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Quand les chrétiens sont priés de cacher leur foi, l’Europe découvre la menace de l’islam politique

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L’Autriche prépare un projet visant à inscrire dans sa Constitution l’interdiction de « l’islam politique ». Une initiative qui met en lumière un paradoxe européen : tandis que l’expression publique du christianisme est de plus en plus souvent regardée avec suspicion, les États découvrent l’existence de courants religieux qui entendent précisément investir le champ politique pour transformer la société

Par Philippe Marie

Pendant des décennies, l’Europe a considéré l’effacement progressif du religieux comme le prolongement naturel de la modernité. La foi pouvait subsister, mais elle devait devenir toujours davantage une affaire personnelle. Cette évolution touche en premier lieu le christianisme, qui a pourtant profondément façonné l’histoire européenne. En France, elle s’accompagne d’une conception extensive de la laïcité. Une crèche dans un bâtiment public provoque un contentieux, une procession peut susciter une polémique et la présence d’un responsable politique à une messe suffit parfois à alimenter le soupçon d’une confusion entre religion et République.

Même le vocabulaire témoigne de cette transformation culturelle. Noël devient volontiers « les fêtes de fin d’année », les vacances de Pâques sont devenues les « vacances de printemps » dans le calendrier scolaire. Sur certains panneaux, cartes ou communications, le mot « Saint », présent dans des milliers de noms de communes et de rues françaises, se réduit à un simple « St », comme si sa signification religieuse devait progressivement s’effacer derrière une abréviation devenue presque administrative. Et lorsqu’un catholique intervient dans les débats sur l’avortement, l’euthanasie, la famille ou la filiation en assumant que sa foi éclaire ses convictions, le soupçon de vouloir imposer sa religion n’est jamais très éloigné.

Aux États-Unis, l’influence politique des catholiques conservateurs et des évangéliques autour de Donald Trump nourrit parallèlement d’innombrables mises en garde contre le « nationalisme chrétien ». La question de l’instrumentalisation politique de la religion mérite évidemment d’être posée. Mais l’Europe découvre simultanément une menace d’une autre nature.

Le gouvernement autrichien travaille actuellement à un dispositif visant ce qu’il appelle « l’islam politique », avec l’ambition d’inscrire son interdiction dans la Constitution. Il ne s’agit pas d’interdire l’islam. Un musulman qui prie, fréquente une mosquée, observe le ramadan et transmet sa foi à ses enfants exerce une liberté fondamentale, exactement comme le catholique qui assiste à la messe, participe à une procession ou témoigne publiquement de sa foi. Ce que les autorités autrichiennes cherchent à combattre est différent : l’utilisation de la religion comme instrument d’un projet politique visant à transformer progressivement l’organisation de la société et, dans ses expressions les plus radicales, à faire prévaloir des normes religieuses sur la loi civile.

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Le débat dépasse ainsi largement le terrorisme djihadiste. L’islam politique peut avancer sans attentats ni violence immédiate, par l’intermédiaire d’associations, de structures éducatives, de réseaux économiques ou d’organisations communautaires.

Des propositions parlementaires autrichiennes ont déjà réclamé un durcissement des règles concernant le financement des structures islamistes et les prédicateurs extrémistes. La question de normes inspirées de la charia lorsqu’elles entrent en contradiction avec le droit autrichien a également été portée devant le Parlement. Dans le même temps, l’Europe demande au christianisme de devenir moins visible, tout en découvrant que certains mouvements politico-religieux poursuivent exactement la stratégie inverse : investir davantage l’espace social afin d’y exercer une influence politique.

Notons qu’un catholique qui combat l’euthanasie parce que sa foi nourrit sa conception de la dignité humaine ne menace pas la démocratie. Un musulman qui défend publiquement une conviction inspirée par sa religion non plus. Tous deux participent au débat commun dès lors qu’ils acceptent que leurs arguments soient discutés, approuvés ou rejetés par leurs concitoyens. La frontière se situe ailleurs : entre la foi qui accepte le pluralisme et l’idéologie religieuse qui utilise les libertés démocratiques pour construire progressivement un ordre destiné à les remplacer. C’est précisément cette frontière que l’Autriche tente aujourd’hui de traduire juridiquement.

Et les chrétiens devraient suivre ce débat avec attention. Car à force de considérer qu’une religion respectable serait une religion silencieuse, l’Europe pourrait commettre une double erreur : continuer à effacer le christianisme de son propre espace culturel tout en comprenant trop tard que d’autres n’ont jamais envisagé leur religion comme devant rester confinée à la sphère privée. Le véritable enjeu n’est donc pas de faire taire les religions, mais de garantir aux croyants – et notamment aux chrétiens – le droit de vivre et d’afficher leur foi, tout en sachant reconnaître et combattre les projets qui utilisent la religion pour modifier progressivement les fondements mêmes de la société démocratique.

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