« C’est un drame, un véritable et authentique péché. » Les mots du cardinal Robert Sarah sont sans équivoque. Dans un long entretien accordé au journaliste Matteo Matzuzzi, directeur du quotidien italien Il Foglio, le préfet émérite du Dicastère pour le Culte divin livre une analyse sévère de la situation actuelle de l’Église, marquée selon lui par une profonde confusion doctrinale, morale et liturgique. Le cardinal guinéen regrette avant tout que la liturgie, qui devrait être un facteur d’unité, soit devenue un motif de division entre catholiques. « Il est impensable que la liturgie, qui est source de communion ecclésiale, puisse provoquer une sorte de guerre », déclare-t-il, qualifiant cette situation de « véritable péché ».
Face aux tensions suscitées par les restrictions imposées à la célébration de la messe traditionnelle, le cardinal Sarah rappelle un principe fondamental : « Personne n’a autorité sur les rites, qui sont nés de l’histoire séculaire de l’Église. Les rites ne peuvent pas être abolis arbitrairement et personne ne peut décréter qu’un rite cesse d’exister du jour au lendemain. » Ces paroles résonnent particulièrement quelques jours après les déclarations du cardinal Arthur Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin, qui a affirmé que le pape Léon XIV n’avait pas l’intention d’abroger Traditionis Custodes, le motu proprio publié par le pape François en 2021 pour restreindre l’usage de la liturgie traditionnelle.
Pour Son Eminence Robert Sarah, une autre voie est pourtant possible. Il invite à retrouver « la position équilibrée, pastorale et théologiquement fondée » de Benoît XVI, qui avait permis la coexistence de la forme ordinaire et de la forme extraordinaire du rite romain afin qu’elles puissent « s’enrichir mutuellement ». Selon lui, les fidèles devraient pouvoir connaître les deux formes de la liturgie et choisir celle qui nourrit le mieux leur vie spirituelle.Au-delà de la question liturgique, le cardinal dresse un constat préoccupant sur l’état de l’Église en Occident. Celle-ci traverse, selon lui, « un temps de grande difficulté, voire de confusion », qui touche la doctrine, la morale et la discipline ecclésiastique.
Lire aussi : https://tribunechretienne.com/secours-catholique-secours-populaire-quelle-difference-reste-t-il/
Face à cette crise, il estime que la transmission de la foi ne peut plus s’appuyer sur une culture devenue largement sécularisée. Elle doit reposer sur des communautés profondément enracinées dans la prière, le silence, une liturgie célébrée avec dignité et une fidélité sans compromis à l’Évangile. Une vision qui s’inscrit directement dans l’héritage spirituel de Benoît XVI.
Le cardinal Sarah n’élude pas les critiques parfois adressées aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. Il reconnaît que des excès peuvent exister, mais il estime qu’ils s’expliquent en partie par les « abus dramatiques et répandus » qui continuent, selon lui, d’affecter de nombreuses célébrations de la forme ordinaire du rite romain.
Il met également en garde contre une prédication qui chercherait davantage à satisfaire les attentes du monde qu’à annoncer le Christ. « Il n’est jamais légitime de réduire l’Évangile à des thèmes sociaux et horizontaux, aussi importants soient-ils », affirme-t-il. Lorsque la prédication s’aligne sur les modes culturelles, prévient-il, elle devient « banale » et ne répond plus aux attentes profondes des hommes.Enfin, interrogé sur les moyens de sortir de cette crise, le cardinal Sarah répond sans hésiter : « La clé, c’est la formation liturgique, la formation et encore la formation : des évêques, des prêtres et des laïcs. » Malgré les difficultés actuelles, le cardinal conclut sur une note d’espérance. « Au cours des siècles, l’Église a traversé de nombreuses tempêtes, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est divine et qu’elle ne disparaîtra jamais. » Une certitude qui, pour le cardinal Sarah, demeure le fondement de toute réforme authentique.


