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À Moscou, Monseigneur Gallagher, émissaire du pape Léon XIV : « Nous sommes réunis ici comme une seule famille unie par la même foi en Dieu »

Monseigneur Gallagher ( Wiki) - cathédrale de l'Immaculée-Conception de la Bienheureuse Vierge Marie de Moscou ( Depositphotos)
Monseigneur Gallagher ( Wiki) - cathédrale de l'Immaculée-Conception de la Bienheureuse Vierge Marie de Moscou ( Depositphotos)
Devant les évêques et les fidèles, l'émissaire de Léon XIV a transmis les encouragements du Pape aux catholiques russes et les a appelés à devenir des artisans de paix ( intégralité de son homélie)

La phrase de Mgr Paul Richard Gallagher a pris une résonance particulière jeudi 27 août dans la cathédrale de l’Immaculée-Conception de la Bienheureuse Vierge Marie de Moscou. Au terme de sa visite en Russie, le secrétaire pour les Relations avec les États et les Organisations internationales du Saint-Siège y a présidé une messe solennelle avec les évêques catholiques du pays. Étaient notamment présents le nonce apostolique, Mgr Giovanni d’Aniello, Mgr Joseph Werth, Mgr Nikolai Dubinin et Mgr Stephan Lipke.

Cette célébration intervenait dans le cadre d’un déplacement particulièrement observé du principal responsable de la diplomatie du Saint-Siège après le cardinal secrétaire d’État. Mais dans la cathédrale de Moscou, Mgr Gallagher a délaissé le langage proprement diplomatique pour s’adresser d’abord aux catholiques vivant en Russie. Et il n’est pas venu les mains vides : le représentant du Saint-Siège a transmis les salutations et les encouragements de Léon XIV à la communauté catholique de la Fédération de Russie. Le Pape les invite à poursuivre « avec toujours plus d’enthousiasme » leur chemin de foi.

Monseigneur Gallagher a ensuite insisté sur une réalité particulièrement visible dans une communauté catholique composée de fidèles aux origines diverses : l’universalité de l’Église : « Ici avec vous, dans cette célébration solennelle, l’Église universelle est représentée : nous venons de pays, de cultures et d’histoires différents, et pourtant nous sommes réunis ici, au cœur de Moscou, comme une seule famille unie par la même foi en Dieu. » La formule est forte dans la capitale russe. Elle rappelle que l’appartenance à l’Église dépasse les frontières nationales et les oppositions politiques. Dans un monde profondément marqué par les affrontements entre États, Mgr Gallagher ramène ainsi les fidèles à une unité qui ne repose ni sur une nationalité ni sur des intérêts communs, mais sur la foi.

Cette unité ne signifie pourtant pas le repli. Une grande partie de son intervention est consacrée au dialogue, que le prélat présente comme une conséquence concrète de la vie évangélique. « Vivre l’Évangile signifie aussi marcher ensemble pour le bien commun sur la grande route du dialogue et de la paix », affirme-t-il.

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L’appel à la paix traverse en effet toute l’homélie. Mgr Gallagher rappelle l’invitation de Léon XIV à « devenir de véritables artisans de paix dans notre vie quotidienne ». Cette paix ne doit pas demeurer une déclaration de principe. Elle passe par des gestes concrets et par la capacité des chrétiens à construire des « ponts de dialogue et de compréhension », à « désarmer les cœurs » et à guérir les blessures « par la proximité, le pardon et la bonté ». Le choix de ces mots, prononcés à Moscou, est évidemment significatif dans le contexte de la guerre en Ukraine. Le représentant du Saint-Siège ne transforme cependant pas son homélie en déclaration géopolitique. Il replace la paix sur son terrain chrétien : celui de la conversion personnelle, du pardon et de la charité.

Le message adressé aux catholiques russes est donc double : demeurer fermement enracinés dans leur identité catholique tout en refusant l’enfermement, et faire de cette identité le point de départ d’une rencontre avec les autres. Une mission qui avait déjà été résumée par Mgr Gallagher devant le clergé et les religieux : là où règnent « la communion et l’unité », le témoignage chrétien devient « crédible et fécond ».

Sur le plan purement diplomatique, Mgr Paul Richard Gallagher a profité de son passage à Moscou pour porter une parole de fermeté et de neutralité engageante. Face au ministre Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie du Vatican a rappelé sans détour que « cette guerre doit prendre fin », affirmant que le conflit ne trouvera aucune résolution par les armes et réclamant l’ouverture de véritables négociations soutenues par la communauté internationale.

Tout en relayant l’appel du Pape à un arrêt immédiat des combats et à des échanges globaux de prisonniers, il a défendu le rôle du dialogue comme unique moyen d’éviter que la suspicion ne devienne l’unique langage entre la Russie et l’Occident. Pour le Saint-Siège, la priorité absolue reste le soulagement des souffrances civiles et le règlement des urgences humanitaires, seuls leviers capables de restaurer un niveau minimal de confiance mutuelle.

Homélie de Mgr Paul Richard Gallagher à Moscou – 27 août 2026

Traduction en français TC

« Chers frères et sœurs,

C’est pour moi une grande joie de vous retrouver, après ma dernière visite à Moscou en novembre 2021.

