À Pondichéry, le jubilé n’avait rien d’une simple commémoration nostalgique. Du 25 au 27 août, l’archidiocèse de Pondichéry-Cuddalore a célébré les 250 ans de la mission confiée en 1776 aux Missions Étrangères de Paris (MEP), en présence d’évêques indiens, de prêtres, de religieux et de représentants de la société civile. Le thème retenu résumait l’esprit de ces journées : « Remember, Rejoice, Renew » – « Se souvenir, se réjouir, se renouveler ». Si les catholiques de Pondichéry ont voulu regarder vers leur passé, l’enjeu était aussi de rappeler que l’héritage missionnaire n’a de sens que s’il continue à porter du fruit.
Le père Vincent Sénéchal, supérieur général des Missions Étrangères de Paris, avait fait le déplacement. Le cardinal Oswald Gracias et Monseigneur Francis Kalist, archevêque de Pondichéry-Cuddalore, figuraient également parmi les principaux responsables ecclésiastiques présents. Les autorités civiles ont elles-mêmes pris part à l’événement : le lieutenant-gouverneur de Puducherry, K. Kailashnathan, a inauguré les célébrations et l’exposition historique organisée pour l’occasion. Selon les sources catholiques indiennes, 331 missionnaires MEP ont servi la mission de Pondichéry au cours de ces deux siècles et demi. Derrière ce chiffre se dessine une œuvre considérable qui ne peut être réduite à l’image ancienne du missionnaire européen venu prêcher en terre lointaine.

La date de 1776 demande d’ailleurs une précision. Des prêtres des Missions Étrangères étaient présents dans la région bien auparavant : après leur expulsion du Siam, des missionnaires avaient trouvé refuge à Pondichéry dès la fin du XVIIe siècle. Mais c’est en 1776 que les MEP reçurent officiellement la responsabilité de la mission du Malabar, dite aussi mission du Carnatique, avec Mgr Pierre Brigot à sa tête.
Très rapidement, l’une des préoccupations majeures fut la formation d’un clergé autochtone. Dès 1777, Mgr Brigot voulut former de jeunes Indiens au sacerdoce. Un séminaire fut établi à Oulgaret l’année suivante et les premières ordinations issues de cette formation eurent lieu en 1788.Ce point dit beaucoup de la conception missionnaire qui s’est progressivement affirmée. Il ne s’agissait pas de maintenir indéfiniment une Église dépendante des prêtres venus de France, mais de permettre l’enracinement d’une Église locale capable de transmettre elle-même la foi et, un jour, d’envoyer à son tour des missionnaires.
Les MEP ont ainsi accompagné le développement de paroisses, d’écoles, de séminaires et d’œuvres de formation. L’éducation devint notamment un moyen important d’évangélisation et de promotion des populations locales, jusque dans les campagnes.
Le jubilé de 2026 manifeste aujourd’hui un remarquable renversement de perspective. Le cardinal Oswald Gracias a invité l’Église indienne à devenir elle-même missionnaire. Il y a deux siècles, des Français traversaient les océans pour annoncer l’Évangile en Inde ; désormais, l’une des grandes questions posées aux catholiques indiens est leur propre capacité à envoyer prêtres et missionnaires là où l’Église en a besoin.

L’histoire missionnaire s’inscrit aussi dans celle de la présence française à Pondichéry, principal établissement français en Inde à partir du XVIIe siècle. Cette souveraineté prit fin au milieu du XXe siècle : le transfert de fait à l’Inde intervint en 1954 et le traité de cession entra juridiquement en vigueur en 1962. À cette occasion, des habitants choisirent de conserver la nationalité française. Le ministère français de l’Intérieur a récemment rappelé que 7 106 personnes furent concernées par cette option entre 1962 et 1963. Leurs descendants constituent en partie la communauté franco-pondichérienne actuelle. Certains parlent toujours français, parfois aux côtés du tamoul, et cette présence demeure visible à travers le consulat général de France, le Lycée français, l’Institut français ou encore l’Alliance française.
Mais le lien entre la France et Pondichéry ne se résume pas à ce patrimoine.Les Missions Étrangères continuent aujourd’hui d’accueillir et d’accompagner des prêtres asiatiques venus étudier en France. Le mouvement qui conduisait autrefois les prêtres français vers l’Inde fonctionne désormais aussi dans l’autre sens. C’est peut-être là que se trouve la signification profonde de ces 250 années. À Pondichéry, l’Église accompagnée pendant des générations par des missionnaires français est devenue pleinement indienne. L’héritage des 331 missionnaires ne se mesure donc pas seulement aux églises, aux écoles ou aux institutions qu’ils ont laissées, mais à une Église locale devenue capable de transmettre elle-même la foi reçue et de porter, à son tour, l’Évangile au-delà de ses frontières.


