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Léon XIV : « L’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être politique »

Léon XIV - Depositphotos
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Face aux bouleversements du monde, le pape appelle les catholiques à sortir de l’indifférence, tout en rappelant que l’engagement de l’Église n’a qu’un centre et une finalité : le Christ ( texte intégral)

« Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés. » La formule de Léon XIV résume l’exigence qu’il a placée ce mercredi 2 septembre au cœur de son audience générale, consacrée aux premiers paragraphes de Gaudium et spes, la constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps promulguée par le concile Vatican II en 1965. Le pape poursuit ainsi son parcours consacré aux grands textes conciliaires en abordant l’un des plus importants et parfois des plus discutés : celui qui cherche à définir la manière dont l’Église regarde le monde contemporain et s’y engage.

Léon XIV commence par revenir à saint Jean XXIII et à son discours d’ouverture du Concile, le 11 octobre 1962. Le pape Roncalli mettait alors en garde contre les « prophètes de malheur » qui considéraient leur époque comme nécessairement pire que celles qui l’avaient précédée. Mais Léon XIV prend soin d’écarter une interprétation irénique de cette ouverture au monde : « Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf », précise-t-il. L’Église ne doit ni idéaliser le monde ni le condamner depuis l’extérieur. Sa présence au milieu des hommes trouve sa raison dans le mystère même de l’Incarnation : le Christ a choisi de partager la condition humaine. C’est dans cette perspective que le pape reprend les premiers mots célèbres de Gaudium et spes : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » sont également ceux des disciples du Christ.

Cette proximité ne peut rester théorique. « Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés ; il faut au contraire écouter avec le cœur, se laisser interpeller, s’impliquer », affirme Léon XIV. Les catholiques sont ainsi appelés à regarder réellement ce qui se déroule autour d’eux, particulièrement lorsque des hommes et des femmes sont « écrasés par l’injustice, la discrimination et la violence ». Il ne s’agit pourtant pas de transformer l’Église en organisation politique ou humanitaire. Léon XIV rappelle que Gaudium et spes demande de « scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile ». Les deux dimensions sont inséparables : regarder le monde tel qu’il est, mais le regarder à partir du Christ. Le pape cite à ce titre un passage essentiel du Concile : l’Église n’est mue par « aucune ambition terrestre ». Sa mission est de poursuivre l’œuvre du Christ, venu « pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi ».

Léon XIV reprend également l’enseignement de François sur l’option préférentielle pour les pauvres, rappelant qu’elle constitue d’abord « une catégorie théologique », et non « culturelle, sociologique, politique ou philosophique ».

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Mais écouter le monde ne signifie pas en épouser toutes les évolutions. C’est même l’un des passages les plus intéressants de cette catéchèse : Léon XIV demande aux chrétiens de « mettre à nu les contradictions » de la société contemporaine.Le pape évoque ainsi un progrès scientifique et technologique qui multiplie les possibilités mais dont les bénéfices demeurent réservés à une partie de l’humanité. Il relève également le paradoxe d’un monde disposant de richesses et d’une puissance économique considérables alors qu’une partie de la population mondiale reste confrontée à la faim et à la misère.

Le progrès matériel ne suffit donc pas à définir le progrès humain. Et Léon XIV applique ce discernement à l’une de ses préoccupations majeures depuis le début de son pontificat : la guerre. Il pointe la contradiction entre la conscience croissante des menaces qui pèsent sur la planète et « l’incapacité à renoncer à la consommation égoïste et à l’illusion selon laquelle la guerre serait un moyen efficace de construire la paix ». La formule est particulièrement nette dans un contexte international marqué par la persistance de plusieurs conflits et par le retour massif des politiques de réarmement.

Pour Léon XIV, l’Église ne peut donc choisir entre l’annonce du Christ et l’attention portée aux réalités humaines. L’une conduit à l’autre. À une époque de transformations rapides et de « déséquilibres préoccupants », elle doit écouter les interrogations profondes de l’homme tout en lui indiquant celui qui donne leur sens ultime à ces aspirations. Le pape reprend ici l’une des affirmations centrales de Gaudium et spes : le Christ est « la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine ».

Cette précision éclaire toute sa catéchèse. L’engagement demandé aux catholiques n’est ni un alignement sur les idéologies du temps ni une dilution du message chrétien dans les seules préoccupations sociales. Il découle de l’Incarnation et conduit au Christ. C’est pourquoi Léon XIV termine en appelant l’Église à reproduire en elle-même la kénose, cet abaissement du Christ qui, selon saint Paul, « s’est anéanti, prenant la condition de serviteur » jusqu’à la mort sur la Croix.

Aux pèlerins francophones, le pape a finalement résumé cette mission en quelques mots : « Puissent la joie et l’espérance être le visage d’une Église qui annonce et vit l’Évangile, en allant à la rencontre des femmes et des hommes de notre temps. » Une Église qui ne regarde donc pas le monde depuis les tribunes, mais qui ne s’y dissout pas davantage : elle s’y engage parce qu’elle appartient au Christ et parce qu’elle veut y rendre le Christ présent.

LÉON XIV

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 2 septembre 2026

Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes (GS 1-10) 1. L’Église à l’écoute et au service du monde

Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue!

