s’agit pas de nier l’importance de la protection de la création, à laquelle l’Église elle-même appelle. Mais la création ne peut jamais occuper la place du Créateur. Le rôle d’une église n’est pas d’exposer les préoccupations culturelles ou écologiques du moment, aussi légitimes soient-elles, mais d’annoncer Jésus-Christ mort et ressuscité.
La question mérite donc d’être posée : nos églises ont-elles besoin des symboles de l’art contemporain pour témoigner de la Vérité ? Le christianisme possède déjà une richesse spirituelle, théologique et artistique sans équivalent. La Croix, le tabernacle, l’autel, les saints, les vitraux, la lumière, le silence et la liturgie constituent un langage d’une profondeur inépuisable.
À une époque où tant de fidèles aspirent à redécouvrir le sens du sacré, peut-être serait-il plus fécond de remettre en valeur ce patrimoine exceptionnel plutôt que d’introduire dans les sanctuaires des œuvres qui, aussi remarquables soient-elles sur le plan artistique, risquent de détourner le regard de l’essentiel. Car une église n’a pas besoin des codes de l’art contemporain pour annoncer l’Évangile : elle porte déjà en elle, depuis deux mille ans, les signes les plus puissants de la Vérité chrétienne.


