Celle qui explique que sa formation en communication, publicité et gestion de projet constitue un atout pour conduire le Synode, qu’elle présente comme « un grand projet », a été reçue par Léon XIV ce lundi 3 août 2026. Cette audience, aux côtés des principaux responsables du Synode, intervient alors que se poursuit la mise en œuvre du processus synodal et relance les interrogations sur l’orientation que le nouveau pontife entend donner à ce chantier controversé.
Le parcours de Sœur Nathalie Becquart est atypique. Née en 1969 à Fontainebleau, la religieuse des Xavières est d’abord diplômée d’HEC Paris avant d’exercer pendant deux ans dans le marketing, la publicité et la communication. Après son entrée dans la vie religieuse en 1995, elle poursuit des études de philosophie, de théologie et de sociologie, avant de se spécialiser en ecclésiologie et sur la synodalité au Boston College, l’une des universités jésuites les plus influentes des États-Unis. Très investie dans la pastorale des jeunes, elle est nommée en 2019 consulteur de la Secrétairerie générale du Synode, puis devient, le 6 février 2021, sous-secrétaire avec droit de vote, une première pour une femme. Depuis, elle est devenue l’un des principaux visages de la synodalité voulue par le pape François.
Ce lundi 3 août, le pape Léon XIV l’a reçue, si le Vatican n’a pas communiqué le contenu de cette rencontre, celle-ci intervient alors que se poursuit la préparation de l’Assemblée ecclésiale de 2028, dernière étape du processus synodal.
Ces dernières semaines, Sœur Nathalie Becquart s’est montrée particulièrement active. Le 29 juin, elle a reçu en Italie le prix « Mela d’Oro » de la Fondation Marisa Bellisario pour son engagement en faveur de la synodalité. Au mois de juillet, elle a multiplié les conférences internationales afin de promouvoir la mise en œuvre du Synode et d’en défendre les orientations. Sa manière de présenter ce processus apparaît clairement dans une longue interview accordée en 2021. Revenant sur sa formation, elle expliquait que son expérience en communication et en publicité faisait désormais partie de son ministère. « Le synode est un grand projet », déclarait-elle, ajoutant qu’au-delà de la théologie, il fallait aussi maîtriser « la logistique », le « travail d’équipe » et la « gestion d’équipe ».
Interrogée sur la manière de faire comprendre le Synode, elle allait plus loin en expliquant qu’il fallait présenter une « Église joyeuse, inclusive, relationnelle », où « tous les fidèles sont protagonistes », et aider les personnes à « rêver ensemble de l’Église d’aujourd’hui et de demain ».
Pour elle, les résistances au Synode s’apparentent aux réactions habituelles que rencontrent les organisations confrontées à un processus de changement. Elle comparait même l’esprit de Vatican II à une mise à jour, « comme un logiciel qu’il faut mettre à jour régulièrement ».( novembre 2021ROME REPORTS in English )
Cette approche, qui emprunte largement au vocabulaire du management, de la communication et de la conduite du changement, suscite de nombreuses réserves parmi les catholiques La polémique la plus importante est née en avril 2022 lorsqu’elle est intervenue devant New Ways Ministry, une organisation américaine favorable à une évolution de la pastorale envers les personnes LGBT, dont les fondateurs avaient été sanctionnés par le Saint-Siège dans les années 1990. Elle y saluait l’approche « remarquablement positive » du Synode à l’égard des personnes LGBT. Plusieurs cardinaux, notamment Gerhard Ludwig Müller et le cardinal Joseph Zen, ont eux aussi exprimé leurs inquiétudes face à certaines orientations du processus synodal. L’audience accordée aujourd’hui par Léon XIV à Sœur Nathalie Becquart et aux principaux responsables du Synode sera donc scrutée avec attention. Beaucoup attendent désormais de voir si le nouveau pontife entend poursuivre cette dynamique dans les pas du pape François ou, au contraire, en préciser certains contours afin de lever les ambiguïtés qui entourent encore ce vaste chantier.


