Depuis 2000 ans

« Cette faculté est une permission et non un droit » : l’association Magdala tente d’imposer sa vision féministe aux servants d’autel

Depositphotos
Depositphotos
À l'approche du voyage apostolique de Léon XIV en France, l'association Magdala, anciennement Comité de la Jupe, tente d'imposer à l'Église une revendication inspirée de l'idéologie égalitariste féministe

Par Philippe Marie

À quelques semaines de la venue du pape Léon XIV en France, l’association Magdala a adressé une lettre au cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, demandant que des filles puissent servir à l’autel aux côtés des garçons lors des célébrations pontificales. Présentée comme une simple requête en faveur de « l’égalité », cette démarche s’inscrit en réalité dans le combat mené depuis de nombreuses années par cette organisation.

Anciennement connue sous le nom de « Comité de la Jupe », Magdala est née en 2008 à l’initiative d’Anne Soupa connue pour avoir effectué l’essentiel de sa carrière au sein du groupe Bayard, propriétaire de La Croix. De son coté la co-fondatrice Christine Pedotti est directrice de Témoignage chrétien, hebdomadaire du catholicisme progressiste. Elle intervient également régulièrement dans les médias, notamment dans La Croix, où elle publie des tribunes et des « analyses » sur l’Église. Ces femmes militent pour une profonde transformation de l’Église catholique : ordination des femmes, remise en cause du célibat sacerdotal, promotion d’une gouvernance paritaire, accueil des revendications LGBT dans l’Église et révision de nombreux enseignements traditionnels.

Leur objectif assumé est de faire évoluer l’institution catholique afin qu’elle adopte les catégories du féminisme contemporain et une vision dite « inclusive ». Leur relais au Saint-Siège est sœur Nathalie Becquart, sous-secrétaire du Secrétariat général du Synode, nommée et soutenue par le pape François.

Mais le droit de l’Église est beaucoup moins ambigu que ne le laisse entendre cette campagne.

Le premier texte de référence est le canon 230 §2 du Code de droit canonique : « Les laïcs peuvent, en vertu d’une députation temporaire, remplir dans les actions liturgiques la fonction de lecteur ; de même, tous les laïcs peuvent remplir les fonctions de commentateur, de chantre ou d’autres fonctions, selon le droit. » Ce canon ne mentionne pas explicitement les servants d’autel. En 1992, le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs a toutefois précisé que cette disposition pouvait également s’appliquer au service de l’autel exercé par des filles.

Mais cette interprétation est immédiatement encadrée par les décisions ultérieures du Saint-Siège. Dans une lettre du 15 mars 1994, puis dans une nouvelle instruction du 27 juillet 2001, la Congrégation pour le culte divin rappelle plusieurs principes essentiels.

D’abord, chaque évêque diocésain est libre d’autoriser ou non des filles à servir à l’autel dans son diocèse. Ensuite, aucun évêque n’a l’obligation de le faire. Enfin , et c’est un point souvent passé sous silence, aucun prêtre ne peut être contraint d’accepter des filles comme servantes d’autel, même si son évêque a accordé cette faculté. Rome emploie une formule particulièrement claire : il s’agit d’une faculté accordée par l’autorité de l’Église, non d’un droit pouvant être revendiqué par les fidèles.

Lire aussi : https://tribunechretienne.com/video-a-assise-leon-xiv-fait-un-check-avec-les-jeunes-et-les-appelle-a-devenir-de-nouveaux-saints/

La même lettre ajoute qu’il demeure « toujours très approprié » de conserver la noble tradition des garçons servants d’autel, rappelant que ce service a, durant des siècles, favorisé l’éclosion de nombreuses vocations sacerdotales. Le Saint-Siège souligne même qu’il convient d’encourager cette tradition.

Autrement dit, contrairement à ce que laisse entendre la campagne de Magdala, l’Église n’a jamais voulu instaurer un principe de parité au pied de l’autel. Le service liturgique n’est pas organisé selon des critères de représentation sociologique ou d’équilibre entre les sexes, mais selon des considérations propres à la vie liturgique et pastorale de l’Église.

La revendication portée aujourd’hui par Magdala apparaît ainsi comme une nouvelle tentative d’importer dans l’Église des catégories idéologiques étrangères à sa tradition. Derrière la question des servants d’autel se profile en réalité une vision plus globale : celle d’une Église remodelée selon les revendications du féminisme contemporain, où la logique des droits individuels et de la représentation remplacerait progressivement la compréhension catholique des ministères et du service liturgique. Or le droit canonique est limpide. Le canon 230 §2 ouvre une possibilité ; les interprétations authentiques de 1992, puis les lettres romaines de 1994 et de 2001 en fixent strictement les limites. Aucune de ces dispositions ne crée un droit opposable ni une obligation de mixité au service de l’autel.

En définitive, la demande adressée au cardinal Aveline relève davantage d’une démarche militante que d’une revendication fondée juridiquement. L’Église est libre d’autoriser des filles à servir la messe ; elle est tout aussi libre de conserver des groupes de servants exclusivement masculins, notamment lors des célébrations pontificales. Comme l’a rappelé le Saint-Siège, « cette faculté est une permission et non un droit ».

Recevez chaque jour notre newsletter !