Il n’a pourtant ni nié la dignité des personnes homosexuelles, ni appelé à leur exclusion. Monseigneur Stefan Oster a fait quelque chose de beaucoup plus difficile à accepter pour ses adversaires : l’évêque de Passau a rappelé publiquement que la dignité inconditionnelle de toute personne n’oblige pas l’Église à considérer toutes les conceptions de la sexualité, de la famille et de l’identité comme compatibles avec l’anthropologie chrétienne.
Le 15 août, pour l’Assomption, devant plus de 2 000 fidèles réunis à Altötting, le grand sanctuaire marial de Bavière, l’évêque a consacré son homélie à « la dignité humaine et à la vision chrétienne de l’homme ». Mgr Oster part d’un principe essentiel : la dignité humaine trouve, pour le chrétien, sa source dans le fait que l’homme est créé à l’image de Dieu. Cette dignité est donc reçue, et non attribuée par la société ou construite par l’individu.
L’évêque aborde alors les bouleversements anthropologiques contemporains : avortement présenté comme un droit, mort volontairement provoquée, gestation pour autrui, transformation de la conception de la famille et questions liées au sexe et au genre. Il évoque également les Christopher Street Days, équivalents allemands des marches des fiertés LGBT. Monseigneur Oster prend soin de préciser que tous ceux qui y participent sont des « enfants de Dieu avec une dignité inaliénable ». Mais il ajoute qu’un chrétien n’est pas pour autant tenu d’approuver tout ce qui y est montré ou revendiqué.
Sa question est simple : certaines de ces conceptions « correspondent-elles à la dignité que Dieu nous a donnée – ou la contredisent-elles ? » Il constate également que la disparition de Dieu de l’horizon collectif a considérablement élargi ce qu’une société considère comme possible en matière de sexe et de genre.
C’est cette distinction, pourtant classique dans la pensée catholique, entre le respect absolu de la personne et le jugement moral porté sur des actes ou des conceptions anthropologiques, qui a déclenché la polémique.
Aussi le 24 août, le Katholisches LSBT+ Komitee, alliance de plusieurs organisations catholiques allemandes défendant les revendications LGBT, a publié un communiqué particulièrement agressif. Selon le collectif, l’homélie comporterait des affirmations « dévalorisantes » à l’égard des personnes queer et de la diversité. Il reproche à l’évêque de donner l’impression que la visibilité LGBT serait liée à l’éloignement de Dieu et affirme, au contraire, que ses membres vivent leur orientation sexuelle ou leur identité de genre « en harmonie » avec leur relation à Dieu. Le collectif va jusqu’à présenter le coming out comme pouvant faire expérimenter la « force libératrice » de la foi. Puis tombe la formule qui révèle la violence du conflit : « Oster s’est disqualifié comme théologien et comme pasteur. » Le collectif lui reproche également de ne pas avoir évoqué dans son homélie l’attaque commise contre la Pride de Berlin et l’accuse de préférer une « rhétorique de guerre culturelle » à la défense des personnes LGBT.
Mais qu’a réellement dit Mgr Oster ? C’est précisément là qu’il faut revenir au texte plutôt qu’à sa caricature.
Mgr Oster n’a jamais affirmé que les personnes homosexuelles ou transgenres seraient privées de leur dignité. Il dit explicitement le contraire. Le diocèse de Passau a d’ailleurs résumé son homélie sous un titre difficilement assimilable à un appel à l’exclusion : « Nous sommes toujours appelés à respecter chaque personne. » Le désaccord porte ailleurs. L’évêque refuse que l’égale dignité des personnes implique nécessairement la reconnaissance par l’Église de toutes les identités revendiquées, de toutes les formes familiales ou de toutes les pratiques sexuelles.
C’est une distinction fondamentale de la morale catholique. Et c’est précisément cette distinction qui devient de plus en plus difficile à maintenir publiquement dans une partie de l’Église allemande. Mgr Oster n’en est pas à son premier désaccord avec les orientations progressistes du catholicisme allemand. Depuis plusieurs années, l’évêque de Passau fait partie des prélats qui ont exprimé leurs réserves devant certaines propositions du Chemin synodal allemand, particulièrement lorsqu’elles touchent à la morale sexuelle et à l’anthropologie. Il ne s’agit donc plus seulement d’une controverse autour d’une homélie prononcée le 15 août.
La violence de la réaction révèle une question autrement plus profonde : un évêque catholique peut-il encore défendre publiquement l’anthropologie de son Église sans être déclaré pastoralement et théologiquement « disqualifié » par des groupes qui agissent eux-mêmes à l’intérieur du catholicisme allemand ?
C’est ici que la situation devient préoccupante. La dignité des personnes homosexuelles doit évidemment être défendue avec la même fermeté que celle de toute personne humaine. Les insultes, discriminations et violences dont elles peuvent être victimes ne trouvent aucune justification dans la foi chrétienne. Mais accueillir une personne n’a jamais signifié réécrire la doctrine pour la conformer à chacune des revendications d’une époque. Mgr Stefan Oster continue de tenir cette ligne.
Dans une Église allemande où les pressions pour transformer profondément la morale sexuelle catholique sont devenues considérables, l’évêque de Passau fait encore partie de ceux qui osent rappeler qu’une doctrine n’est pas une opinion majoritaire susceptible d’être modifiée à chaque changement culturel. Il résiste donc. Mais dans l’Église d’Allemagne telle qu’elle se transforme aujourd’hui, la question devient désormais légitime : pour combien de temps encore ?


