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[Vidéo] Il porte sa croix pendant deux heures à Jérusalem sans être importuné : les images de crachats contre les chrétiens sont-elles instrumentalisées ?

Capture écran
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À Jérusalem, un homme a porté ostensiblement sa croix pendant près de deux heures dans le quartier juif : aucun crachat, aucune insulte

Il voulait vérifier par lui-même. Après avoir vu circuler sur les réseaux sociaux des vidéos montrant des Juifs ultra-orthodoxes crachant au passage de chrétiens, un homme s’est rendu dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem avec une croix particulièrement visible autour du cou.

Son intention était explicite : « Aujourd’hui, j’ai passé des heures dans le quartier juif de Jérusalem en portant mon collier avec une croix pour voir combien de Juifs me cracheraient dessus. » Pendant près de deux heures, il marche au milieu des habitants et des passants.

Personne ne lui crache dessus. Personne ne l’insulte. Personne ne lui demande de cacher sa croix. Personne ne vient l’importuner. Cette expérience ne constitue évidemment pas une enquête statistique et ne permet surtout pas d’affirmer que les agressions antichrétiennes à Jérusalem seraient imaginaires. Elles existent. Elles doivent être dénoncées.Des prêtres, religieux et chrétiens ont effectivement été victimes de crachats, d’insultes et parfois d’agressions de la part d’individus appartenant notamment à certains milieux juifs ultra-orthodoxes radicaux. Ces comportements sont inadmissibles. Les condamner ne signifie pas être hostile à Israël, pas plus que rappeler leur caractère minoritaire ne revient à les excuser.

Le problème commence lorsque des images montrant des faits réels ne servent plus seulement à dénoncer leurs auteurs, mais à construire une accusation collective.

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Quelques individus deviennent alors « les Juifs » et quelques crachats la preuve supposée que « les Juifs crachent sur les chrétiens ». C’est précisément ce glissement qu’il faut refuser. Une image peut être authentique et l’utilisation qui en est faite parfaitement malhonnête. Dire : « Cet homme a craché sur un chrétien » décrit éventuellement un fait. Affirmer ou laisser entendre : « Les Juifs crachent sur les chrétiens » accuse un peuple.

Ce mécanisme dépasse très largement le cas israélien. À Gaza, des images authentiques de victimes civiles, de bâtiments détruits ou d’enfants blessés peuvent être utilisées, selon ceux qui les diffusent, pour construire des récits qui dépassent ce qu’elles permettent à elles seules d’établir. Cela ne diminue en rien la réalité des souffrances civiles : cela impose de distinguer le document de l’interprétation qui l’accompagne.

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En Ukraine, les images de bombardements, de soldats et de populations civiles sont depuis des années au centre d’une véritable guerre de l’information. En Iran, le régime met en scène ses démonstrations de force et ses rassemblements, tandis que les images de répression et de contestation deviennent, à juste titre lorsqu’elles sont authentifiées, des documents essentiels pour comprendre ce que le pouvoir voudrait cacher.

Toutes ces situations sont différentes et toutes les propagandes ne se valent évidemment pas. Mais une règle demeure : une image doit être vérifiée, contextualisée et rapportée exactement à ce qu’elle montre.Il existe surtout une contradiction devenue particulièrement visible dans le débat public :

Certaines voix dénoncent immédiatement « l’instrumentalisation » lorsqu’une photographie ou une vidéo dessert leur cause. Elles réclament alors du contexte, de la prudence, refusent les généralisations et rappellent qu’un cas particulier ne représente jamais une population entière. Elles ont raison. Mais certaines de ces mêmes voix oublient curieusement toutes ces précautions lorsqu’une image conforte leur propre récit.

L’instrumentalisation ne devient pourtant pas légitime parce qu’elle sert le camp que l’on préfère.

La vérité ne change pas selon celui qui tient la caméra. Précisons également ce que cette démonstration n’est pas. Elle ne constitue en rien un plaidoyer pour Benjamin Netanyahou, son gouvernement ou sa conduite de la guerre à Gaza.

On peut contester les décisions du gouvernement israélien, s’interroger sur la proportionnalité de certaines opérations, défendre les populations civiles palestiniennes et condamner sans réserve les agressions commises contre des chrétiens à Jérusalem. Et simultanément refuser que les actes de quelques extrémistes soient imputés à tous les Juifs. Ce devrait même être une évidence.Il faut donc être capable de tenir ensemble deux vérités.

Oui, des extrémistes juifs ont craché sur des chrétiens et ces actes doivent être condamnés sans ambiguïté. Non, tous les Juifs ne crachent pas sur les chrétiens. Refuser cette généralisation n’est ni choisir Israël contre les Palestiniens, ni défendre Netanyahou, ni nier la souffrance de Gaza. C’est simplement appliquer à tous la même exigence : ne pas transformer un fait en propagande lorsqu’il sert notre propre cause.

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