À l’approche du budget 2027, le redressement des comptes publics impose des choix difficiles. Mais une question mérite désormais d’être posée : jusqu’où peut-on demander aux familles de contribuer à l’effort budgétaire au moment même où la France manque d’enfants ? Le document qui alimente aujourd’hui les inquiétudes est officiel. Publiée le 24 juillet 2026, la Revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales a été réalisée, à la demande du Premier ministre, par l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Les inspections estiment possible de dégager 4,2 milliards d’euros d’économies annuelles à l’horizon de dix ans, dont 2,5 milliards à plus court terme.
Les propositions sont très concrètes : La première concerne les allocations familiales : l’abaissement de 20 % des seuils de revenus déclenchant leur modulation toucherait environ 591 000 ménages. La perte moyenne atteindrait 75 euros par mois, soit 900 euros par an, pour une économie d’environ 530 millions d’euros.
Les étudiants et leurs parents sont également concernés. Le rapport propose de tenir compte des revenus parentaux pour calculer les APL des étudiants demeurant rattachés fiscalement à leur famille. Quelque 310 000 foyers verraient leur aide diminuer et environ 200 000 pourraient la perdre entièrement. Économie attendue : près de 550 millions d’euros. La fiscalité familiale constitue un autre gisement identifié. La suppression de la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire et le supérieur permettrait d’économiser environ 450 millions d’euros. La suppression de la demi-part accordée sous certaines conditions aux anciens parents isolés représenterait 690 millions supplémentaires, tandis que la proratisation du quotient familial l’année de naissance d’un enfant rapporterait environ 170 millions.
Les familles nombreuses sont elles aussi concernées. La majoration de 10 % des pensions de retraite accordée aux parents ayant eu ou élevé au moins trois enfants pourrait être transformée en montant forfaitaire. À terme, l’économie approcherait 1,1 milliard d’euros.
Au total, les politiques familiales représentaient 122,1 milliards d’euros en 2024. L’IGF et l’IGAS ne proposent cependant pas uniquement des coupes : leur rapport recommande également de redéployer davantage de moyens vers l’accueil des jeunes enfants et la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Mais la logique générale interroge : dans une France en pleine crise des naissances, la politique familiale doit-elle devenir un gisement d’économies ?
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Les Associations Familiales Catholiques alertent précisément sur ce risque. Elles dénoncent l’accumulation de mesures susceptibles de toucher les familles et rappellent que la politique familiale ne peut être réduite à une politique sociale destinée aux seuls ménages modestes. Pour les AFC, soutenir financièrement les familles revient aussi à investir dans l’avenir démographique du pays. Les chiffres de l’Insee donnent un poids particulier à cet argument.
Les données définitives publiées le 6 juillet établissent à exactement 643 905 le nombre de bébés nés en France en 2025, soit 2,3 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010. Il s’agit du nombre de naissances le plus faible enregistré depuis 1942. Et la tendance ne s’est pas inversée : au premier semestre 2026, 313 931 naissances ont été enregistrées, contre 317 583 sur les six premiers mois de 2025, soit encore une baisse de 1,1 %. Plus préoccupant encore, l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025. Le solde naturel français est devenu négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : les décès sont désormais plus nombreux que les naissances.
Il faut néanmoins distinguer les propositions des décisions. Les mesures avancées par l’IGF et l’IGAS ne sont pas, à ce jour, définitivement inscrites dans le projet de loi de finances pour 2027. Le gouvernement devra procéder à ses arbitrages.Mais le débat est déjà posé. Un pays qui enregistre 24 % de naissances de moins qu’en 2010 peut-il raisonnablement rechercher plusieurs milliards d’euros d’économies supplémentaires dans sa politique familiale ? Redresser les finances publiques est nécessaire. Mais lorsque les berceaux se vident, fragiliser davantage le choix d’avoir des enfants pourrait se révéler, à long terme, une économie particulièrement coûteuse.
Sources : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale des affaires sociales (IGAS), Revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales, publiée le 24 juillet 2026 ; Insee, Les naissances en 2025 – Poursuite de la baisse des naissances, Insee Focus n° 383, 6 juillet 2026 ; Insee, statistiques mensuelles de l’état civil, données provisoires au 30 juin 2026 ; Insee, Bilan démographique 2025 ; Associations Familiales Catholiques (AFC), publications 2026 consacrées à la natalité, aux allocations et à la politique familiale.


