Alors que l’Église célèbre, ce jeudi 6 août, la fête de la Transfiguration du Seigneur, le pape Léon XIV s’est rendu à Assise pour participer au « GO! Franciscan Youth Meeting 2026 », un rassemblement de jeunes inspiré par la spiritualité franciscaine. Après un temps d’échange avec les participants sur la place de la basilique Sainte-Marie-des-Anges, le Saint-Père a célébré la messe dans la basilique de la Portioncule, où il a prononcé une homélie centrée sur la Transfiguration, la vocation chrétienne et l’appel universel à la sainteté.
🔴À Assise, Léon XIV fait un "check" avec les jeunes et les appelle à devenir "de nouveaux saints"
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) August 6, 2026
➡️"Aujourd'hui, le courage de faire un choix définitif est peut-être l'acte le plus révolutionnaire"
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Entre ses réponses aux jeunes et sa prédication liturgique, plusieurs thèmes forts se dégagent déjà de cette visite : la radicalité évangélique, la fidélité aux engagements, la communion ecclésiale et la mission confiée aux nouvelles générations. Dès son dialogue avec les jeunes, le ton est donné. Une jeune Croate l’interroge sur la manière de demeurer un authentique disciple du Christ dans un monde où les repères s’effacent. La réponse du pape dépasse largement le seul cadre franciscain. Revenant sur l’histoire des Balkans, il rappelle que les franciscains furent, pendant des siècles, des artisans de dialogue entre catholiques, orthodoxes et musulmans, dans une région marquée par les guerres et les nationalismes. Puis il lance cette affirmation d’une grande portée : « la radicalité évangélique est l’opposé du fondamentalisme ».
La nuance est capitale. Dans un contexte où toute conviction forte est parfois soupçonnée d’extrémisme, Léon XIV refuse d’opposer radicalité et charité. Pour lui, suivre radicalement le Christ ne conduit ni à la violence ni au repli identitaire ; cela rend, au contraire, les croyants « humbles » et « accueillants envers tous », capables de bâtir une « civilisation de l’amour ». Il ne propose pas un christianisme affadi, mais un christianisme pleinement évangélique.
Le pape poursuit en évoquant un autre mal de notre époque : l’isolement. Il regrette que « la technologie déshabitue à être ensemble, entre personnes en chair et en os » et invite les jeunes à retrouver le goût des relations réelles, de la fraternité et de la prière commune.
La deuxième question porte sur les vocations. Pourquoi s’engager définitivement dans une société dominée par le provisoire ? C’est ici que Léon XIV prononce sans doute la phrase la plus marquante de cette rencontre : « Aujourd’hui, le courage de faire un choix définitif est peut-être l’acte le plus révolutionnaire. »
Cette formule mérite d’être méditée. Depuis plusieurs décennies, la culture occidentale valorise la réversibilité : changer de métier, de lieu de vie, de convictions, voire de relations affectives est présenté comme le signe d’une liberté toujours ouverte. Le pape renverse cette logique. Pour lui, la véritable liberté ne consiste pas à repousser indéfiniment les décisions, mais à consentir à un engagement qui donne une direction à toute une existence. Mariage, sacerdoce, vie consacrée ou fidélité à une vocation professionnelle deviennent ainsi des actes profondément contre-culturels. Cette réflexion rejoint d’ailleurs une observation largement partagée par les sociologues : une société qui peine à transmettre des engagements durables produit souvent des individus plus vulnérables, enfermés dans un présent permanent. À l’inverse, l’Évangile ouvre un horizon où le « pour toujours » n’est pas une contrainte mais une promesse de liberté.
La troisième question aborde un sujet douloureux : comment aimer une Église blessée par les scandales ? Sans nier les blessures ni les déceptions, Léon XIV répond en contemplant saint François. Celui-ci n’a pas choisi la rupture, mais la réparation. Le pape rappelle que l’Église se renouvelle non par la critique permanente, mais par la sainteté, les sacrements, la charité fraternelle et la conversion personnelle.
Cette même intuition irrigue l’homélie de la messe célébrée ensuite dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges. Commentant la Transfiguration, Léon XIV rappelle que saint François a accueilli l’Évangile sine glossa, c’est-à-dire sans compromis, sans édulcorer la Parole de Dieu ni la plier aux attentes de son époque. C’est ainsi, explique-t-il, que « la vie de Jésus a recommencé en lui ».
Le pape développe alors une réflexion d’une grande profondeur théologique. Nous nous « défigurons » lorsque nous nous séparons du Christ et des autres ; nous nous « transfigurons », au contraire, dans les liens de communion qui nous unissent à Dieu et à nos frères.
Cette image est particulièrement forte : la Transfiguration n’est pas seulement un événement contemplé sur le mont Thabor, elle devient un chemin proposé à chaque baptisé. La sainteté n’est pas une fuite du monde, mais une transformation intérieure qui rayonne ensuite sur les relations humaines et sur la société.
Léon XIV cite ensuite sa première encyclique, Magnifica Humanitas, rappelant que chaque génération reçoit la mission de « donner forme à son temps » tout en gardant les yeux fixés sur le Christ, seul capable de révéler pleinement le mystère de l’homme. Cette perspective s’inscrit dans la continuité de l’enseignement conciliaire : c’est dans le Verbe incarné que l’homme découvre sa véritable vocation. Puis vient un appel qui restera sans doute parmi les messages les plus marquants de cette rencontre : « L’Europe et le monde entier cherchent en vous de nouveaux saints. » Le pape ne demande pas aux jeunes d’être d’abord des influenceurs, des militants ou des experts. Il les invite à croire à l’Évangile, à embrasser la pauvreté évangélique et à devenir des témoins du Christ dans un monde en quête d’espérance.
Enfin, reprenant les mots du pape François dans Evangelii gaudium, Léon XIV exhorte les jeunes à ne jamais garder « une prudente distance des plaies du Seigneur », mais à aller vers les périphéries où la dignité humaine est blessée. Il conclut en récitant la célèbre prière attribuée à saint François : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix », comme un véritable programme de vie.
À travers ses réponses aux jeunes comme dans son homélie, Léon XIV dessine déjà quelques lignes de force de son pontificat. Face à la culture du provisoire, il propose la fidélité ; face aux divisions, il invite à la communion ; face aux inquiétudes de nombreux jeunes, il rappelle que la sainteté demeure un chemin concret, capable de transformer les personnes et, à travers elles, la société. Plus qu’un discours sur la jeunesse, son intervention apparaît ainsi comme un appel à redécouvrir la vocation chrétienne dans toute son exigence et toute son espérance.