Nous entamons aujourd’hui une réflexion sur la Constitution pastorale Gaudium et spes, par laquelle le Concile Vatican II a souhaité approfondir un thème fondamental, à savoir la relation de l’Église avec le monde contemporain. Saint Jean XXIII, dès son discours inaugural du 11 octobre 1962, avait tenu à se démarquer des « prophètes de malheur » qui, « bien qu’animés d’un zèle religieux […] ne cessent de répéter que notre époque, comparée aux siècles passés, est bien pire ; et vont jusqu’à se comporter comme s’ils n’avaient rien à apprendre de l’histoire » (Discours Gaudet Mater Ecclesia, 11 octobre 1962, 4.2). D’où la tâche confiée aux Pères conciliaires : « Dans l’état actuel des événements humains, où l’humanité semble entrer dans un nouvel ordre des choses, il faut plutôt y voir les desseins mystérieux de la Divine Providence, qui se réalisent au fil du temps par l’œuvre des hommes, et souvent au-delà de leurs attentes, et qui, dans sa sagesse, dispose de tout, même des événements humains défavorables, pour le bien de l’Église » (Gaudet Mater Ecclesia, 4.4).

Trois ans plus tard, la promulgation de Gaudium et spes reconnaissait dans ce discernement un élément essentiel de la nature de l’Église, décrivant son caractère pastoral comme constitutif : d’où la définition de “Constitution pastorale”. Il ne s’agit pas d’un optimisme naïf, mais d’une fidélité renouvelée au Mystère du Christ qui, en s’incarnant, choisit de partager notre vie : il s’est rendu « en tout semblable à ses frères » ( 2, 17 ; cf. 4, 15) et a pris sur lui les conséquences du péché, mourant « en rançon pour tous » (1Tm 2, 6). Ce partage avec l’humanité est la voie que le Christ demande à l’Église ; c’est pourquoi la Constitution conciliaire Gaudium et Spes s’ouvre en déclarant que l’Église fait siennes « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (GS 1).

C’est un partage qui nous appelle à sortir de toute passivité et indifférence face aux événements qui se produisent, à l’histoire et à la vie des personnes, surtout face au changement rapide et profond que nous vivons aujourd’hui. Il n’est pas possible de rester des spectateurs désintéressés ; il faut au contraire écouter avec le cœur, se laisser interpeller, s’impliquer. Avec le Christ et soutenus par la force de son Esprit, les croyants sont appelés à prendre en charge les difficultés de leurs frères et sœurs, en particulier celles et ceux qui sont écrasés par l’injustice, la discrimination et la violence. En effet, ce n’est que par le partage et l’engagement qu’il est possible de parvenir à des réponses adéquates, toujours soutenues par la certitude « qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous »(Rm 8, 18).

En ce sens, la proximité avec l’humanité ouvre la voie à une lecture plus profonde des événements et de la Révélation elle-même ; dans cette même perspective, Gaudium et Spes rappelle le « devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » (GS 4). Cette constitution conciliaire a donc appelé l’Église à un engagement permanent de conversion, afin de témoigner qu’elle n’est mue par « aucune ambition terrestre », mais qu’elle « ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi » (GS 3). Il ne s’agit pas, en effet, d’une disposition purement morale. Le pape François nous a rappelé que, pour l’Église, « l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, 198).

Le partage chrétien nous engage à prendre en charge la réalité et aussi à mettre à nu les contradictions qui caractérisent la vie personnelle et sociale du monde contemporain : par exemple, un progrès scientifique et technologique qui offre sans cesse de nouvelles possibilités, mais uniquement à certains, et que l’être humain ne parvient pas toujours à mettre « à son service » ; ou une connaissance plus claire des « lois de la vie sociale », accompagnée toutefois d’incertitudes « quant à la direction à lui donner » ; ou encore, une plus grande disponibilité de « richesses, de possibilités et de puissance économique », qui, malheureusement, aujourd’hui comme à l’époque du Concile, laisse « une grande partie des habitants de la planète […] encore en proie à la faim et à la misère » (GS 4) ; ou encore, une prise de conscience partagée que l’avenir de la planète est en jeu et, en même temps, l’incapacité à renoncer à la consommation égoïste et à l’illusion selon laquelle la guerre serait un moyen efficace de construire la paix.

À une époque marquée par de profonds changements, d’où découlent des déséquilibres préoccupants, l’Église est appelée à servir l’être humain, en écoutant et en accueillant les interrogations les plus profondes de son cœur et les aspirations qui l’habitent, en désignant en Christ « la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine » (GS 10). C’est pourquoi, dans l’Église, à tous les niveaux et à toutes les époques, doit se réaliser la kénose miséricordieuse du Christ qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, […] devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2, 6-8).

Saluto cordialmente le persone di lingua francese.

Fratelli e sorelle, possano la gioia e la speranza essere il volto di una Chiesa che annuncia e vive il Vangelo, andando incontro alle donne e agli uomini del nostro tempo.

Dio vi benedica!

Je salue cordialement les personnes de langue française. 

Frères et sœurs, puissent la joie et l’espérance être le visage d’une Église qui annonce et vit l’Évangile, en allant à la rencontre des femmes et des hommes de notre temps.

Que Dieu vous bénisse ! »

Source Vatican

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