« J’estime que les écoles privées hors contrat n’ont pas leur place dans la République. » La déclaration est de Guillaume Trichard, qui vient de retrouver la tête du Grand Orient de France (GODF), principale obédience maçonnique française. Le vendredi 28 août 2026, lors du 161e Convent du GODF réuni à Bordeaux, il a officiellement été porté à la Grande Maîtrise et à la présidence du Conseil de l’Ordre, fonction qu’il avait déjà exercée en 2023-2024. C’est dans le contexte immédiat de ce retour qu’il a accordé un entretien au Figaro et affiché ses ambitions. Le Grand Orient entend davantage intervenir dans le débat public, notamment à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Et parmi les sujets placés sur la table figure l’école.

Le GODF doit publier dans les prochaines semaines un livre blanc consacré à « l’école de la République ». Guillaume Trichard en donne déjà une orientation spectaculaire en estimant que les établissements privés hors contrat n’y ont pas leur place. Ces écoles sont pourtant parfaitement légales. Elles sont soumises au contrôle de l’État, notamment concernant l’instruction obligatoire, la protection des mineurs et le respect de l’ordre public, mais disposent d’une liberté pédagogique plus importante. Parmi elles figurent des établissements catholiques, mais aussi des écoles juives, musulmanes ou proposant des pédagogies alternatives.
Contrôler ces établissements relève des prérogatives de l’État. Fermer ceux qui enfreignent la loi également. Mais considérer qu’une catégorie entière d’écoles légalement établies n’a pas sa place dans la République pose une question autrement plus profonde : jusqu’où la liberté des parents de choisir l’éducation de leurs enfants est-elle encore considérée comme légitime ? D’autant que le hors-contrat n’est pas le seul front.
Une autre offensive, distincte de celle du Grand Orient mais beaucoup plus vaste par ses conséquences potentielles, vise désormais l’enseignement privé sous contrat.
La Fédération nationale de la Libre Pensée défend explicitement un « plan de sortie en six ans du financement public de l’enseignement privé », avec pour objectif l’abrogation de la loi Debré du 31 décembre 1959. Lors de son congrès national du 21 août 2025, elle avait encore adopté une résolution intitulée : « Fonds publics à l’École publique, fonds privés à l’école privée : enfin sortir de la loi Debré ! » Et la campagne ne s’est pas arrêtée là. En janvier 2026, une action nationale autour de ce « plan de sortie du financement public de l’enseignement privé sous contrat » a encore été lancée avec l’ambition de sensibiliser citoyens et élus et d’aller jusqu’à l’abrogation des textes organisant ce financement. Cette fois, le cœur de l’enseignement catholique est directement concerné.
La loi Debré organise depuis près de soixante-dix ans les relations entre l’État et les établissements privés sous contrat. En échange du respect d’obligations précises et des programmes nationaux, l’État prend notamment en charge la rémunération des enseignants. L’enseignement catholique représente l’immense majorité de ce secteur et accueille près de deux millions d’élèves. Supprimer progressivement ces financements ne constituerait donc pas une modification technique. Cela bouleverserait l’économie de milliers d’établissements et pourrait obliger les familles à supporter des frais considérablement plus importants pour maintenir leur choix éducatif.
D’un côté, la principale obédience maçonnique française affirme que les écoles privées hors contrat « n’ont pas leur place dans la République ». De l’autre, des militants de la laïcité veulent progressivement supprimer les fonds publics permettant au privé sous contrat de fonctionner dans les conditions actuelles. Le premier combat vise donc la place du hors-contrat. Le second s’attaque au modèle économique du sous-contrat. Et dans les deux cas, l’enseignement catholique se retrouve directement concerné.
La dimension politique de l’offensive du Grand Orient est d’autant moins anodine que Guillaume Trichard assume sa volonté de « faire entrer » les valeurs de son obédience « dans la Cité ». Le GODF annonce notamment des conférences publiques dans les territoires et demande à ses quelque 1 400 loges de mener, d’ici au prochain Convent, une action publique pouvant aller jusqu’à une « intervention en milieu scolaire ou universitaire ». À l’approche de la présidentielle de 2027, le débat dépasse donc largement les temples maçonniques.
Après le hors-contrat, jusqu’où ira la remise en cause de l’école libre ? Pour les catholiques comme pour toutes les familles attachées à la liberté d’enseignement, la question est désormais posée.


