La somme n’est pas nouvelle. C’est le 10 juillet que la Ville de Metz a inscrit à son budget une enveloppe pouvant atteindre 500 000 euros pour préparer la venue de Léon XIV, attendu le 28 septembre : 250 000 euros en fonctionnement et 250 000 euros en investissement. La décision avait déjà suscité de vifs échanges au conseil municipal. Plus d’un mois après, la contestation prend désormais une tournure juridique.
Lundi 24 août, l’Union des familles laïques de Moselle (UFAL 57) a annoncé avoir engagé un recours gracieux auprès de la Ville. Elle réclame également la communication des documents relatifs au budget de la visite pontificale, notamment les devis, marchés et conventions permettant de connaître précisément l’utilisation prévue de l’argent public. Parmi les dépenses visées figurent les écrans géants qui doivent permettre au public de suivre la messe célébrée par Léon XIV. L’UFAL considère que leur financement par la collectivité pose la question de la neutralité des pouvoirs publics et demande à la municipalité de renoncer à prendre en charge certains de ces dispositifs.
Le 26 août, on apprenait que l’association avait également saisi le préfet de Moselle afin qu’il exerce son contrôle de légalité sur la délibération municipale du 10 juillet. La date précise de cette saisine n’a pas été rendue publique. Cette offensive messine intervient alors que les critiques se multiplient autour de la visite de Léon XIV en France. À Paris, le député Alexis Corbière s’est récemment agacé que le protocole de l’Assemblée nationale organise l’accès des parlementaires souhaitant assister à la messe place de la Concorde, y voyant une « méconnaissance de la laïcité ». Le sénateur communiste des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias a lui aussi critiqué les dépenses publiques liées au voyage pontifical, en les mettant en parallèle avec les difficultés financières de l’hôpital public.
La contestation s’exprime également dans les médias. Marianne a ainsi publié une tribune au titre particulièrement explicite : « Une messe célébrée par le pape place de la Concorde… et puis quoi encore ? » À mesure que le voyage approche, la visibilité publique donnée à un événement catholique de cette ampleur semble donc réveiller une nouvelle fois les sempiternelles querelles françaises autour de la laïcité.
À Metz, cependant, le dossier présente une particularité juridique majeure. La Moselle, comme l’Alsace, relève toujours du droit local des cultes et du régime concordataire. La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 ne s’y applique donc pas dans les mêmes conditions que dans la majeure partie du territoire français. La question juridique ne peut ainsi être réduite à la seule présence d’argent public autour d’une manifestation religieuse. Elle porte notamment sur la nature des dépenses et sur l’intérêt public local susceptible de les justifier. Car l’accueil de Léon XIV ne se résumera pas à une messe.
Chef de l’Église catholique, le pape est également souverain de l’État de la Cité du Vatican. Sa venue entraînera nécessairement des dépenses d’organisation, de circulation, d’accueil et d’aménagement liées à l’affluence attendue. Le programme messin comprend également une rencontre interreligieuse et un rendez-vous consacré aux racines de l’Europe, à la paix et à l’unité.
Jeudi 27 août, François Grosdidier a répondu publiquement à la polémique. Le maire de Metz l’a qualifiée de « dérisoire » et assume pleinement les moyens mobilisés par sa ville. Pour l’élu, les retombées internationales seront sans commune mesure avec les sommes engagées. « Je mettrais 30 millions de dépenses de communication que je n’aurais pas le dixième de l’impact mondial de cette opération », a-t-il déclaré, allant jusqu’à souligner qu’il faut être « aveuglé par son idéologie » pour ne pas mesurer l’intérêt de l’événement. François Grosdidier insiste également sur la portée du choix de Metz. Léon XIV doit faire de cette ville profondément marquée par l’histoire franco-allemande un symbole de réconciliation entre les peuples et y porter un message de concorde et de paix au coeur de l’Europe.
Reste maintenant à connaître les suites données à la saisine du préfet. À ce stade, aucune décision remettant en cause l’enveloppe municipale n’a été rendue publique. À un mois de l’arrivée de Léon XIV, le scénario se répète ainsi de Paris à Metz : organisation de la messe, présence de parlementaires, dépenses publiques, écrans géants… chaque aspect de la visite semble devenir l’occasion de rouvrir le débat sur la laïcité. Comme si l’accueil du pape et des centaines de milliers de catholiques devait nécessairement s’accompagner, en France, d’une nouvelle controverse sur leur place dans l’espace public.


