La scène est classique dans la vie diplomatique du Saint-Siège, le profil de la nouvelle ambassadrice l’est un peu moins. Ce jeudi 27 août, Léon XIV a reçu au Palais apostolique Caroline Vermeulen, venue présenter ses lettres de créance comme nouvelle ambassadrice de Belgique près le Saint-Siège. Née en 1973, mariée et mère de deux enfants, Caroline Vermeulen appartient depuis près de trente ans au service diplomatique belge. Formée en histoire contemporaine à l’Université catholique de Louvain puis en études européennes au Collège d’Europe de Bruges, elle a été en poste au Japon, auprès de l’Union européenne, en Russie, à Taïwan et en Chine.
Entre 2004 et 2011, elle a surtout occupé une fonction singulière : secrétaire de la reine Paola. Elle a ensuite poursuivi une carrière de haut niveau jusqu’à devenir, en 2022, ambassadrice en Autriche, également accréditée en Slovaquie et en Slovénie, et représentante permanente de la Belgique auprès des organisations internationales à Vienne. Son départ pour le Saint-Siège avait été annoncé à Vienne quelques jours avant la remise de ses lettres de créance.
C’est durant cette dernière mission que Caroline Vermeulen a publiquement affiché son engagement au sein d’International Gender Champions.Ce réseau international rassemble des diplomates et responsables d’organisations qui s’engagent à faire de « l’égalité de genre » une réalité dans leur sphère d’influence. Caroline Vermeulen y figure officiellement parmi les « Champions ».
La diplomate belge y affirme que « la diversité, y compris en matière de genre », améliore les résultats du travail professionnel. Elle défend également le mentorat des femmes comme moyen de parvenir à l’égalité et appelle à combattre les préjugés fondés sur le genre (International Gender Champions). Elle soutient par ailleurs le « Panel Parity Pledge », destiné à favoriser la parité dans les conférences, ainsi qu’un engagement contre les violences fondées sur le genre. Elle promet personnellement d’accompagner de jeunes femmes dans leur carrière et de soutenir des campagnes de prévention des violences faites aux femmes, notamment « Orange the World » (International Gender Champions).
Son adhésion au vocabulaire du « genre » est bien publique et assumée. Elle s’inscrit dans un univers diplomatique international où ce concept est désormais omniprésent, avec toutes les ambiguïtés anthropologiques qu’il peut recouvrir lorsqu’il dépasse la légitime égalité entre hommes et femmes. Le sujet prend une autre dimension lorsque l’on considère non plus les convictions personnelles de l’ambassadrice, mais le pays qu’elle est chargée de représenter.
La Belgique fut en 2002 le deuxième pays au monde à légaliser l’euthanasie. En 2014, elle est devenue le premier État à supprimer toute limite d’âge explicite pour son accès, sous des conditions spécifiques pour les mineurs. En un peu plus de vingt ans, ce qui était présenté comme une réponse à des situations exceptionnelles s’est installé durablement dans le paysage médical et juridique belge. Plusieurs milliers d’euthanasies sont désormais déclarées chaque année. Pour l’Église catholique, la divergence est fondamentale. L’euthanasie ne constitue pas simplement une modalité possible de la fin de vie : elle porte atteinte au principe selon lequel la dignité humaine demeure entière jusque dans la maladie, la dépendance et l’approche de la mort. La Belgique a également profondément modifié son droit en matière d’identité sexuelle. La législation belge permet aujourd’hui de modifier l’enregistrement du sexe à l’état civil sur la base d’une démarche reposant largement sur l’autodétermination, sans les anciennes exigences médicales.
La question dépasse ici largement le seul vocabulaire administratif. Pour l’anthropologie chrétienne, l’être humain ne se construit pas indépendamment de son corps : la différence sexuelle est reçue et participe de l’unité de la personne. C’est précisément pourquoi l’utilisation toujours plus extensive du concept de « genre » dans les institutions occidentales appelle une vigilance particulière. Défendre l’égale dignité des femmes et des hommes et combattre les violences faites aux femmes relèvent évidemment du bien commun. Faire du genre un principe permettant de dissocier progressivement l’identité personnelle de la réalité sexuée du corps relève d’une tout autre conception de l’homme.
Une diplomate publiquement engagée comme « Gender Champion » devient donc l’interlocutrice auprès du Saint-Siège d’un pays historiquement catholique qui, en quelques décennies, a profondément bouleversé son rapport à la naissance, à la mort et à l’identité sexuelle. La nouvelle mission de Caroline Vermeulen pourrait donc devenir un intéressant révélateur : celui du dialogue, devenu trés difficile, entre l’anthropologie chrétienne et une Europe occidentale qui s’en éloigne chaque année davantage.