Je salue cordialement les évêques qui ont souhaité s’unir à moi dans cette célébration eucharistique, ainsi que les prêtres, les religieux et religieuses, et vous tous, chers frères et sœurs dans le Christ.

Je vous transmets également les salutations paternelles et affectueuses du Saint-Père, le pape Léon XIV. Avant mon départ, il m’a expressément chargé de vous assurer qu’il vous porte dans sa prière quotidienne et qu’il vous encourage à poursuivre, avec un zèle toujours renouvelé, votre chemin dans la foi.

À travers vous, c’est toute l’Église qui est représentée dans cette sainte liturgie. Nous venons de pays différents, de cultures différentes et d’histoires différentes, mais nous sommes ici, au cœur de Moscou, comme une seule famille rassemblée par une même foi en Dieu.

L’Évangile nous rappelle notre identité chrétienne à travers des paroles aussi simples que profondes : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14).

Jésus ne nous demande pas d’être grands ou puissants. Il nous appelle simplement à être pleinement chrétiens et à vivre notre foi là où nous nous trouvons. Au milieu d’une réalité aussi vaste et dynamique, nous sommes appelés à devenir des points de lumière, capables d’apporter chaleur, accueil et espérance.

Vivre selon l’Évangile signifie également marcher ensemble pour rechercher le bien commun, en empruntant la grande voie du dialogue et de la paix.

Dans l’Évangile, Jésus ne présente jamais les hommes comme des îles condamnées à vivre seules. Au contraire, il nous montre la beauté de la coopération. Pensons au moment où il envoie ses disciples « deux par deux » (Mc 6, 7). Pensons également à la foule qui a faim et à cette parole adressée aux disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16). Ou encore aux cinq pains et aux deux poissons apportés par un jeune garçon, que Jésus prend avant de les partager entre tous (cf. Jn 6, 9).

Tout cela nous enseigne que personne n’est pauvre au point de n’avoir absolument rien à offrir, et que personne n’est suffisamment riche pour pouvoir se passer des autres. Dieu demeure notre véritable richesse et la source de tous les dons.

Nous savons également que l’unité ne naît pas de l’uniformité. C’est l’Esprit qui permet aux différences de s’accorder harmonieusement.

Coopérer signifie savoir écouter, dépasser les barrières linguistiques et culturelles et respecter le charisme propre de chacun.

Jésus nous montre également que le dialogue authentique ne peut être un compromis qui conduirait chacun à effacer sa propre identité. Il doit être une véritable rencontre des cœurs.

Rappelons-nous son dialogue profond et respectueux avec la Samaritaine auprès du puits. En franchissant les barrières historiques et religieuses qui les séparaient, Jésus lui offre l’eau vive de la compréhension (cf. Jn 4, 1-42).

L’Évangile nous pousse ainsi à rechercher sans cesse ce qui peut nous unir plutôt que ce qui risque de nous diviser.

Notre coopération dans la société, notre service auprès des pauvres, des malades, des personnes perdues et de tous ceux qui souffrent ne peuvent connaître de frontières confessionnelles.

Comme nous le rappelle l’apôtre Paul, nous sommes appelés à rivaliser de respect les uns envers les autres et à travailler ensemble à l’édification d’une société plus juste et plus fraternelle.

Mais nous sommes également appelés, comme nous y invite le pape Léon XIV, à devenir des artisans de paix dans notre vie quotidienne.

Dans les Béatitudes, Jésus nous dit : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).

Il faut bien comprendre ces paroles.

Jésus ne proclame pas simplement heureux ceux qui sont paisibles ou tranquilles. Il proclame heureux ceux qui agissent, ceux qui font la paix et qui la construisent jour après jour.

La paix selon l’Évangile ne consiste pas à faire disparaître toute discussion ou toute divergence de points de vue. Elle consiste à faire vivre réellement la justice, le respect mutuel et l’amour.

L’artisan de paix est donc un bâtisseur.

Il construit des ponts permettant le dialogue et la compréhension. Il contribue à désarmer les cœurs et à guérir les blessures par sa proximité, sa capacité à pardonner et sa bonté.

Chers frères et sœurs, cette rencontre m’offre une belle occasion de vous remercier pour votre fidélité à vivre les valeurs de l’Évangile et à en témoigner.

Au nom du Saint-Père, je voudrais également vous encourager à faire rayonner la lumière de l’Évangile dans vos paroisses, dans vos maisons, sur vos lieux de travail et dans toutes les réalités de votre vie quotidienne.

Unissons-nous à tous ceux qui, comme nous, recherchent le bien.

Soyons prêts à tendre la main à celui qui se sent seul ou étranger, y compris lorsqu’il se trouve au milieu de la foule.

Enfin, une certitude nous accompagne. Elle se trouve dans cette dernière promesse de Jésus : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Nous ne sommes donc pas seuls dans l’accomplissement de cette mission.

Confions ce chemin de communion et de service à Marie, Mère de Dieu et Reine de la paix.

Demandons-lui de nous aider, dans le respect mutuel et le dialogue fraternel, à construire des ponts grâce auxquels nous pourrons nous rencontrer, mieux nous connaître, nous respecter les uns les autres et travailler ensemble à construire la paix dans le monde. »

Source archidiocèse catholique de Moscou

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